A Plague Tale Requiem : une suite épique, proche de la perfection

Mai 2019, Asobo sort A Plague Tale Innoncence, véritable ovni surprise avec une narration béton et un univers solide. La fin de l’aventure laissait libre champ au joueur d’imaginer lui-même la suite mais la porte était bien trop grande pour la laisser en l’état.
Le studio annonce A Plague Tale Requiem lors d’un évènement Xbox de grande ampleur en juin 2021.
A quelques heures de sa sortie, je vous livre mon avis tout chaud sur cette suite qui est toujours aussi grandiose.

Un prétendant au GOTY ?! Assurément !

En véritable suite, les joueurs n’ayant pas fait le premier opus risquent de ne pas comprendre les nombreuses références à la Macula, la Guyenne, ainsi que tous les tenants et les aboutissants de ce que traversent les personnages.
Je ne peux que vous suggérer de faire les deux opus, dans l’ordre, afin de profiter pleinement de cette duologie magistrale.

On retrouve Amicia et Hugo de Rune, quelque temps après les évènements d’Innocence. Les crises d’Hugo semblent s’être calmées et la maladie stagne. Accompagnés de leur mère et Lucas, les frères et sœurs laissent paraitre une vie un peu plus calme, tout en cherchant un remède au jeune garçon. L’histoire débute en Provence, avec un changement de décor radical face au premier volet. Le chapitre 1 sert à placer le contexte narratif, mais aussi à donner les billes au joueur concernant le gameplay, à la manière d’Innocence. On découvre les bases avec les mouvements, la gestion de la caméra ou encore le socle de l’infiltration, mais aussi le tir à la fronde, arme de prédilection d’Amicia. Mais l’ambiance prend très rapidement une autre tournure quand nos deux jeunes se retrouvent dans une situation complexe, où Hugo cède à l’appel de la Macula. 

Très rapidement, on prend le contrôle d’Hugo, seul, dans un monde qui semble imaginaire ou alternatif et l’image est nette, le message véhiculé est énorme. Comment un si petit garçon peut encaisser une telle chose ? J’ai trouvé le symbole si fort. Et ce n’est que le début ! J’avais apprécié A Plague Tale Innocence pour sa narration puissante, amenant le joueur à ressentir de multiples émotions, avec deux enfants devant traverser tout un tas d’épreuves toutes plus difficile l’une que l’autre et Requiem ne changent pas la donne et va même bien plus. On sent l’inspiration totale d’Asobo, et surtout la cohérence de son univers étendue.

Avant que le soleil ne s’éteigne

Suite aux évènements du tutoriel, notre troupe doit à nouveau fuir et continuer leur recherche de l’Ordre, groupuscule connue pour étudier la Macula depuis des décennies (et plus) et pouvant être la solution aux maux d’Hugo, mais les bandits que nous avons froissés plus tôt ne comptent pas nous laisser partir de la sorte. Une fois encore, Asobo montre l’étendue de sa maitrise de la mise en scène. Couplé à une bande-son master class d’Olivier Deriviere, c’est mené d’une main de maitre. Une chose est sure, à chaque fois qu’Amicia et Hugo pensaient avoir le droit à un moment de répit, il n’a jamais été de longue durée.

L’histoire, sur sa globalité, est de qualité. La construction, le rythme narratif, les intrigues, tout y est. Asobo répond présent et franchit même un palier par rapport à Innonence pour Requiem. On voit une famille qui se déchire dans le seul but de sauver un enfant, chacun voyant une autre façon de faire. On le savait déjà et Requiem le confirme, Amicia est prête à tout pour sauver son frère Hugo même si sa seule chance infime lui couterait la vie. Les cinématiques appuient ce sentiment et que dire du doublage français qui est excellent. Les acteurs et particulièrement celle incarnant Amicia, Léopoldine Serre, arrivent à retranscrire à la perfection ce que leurs avatars ressentent.

Plus on progresse et plus l’étendue de l’histoire de la Macula et tout ce qui tourne autours se dévoile en profondeur. On fait des découvertes rattachant ce qui ne semblait pourtant pas lier d’autant que certaines apparences peuvent être trompeuses. On désire nous aussi, joueurs, plus que tout que la jeune fille trouve un remède au mal qui ronge son frère. On ressent la même chose qu’elle, jonglant entre peur, rage et haine, mais surtout tristesse. Les compagnons qu’on rencontre durant notre périple apportent tous leur pierre à l’édifice, en plus d’avoir leur propre histoire et leur propre quête. Je ne spoilerais rien mais le casting veut sincèrement le coup d’oeil.

Amicia, Protectrice du Porteur

La base du gameplay d’A Plague Tale Requiem est identique à celle d’Innocence. Même dans les passages où Hugo est remplacé par Lucas pour raison scénaristique, celui-ci se comporte de façon similaire à l’autre garçon. On retrouve les classiques parties d’infiltration, la fronde, le jet de pierre, la gestion de la lumière pour éloigner les rats, ou encore les parties puzzle où on donne un ordre au second personnage non contrôlé directement, on déplace de chariots pour atteindre un point en hauteur et j’en passe.  L’alchimie est toujours présente, tout comme les améliorations le craft, mais avec quelques nouveautés intéressantes comme le fait de pouvoir éteindre un feu, le rendre plus fort un court instant, ou tirer des munitions spéciales avec l’arbalète ou la fronde. Tout au long de la progression, on acquiert de nouvelles options de gameplay qui desservent toujours la narration. Que cela soit les capacités d’un compagnon temporaire, ou les armes elles aussi disponible qu’un court instant, tout est introduit intelligemment et permet de varier le gameplay tout au long de l’aventure.

Chaque ennemi nécessite d’être abordé autrement dans les moments où le combat est inévitable. L’ennemi porte une armure ? Un casque ? Corps à corps ? Distant ? Chaque situation requiert qu’on s’adapte. Les quelques boss par contre se résument souvent à annihiler simplement plusieurs vagues d’ennemis plus retords les uns que les autres plutôt qu’un ennemi unique. Il faut analyser rapidement la situation et agir en conséquence, mais gare à Amicia qui est fragile et n’encaisse pas beaucoup de dégâts.

Outres les combats, A Plague Tale Requiem propose pas mal de puzzles, souvent cumulés à l’infiltration, pour avancer. Sans être trop difficile, il faut souvent coupler compagnon, alchimie et notre équipement pour avancer. Le rythme général est bon, car on alterne de la marche, infiltration, puzzle et combat bien que j’aie trouvé personnellement deux ou trois passages nécessitant de la discrétion un peu trop longs à mon gout, mais hormis cela, c’est du tout bon d’autant que le gameplay, comme déjà, se renouvelle et s’agrémente de nouveau tout au long de l’aventure !

Je ne peux pas en dire bien plus sur la gameplaysous peine de spoiler, mais là aussi Requiem franchit un seuil et est supérieure à Innoncence. On est loin d’une suite « simple », même si Asobo recycle forcément le socle des possibilités d’Amicia. 

Avec l’âge, on évolue

Outre l’alchimie qui permet de se créer des munitions à la volée, le craft est toujours de la partie. Pour améliorer notre équipement il est nécessaire de réunion plusieurs facteurs : être à un établi, avoir assez de ressource, mais surtout des outils. On peut alors porter plus de composants, la fronde devient moins bruyante et j’en passe. Une autre composante s’ajoute selon notre façon d’agir. Chaque action augmente notre agressivité, opportunité ou prudence donnant accès, à différents paliers, à des bonus passifs. Il est difficile en un run de maxer chaque arbre, mais cela récompense le joueur quel que soit son profil et c’est très appréciable !

La durée de vie se retrouve grandement améliorée face au premier passant d'une dix/douzaine d'heures à quasi le double (j'ai dû être, à la louche, vers 18h ici pour compléter le run sans chercher le 100%). Sachant que le titre offre de nombreux collectibles à trouver bien cacher, un New Game + et j'en passe, on peut facilement ajouter de nombreuses heures.

Un long voyage vers une fin certaine

A Plague Tale Requiem nous amène dans des environnements des plus diversifiés allant des petits villages de Provence, les champs de lavande du sud, criques et calanques méditerranéennes à des fortifications, les villes d’Arles ou Marseille sans oublier l’ile ensoleillée de La Cuna qui abrite à elle seul plusieurs biomes. Chaque chapitre nous propose un niveau intéressant et varié. Les premiers paysages traversés sont assez dirigistes, mais très rapidement Asobo réussit le tour de magie de donner une impression de grandeur et de décloisonnement dans son level design sans pour autant nous laisser le champ libre sur le terrain. L’ambiance qui se dégage des différents lieux visités impose le respect avec un ensemble qui match à la perfection incluant la météo du moment, et la bande-son. La direction artistique dans son ensemble est une pure réussite.

Technicus

A Plague Tale Requiem est l’un des rares titres du moment à ne pas proposer plusieurs presets graphiques. Visuellement, on retrouve certaines caractéristiques d’Innocence, comme cet effet de flou périphérique pour focaliser le regard du joueur sur la partie centrale de l’écran. Le rendu est joli que cela soit concernant la modélisation des personnages, les décors et environnements, mais surtout dans sa gestion des lumières et des reflets (en témoigne certains screens). On sent que c’est solide malheureusement le framerate est mis en défaut à de nombreuses reprises (comme lors de l’arrivée des rats chapitre 2) en jeu ou même durant quelques animations suite à une interaction avec le décor. Il s’agit ici du seul vrai defaut du jeu, avec l’absence du 60fps. Par chance, cela n’arrive jamais à des moments critiques, mais du fait qu’ils soient très visibles, cela gâche un peu la fête. On en a déjà parlé plusieurs fois, mais je vais enfoncer le clou définitivement : que cela soit les doublages (intégrales dans plusieurs langues, dont la nôtre) ou la bande-son, c’est une pure réussite !

Côté options Playstation 5, Asobo ne déçoit pas avec la gestion de l’audio 3D (au casque, c’est un régal), mais surtout de la Dualsense. Outre le bruit des jets et tirs de nos armes dans le haut-parleur de la manette, c’est surtout via les retours haptiques que c’est du solide. Les tirs à la fronde, les rats qui détruisent une partie du décor, les passages sur un chariot, le rythme cardiaque d’Amicia après un passage sous tension, on ressent absolument tout à la manette. En fermant les yeux, rien qu’avec la manette et le son toujours juste on sait sans le moindre doute la situation qu’Amicia et Hugo traversent.

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    A Plague Tale Requiem est un voyage qu’on n’oubliera pas de si tôt. Asobo a mis la barre très haut avec plusieurs situations marquantes, à la mise en scène remarquable via une image, un symbole ou alors en y allant sans détour. Je pense en premier lieu au moment où Hugo se retrouve dans ses songes sur l’ile de La Cuna, suivant le Phénix. Plus il le suit, plus le décor s’assombrit et plus son état semble se dégrader en étant d’agonie, mais avant de rendre les armes, Hugo touche un point d’eau qui semble le guérir.
    Le second passage est lorsqu’Amicia et Hugo trouvent dans le temple de l’enfant des braises contenant les appartemments du premier porteur, Basilius, et de sa Protectrice. Nos deux jeunes enfants se retrouvent dans leur prédécesseur, et placent tout leur espoir en voulant trouver les traces de ces anciens héros mais lorsqu’ils comprennent comment a fini leur histoire, la lumière au bout du tunnel s’éloigne et les laisse dans la pénombre d’autant qu’Hugo sait pertinemment en voyant le corps meurtri et enchainé du premier infecté que l’Ordre allait lui faire subir la même chose, et cela a un impact sur sa santé mentale.
    Cette santé va encore en prendre un coup quand il voit la mise à mort de sa mère par la comtesse sous prétexte qu’elle serait sa Mère, la seule à pouvoir l’aider à sauver le monde sous prétexte d’une fable légendaire. Il sombre dans la folie et déchaine les rats pour épancher leur soif de sang afin de venger sa mère. À ce moment-là, on commence à se dire que plus personne ne peut être sauvé. Hugo et Amicia tentent de s’enfuir de l’ile, mais ils sont rattrapés par leurs ennemis et Amicia étant laissée pour morte, Hugo pense être à présent seul et laisse la Macula l’envahir. Le monde s’obscurcit, Amicia se lance dans une tentative désespérée de sauver son frère, mais elle comprend que pour le sauver lui, mais surtout sauver tout le monde, elle doit mettre fin à la vie de son petit frère, le dernier membre de sa famille !
    Il est impossible, si on est un tant soit peu humain, de ne pas être touché et de rester insensible face à cette détresse. On sentait Amicia proche de craquer à plusieurs reprises, mais elle tenait pour Hugo, mais ici c’était le coup de trop et quand bien même elle va au bout de sa tâche, on la sent anéanti et le jeu d’acteur fait mouche ! L’arrivée dans Marseille, la cité détruite, la Macula et la Nebula ne faisant plus qu’un, et j’en passe. Au moment de la sentence, tout est fait pour percuter, Hugo en plein centre de l’écran, Amicia qui s’approche, le bruit de la fronde, de l’impact qui a un niveau sonore élevé et l’image qui devient de façon synchronisé noir avant de balancer le premier générique de fin … Chapeau Asobo !
    On se doutait bien que cette famille n’aurait pas le droit à un réel bonheur, mais je ne voulais pas voir une telle fin. En tout cas, Asobo a orchestré cette aventure d’une main de maitre, en jouant avec nos émotions, en créant une histoire riche et des personnages auxquels on s’attache fortement ce qui appuie d’avantage notre tristesse. Je n’ai pas vu le temps passé, et le générique m’a laissé sur le cul d’autant qu’on voit une dernière scène avant le second crédit qui laisse penser qu’aujourd’hui, la Macula est toujours là! Un troisième opus dans une époque actuel ? L’avenir nous le dira. Rares sont les jeux ces dernières années à me laisser dans un état de « vide » une fois fini, et A Plague Tale Requiem en fait partie. Inoubliable je vous dis!

On ne va pas se mentir, A Plague Tale Requiem est une pure réussite malgré quelques petits couacs techniques. La narration est solide, tout comme la construction du récit, et son rythme nous tient en haleine jusqu’au dénouement final. J’ai adoré Innoncence, mais Requiem met la barre encore plus haute.
On retrouve les de Rune avec joie même si on sait que la vie va encore les faire souffrir. On ressent tant de choses pendant ce voyage. Asobo réunit tous les éléments pour que leur production soit inoubliable. La prise en charge de la Dualsense amène encore un petit plus tout comme l’audio 3D pour vivre à fond ce périple.
A Plague Tale Requiem figure sans le moindre doute sur ma short list pour mon titre de jeu de l’année d’ici Noël ! Un titre à faire absolument une fois dans sa vie de gameur (mais fait le premier avant bien sûr).

D'autres papiers arrivent prochainement sur A Plague Tale (Requiem) notamment un Screeny dévoilant tout un tas de captures maison (j'en ai tapé plus de 200 durant le test haha), un L'OST concernant la bande-son, un autre pour l'art book qui approche tout comme l'oeuvre Third Edition sur la licence.
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