22 janvier 2026

Dossier Asus ROG Xbox Ally X : l’ordinateur de poche plus qu’une Xbox

Présentée comme une machine portable conçue avec Xbox, la ROG Xbox Ally X adopte un format console tout en reposant sur un véritable PC Windows 11 miniaturisé et légèrement customisé pour le jeu nomade. Derrière cette approche hybride, elle revendique la puissance et la flexibilité d’un ordinateur complet dans un gabarit handheld. Ce test analyse ses performances, son ergonomie et ses limites structurelles en usage réel. Un format qui possède un vrai potentiel, mais encore limité sur quelques facteurs et des tarifs malheureusement XXL pour en profiter pleinement.

L’Asus ROG Xbox Ally X s’inscrit dans une communication où Microsoft brouille volontairement les repères en la présentant comme une sorte de Xbox portable née d’un partenariat officiel. L’appareil reprend l’iconographie Xbox, affiche l’application maison au démarrage et s’habille comme une console pensée pour l’écosystème Xbox. Ce handheld rentre donc à la perfection dans le moule créé par Microsoft à coups de « this is an Xbox » à tout va, dès lors qu’un appareil possède une application Xbox quelconque. Pourtant, hormis le logo Xbox à côté de celui de ROG, difficile de voir autre chose qu’un PC au premier allumage, surtout lorsque l’écran affiche le processus de configuration complet de Windows 11, sans filtre ni surcouche, rappelant immédiatement que la machine reste avant tout un PC au format compact. La nuance affleure même dans le discours des cadres Xbox, qui évoquent une collaboration tout en soulignant qu’Asus conserve l’entière responsabilité des choix de conception et de prix, signe d’un produit brandé Xbox sans être une Xbox au sens strict.

Un pc, et rien qu’un pc

Hormis une poignée de forcenés convaincus que 75 % des appareils connectés sont une Xbox, pas de surprise : on se doute bien que cette ROG n’est finalement qu’un refresh d’un modèle plus ancien, en collaboration avec Microsoft pour promouvoir son interface Xbox (d’ailleurs disponible à présent sur tous les handhelds du marché tournant sur Windows).Ce n’est pas un mal, mais appelons un chat un chat. L’ambition repose sur un principe clair : proposer un PC nomade qui adopte les codes ergonomiques d’une manette tout en assumant la nature d’un système Windows capable de faire tourner Steam, GOG, Epic, Ubisoft Connect et l’app Xbox au premier plan. Le résultat compose une machine hybride, portable par son format, puissante par ses composants, mais tributaire du comportement très particulier d’un véritable PC version portable pas toujours simple sans un clavier et une souris mais on en reparle plus tard.

Le déballage confirme la volonté de placer la ROG Xbox Ally X dans une catégorie premium. Le packaging massif utilise un logo irisé qui accroche la lumière et crée un effet de relief, les matériaux de la boîte inspirent la solidité et les premiers instants laissent penser à un produit pensé pour durer. La console elle-même s’impose rapidement par son gabarit et sa densité. La construction paraît sérieuse, la rigidité ne laisse place à aucune flexion et la prise en main évoque immédiatement une manette de salon intégrant un écran, un PS Portal mais bien plus massif car embarquant bien plus d’hardware. Les contrôles reprennent la logique Xbox, avec une disposition familière et une qualité de boutons satisfaisante. Pourtant, une absence saute immédiatement aux yeux : le chargeur. À 899 euros, ne pas inclure le bloc 65 W requis crée un accroc notable dans l’expérience, surtout lorsqu’un chargeur premium déjà en possession n’est parfois reconnu qu’en mode charge lente (celui de mon MacBook Pro). Le sentiment persiste que les choix autour de l’alimentation auraient mérité davantage de cohérence, tant l’appareil repose sur une configuration power-hungry dans la plupart des scénarios de jeu. Facturé 40 balles en plus pour le modèle officiel…

En route pour l’aventure

Le premier démarrage, déjà évoqué, dissipe définitivement l’image d’une console. Windows 11 déroule son onboarding complet, avec choix du réseau, la configuration régionale, connexion au compte Microsoft et toutes les étapes habituelles d’un premier démarrage PC. L’application Xbox apparaît ensuite en plein écran comme une façade posée sur l’OS, masquant seulement un instant la nature réelle de la machine. Dès l’installation d’un launcher tiers, les fenêtres UAC surgissent, Steam demande les autorisations nécessaires à la modification du système, GOG déploie ses services, Ubisoft Connect exige ses confirmations, et chaque interaction renvoie à un fonctionnement 100 % Windows dans le principe, avec ces pop-ups connus et ainsi de suite, notamment pour les mises à jour nécessaires pour le bon fonctionnement de la console, une appli qui attend quelque chose nous renvoyant vers le bureau, etc. encore une fois très Windows dans l’ensemble et pas Xbox.

Je dois avouer que j’ai ce papier sous le coude depuis un petit moment, ayant reçu ma ROG Xbox Ally X au lancement, mais j’ai pris le temps de tester en profondeur tout ce qu’elle a à nous offrir, et finalement j’ai retardé plusieurs fois sa publication par manque de temps (je n’ai pas l’urgence d’un papier avec ses embargos and co dans ce cas là) et finalement, c’est clairement bénéfique à une grande partie des prochains paragraphes, car si le bilan était très mitigé sur énormément de points jusqu’à il y a encore une quinzaine / vingtaines de jours, de nombreux correctifs ont permis de grandement améliorer et stabiliser l’expérience, et donner enfin un résultat proche de ce qu’on attend d’un appareil à quasiment 1000 euros. Et c’est sûrement ce qui a été l’un des déclencheurs à la propagation de l’interface Xbox « full screen » sur tous les devices nomades tournant sous Windows 11 récemment, de voir cette suite software commencer à prendre ses aises.

Un début difficile, déjà amélioré

Jusqu’à il y a peu, lancer Steam depuis l’interface plein écran Xbox n’était pas toujours optimal. Normalement, Steam se lance en mode Big Picture (interface similaire au Steam Deck) et en plein écran… or régulièrement, le soft s’affichait dans une définition étrange, laissant de grandes marges noires tout autour, voire Steam se lançait comme sur PC, avec son interface clairement pensée clavier/souris et pas du tout pad, forçant à jouer avec la partie tactile pour naviguer dedans, etc. Problème 100 % Steam pour le coup je pense, mais impossible d’ajouter la carte SD en tant que disque disponible sans passer par le client standard depuis le mode bureau. Reste encore GOG et Ubisoft Connect, montrant des limites ergo, avec des zones de clic parfois difficiles à atteindre dans un contexte purement manette. Le regroupement des jeux, mis en avant par l’écosystème Xbox comme un point central, affichait il y a peu un comportement erratique. Les titres Ubisoft disparaissaient régulièrement de la bibliothèque Xbox alors qu’ils avaient été détectés lors du premier démarrage. Armory Crate ne s’en sortait pas mieux, et n’affichait pas les jeux Ubi. Pire encore : en réalité, ils étaient visibles mais que quelques secondes avant de disparaître ! Mais ce point est aujourd’hui du passé, tant mieux…

La carte SD représente l’un des points les plus critiques du produit, et ce même aujourd’hui. Le sujet Steam a été énoncé plus haut, mais la nécessité de formater en NTFS pour installer des jeux Xbox nous oblige à passer en mode bureau (l’appli ne propose pas de format la carte) et c’est tout sauf pratique sans clavier souris sous le coude …. Vouloir faire passer son appli maison pour une sorte d’OS en forçant son passage au premier plan devrait permettre des manipulations aussi basiques sans devoir basculer sur le bureau (d’autant que si on quitte le mode plein écran, on nous suggère de reboot la machine ensuite sous peine de perdre des performances ?!). Plus préoccupant encore, les débits de téléchargement s’effondrent lorsque l’installation d’un jeu se fait directement sur la carte SD. Les cartes capables de délivrer de hautes perfs en écriture réelle sur PC ne dépassent parfois pas des débits 10 à 20x moins moindre sur la ROG. Les téléchargements sont en dents de scie, allant d’une dizaine de Mb/s à zéro, et ce cycle se répète indéfiniment. Les téléchargements deviennent interminables sur des jeux de 100 Go, et même un jeu à 15–20 Go nécessite plusieurs heures d’attente parfois là où d’autres appareils bouclent l’opération en quelques minutes. Les tests effectués avec plusieurs cartes SD, en Wi-Fi 6 ou en filaire via un dock Dell à 200 balles en USB-C, aboutissent toujours au même résultat.

Des problèmes déjà présent sur l’ancienne gamme

Aucun réglage, aucune mise à jour (OS, BIOS, etc), aucune réinstallation (car oui, j’ai déjà réinitialisé la console de zéro pour ce sujet et les problèmes de jeux Ubi avant, dans le doute) ne semble corriger ce problème. La seule méthode réellement « efficace » consiste à télécharger d’abord les jeux sur un PC, puis à les copier sur la carte SD (voire les DL sur carte SD directement), avant de réinsérer la carte dans la ROG ce qui contredit l’idée même de mobilité autonome. Même la simple mise à jour d’un titre installé sur la carte SD devient une galère sans nom… Pire quand on sait que cette même carte SD ne pose aucune difficulté sur le Steam Deck, ou une caméra 4K, pour tenir les débits et que l’ancienne ROG Ally avait déjà ces problèmes de gestion de la SD archaïque. Le freeze de l’application Xbox au boot durant un long moment, et la non-prise en charge de la croix directionnelle au démarrage sont à présent corrigés, tout comme les difficultés liées aux jeux Ubi, ou Steam qui a du mal à afficher la bonne version du client au lancement mais je me dis que sur un produit premium, il a quand même fallu 1 mois – 1 mois et demi pour avoir une situation plus ou moins nominale, et je ne trouve pas cela normal en tout cas, pas avec autant de problème. Mais il reste encore quelques optimisations de fond à faire et surtout régler ces problèmes de cartes SD (même si je doute que ce soit possible de façon logicielle). Ces points illustrent tout de même le manque de maturité du système au lancement, ce qui est dommage.

La gestion énergétique s’inscrit dans cette même logique PC. Modifier le mode de performance (supprimer la veille, ou allonger le délais avant le changement de mode etc) impose de repasser par le bureau Windows, manipulation délicate sans souris. Tenter de revenir ensuite en interface Xbox déclenche un avertissement recommandant un redémarrage complet pour éviter des pertes de performances, sans explication détaillée sur la nature exacte du risque, comme déjà évoqué plus haut. Cette dépendance aux cycles de bascule entre interfaces fragilise l’idée d’un usage nomade fluide, surtout lorsque la machine se retrouve entre deux états, ni totalement console ni totalement PC, avec une incertitude sur l’optimisation en cours. Tous ces problèmes ne sont clairement pas imputables à Xbox, mais une bonne partie dépend de leurs actions tout de même.

Un kiff, mais qui a un prix

La machine reste agréable en main malgré ces limites logicielles. Les nouveaux boutons, placés à un endroit où l’on s’attendait plutôt à trouver les touches Start et Select, demandent un temps d’adaptation, et même après plusieurs semaines, des erreurs de manipulation surviennent encore parfois, mais ils trouvent une vraie utilité. Le poids reste raisonnable pour un appareil de cette catégorie en position assise (par contre, quand on joue allongé/couché, le poids a un impact quand la session dure). Le cadre autour de l’écran apparaît cependant épais, créant une impression visuelle d’espace perdu. La qualité audio surprend par contre par sa puissance et sa clarté, bien supérieures à ce qu’autorise généralement un châssis aussi compact, avec une impression de surround réussie. Les effets lumineux RGB restent discrets même s’il arrive qu’eux aussi laguent un peu dans le temps de refresh. Plus gênantes sinon, de petites fuites de lumière apparaissent dans certains contextes sombres, notamment lors des écrans de chargement sur fond noir, sur la bordure de l’écran, mais rien de dramatique cependant, et je trouve la colorimétrie plutôt réussie. Oui, ce n’est pas de l’OLED, j’ai aussi été taquin sur le sujet, mais un OLED, VRR, HDR, 120 Hz, cela aurait forcément été un autre prétexte à gonfler le prix, qui est déjà suffisamment élevé.

En termes de performances, la ROG Xbox Ally X oscille entre excellence et frustration. Certains titres brillent véritablement sur cette configuration, comme Indiana JonesWitcher 3 ou Star Wars Outlaws, qui affichent un rendu visuel haut de gamme et des framerates stables et souvent élevés, même en conservant un niveau de détails haut en 1080p (j’ai testé en mode Turbo 25 W). L’appareil montre alors tout l’intérêt d’un APU moderne associé à une dalle compacte, capable de restituer des expériences presque console de salon dans un format réduit. Mais d’autres titres, souvent plus récents ou plus exigeants, peinent à maintenir un framerate confortable même avec des réglages réduits. AvowedEnshrouded ou The Outer Worlds 2 illustrent parfaitement ce décalage : malgré les ajustements, malgré la baisse des paramètres, malgré l’usage du supersampling et de différentes techniques de subterfuge, le résultat demeure souvent insuffisant ou, à minima, tout juste correct avec énormément de concessions pour le rendu. Le grand écart est manifeste, et la machine, pourtant puissante sur certains fronts, se retrouve vite limitée sur d’autres.

Un futur assuré ?

Cette instabilité me rappelle les débuts du Steam Deck, avec un hardware déjà à la limite de ses capacités sur plusieurs productions actuelles (bon, pas toujours optimisées mais malheureusement ces jeux pas opti sont loin d’être minoritaires), ce qui pose la question de la pérennité d’un format qui cherche à concilier PC portable et console sans pouvoir réellement s’affranchir des contraintes des deux mondes. À l’instant T, cela fonctionne correctement voire très bien, mais quid dans un an ? Je crains qu’on soit souvent dans la nécessité de sacrifier plus ou moins fortement le visuel pour tenir une fluidité (perso, jouer en 30 fps, je ne peux plus…), voire que certains titres soient déjà trop à l’étroit sur ce type de device or pour moi, une machine premium, le but est de ne pas faire trop de concession. Comme dit, quand on voit Indiana Jones avec un super rendu à plus de 60fps, c’est mega classe, Soulframes à 60 fps idem, mais il y autant de contre-exemple où le 30fps est instable avec un rendu vraiment pas folichon…

L’autonomie confirme cette impression de compromis permanent. En mode Turbo, en 1080p, avec une luminosité élevée et des jeux exigeants, l’appareil ne peut assurer de longues sessions continues. La réserve d’énergie fond rapidement, ce qui restreint l’usage nomade à des scénarios relativement courts et impose de rester proche d’une source d’alimentation ou d’avoir une powerbank robuste non loin. Cette réalité contredit partiellement l’idée de mobilité avancée par le marketing et renforce l’image d’un PC compact qui se transporte facilement mais nécessite une gestion énergétique permanente. Après, les portables dits « gaming » sont dans le même bateau et n’ont de portable que le nom.

Un bilan plutôt positif tout de même

Dans l’ensemble, la ROG Xbox Ally X compose un outil curieux, puissant, polyvalent et parfois impressionnant, mais dont l’usage révèle déjà assez souvent ses limites structurelles. L’appareil montre un potentiel indéniable en tant que PC nomade léger, facile à emporter et capable de s’adapter à une grande variété de jeux. Pourtant, chaque avantage s’accompagne d’un doute. Les performances élevées existent, mais la stabilité fluctue selon les titres. L’ouverture vers tous les launchers représente une force exceptionnelle, mais l’absence d’intégration réelle rend la navigation parfois pénible sur les launchers à la manette. Le format handheld séduit, mais l’autonomie restreinte empêche d’en profiter sereinement. La communication autour du partenariat Xbox attire l’attention, mais le fonctionnement interne reste celui d’un PC, ne nous voilons pas la face. Concernant le « this is an Xbox », j’ai envie de demander si activer le lancement auto de Steam, en mode Big Picture, en ferait un Steam Deck ? Puis « this is xbox » ce sera le cas quand je pourrais lancer mes jeux xbox démat’ 😉

Machine ambitieuse, la ROG Xbox Ally X impressionne par sa puissance et sa polyvalence, capable d’offrir de superbes expériences dans un format compact. Les performances oscillent toutefois fortement selon les jeux, ce qu’on désire à l’écran, et rappellent les limites d’un hardware déjà poussé pas loin de ses limites (en mode pas de concession, certes) sur une partie du catalogue, la faute à une optimisation gaming du monde PC parfois bancale pour rester plus globale. L’ergonomie Windows, pas toujours adaptée au pad, l’intégration encore parfois partielle des launchers et les problèmes persistants autour de la carte SD nuisent parfois à l’expérience globale d’une façon ou d’une autre. L’appareil finit par convaincre sur certains points (la majorité), mais peine aussi à justifier pleinement un tarif premium tout le temps. La ROG Ally X reste un PC portable miniaturisé avant toute chose, habillé en console sans en partager la simplicité. Une machine qui séduira les amateurs de flexibilité, mais qui expose aussi les limites d’un format (le handheld) encore loin d’être totalement maîtrisé. Déjà du mieux de mise en mise à jour, mais il reste du boulot aussi bien pour Microsoft et toute sa surcouche Xbox, son ergonomie « Windows au pad », que pour les autres launchers, pour une imbrication parfaite et une communion fluide de l’ensemble.

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