La licence Spellforce existe depuis plusieurs décennies en proposant une expérience où C-RPG et RTS se mélangent afin d’offrir une formule souvent classique, mais tout de même efficace. La licence de THQ Nordic s’éloigne de sa dominante pure RPG afin de basculer du côté tactique et 4X avec Conquest Of Eo. Le pari était risqué, mais le résultat est loin d’être mauvais même si la marge de progression est présente. Un premier avis après 20 h+ de jeux sur PC.
On débute l’aventure par le choix de classe pour notre héros parmi l’alchimiste, l’artificier et le nécromancien. Cette première décision a un impact non négligeable, car comme on s’en doute chaque archétype possède ses atouts, faiblesses, et compétences de base. Mais la finalité reste la même : on part à la recherche du savoir et connaissance de la magie ultime, le Feu éternel, quête inachevée et entreprise par notre maitre sur laquelle on lui succède. L’histoire heroic fantasy prend place dans le royaume d’Eo, monde connu de la licence. Sans égaler la qualité d’écriture passée, Conquest of Eo se laisse suivre sans problème avec une aventure assez originale. Il faut quand même être honnête et reconnaitre que, contrairement aux épisodes précédents à la narration béton, ce sera plus pour le gameplay qu’on joue à ce SF qui se veut moins dense en termes de narration (c’est surement le changement de style aussi qui veut cela).
Le second choix est la carte où se déroule notre périple, associée à plusieurs autres paramètres (la difficulté, les ennemis rencontrés, les ressources, etc.) permettant de varier les plaisirs d’une partie à l’autre sans oublier la possibilité d’aller modifier l’un ou l’autre settings de nous-mêmes afin de générer une partie personnalisée de toute pièce. On touche ici la faculté d’avoir une multitude de cadres de départ pour notre aventure. Certes, cela ne change pas du tout au tout la donne, mais au moins si on désire tester un autre archétype, on parcoure une game assez loin du simple copier/coller brute.
Le tour par tour est au centre de l’expérience que cela soit sur la map monde, ou dans les affrontements tous deux régit par les fameux hexagones propres au 4 X. L’ancienne tour de notre mètre nous sert de QG et hub central. C’est en quelque sorte notre centre d’affaire où on accumule or et point de recherches, qu’on crée nos soldats et autres créatures. On ajoute des bâtiments afin de débloquer de nouvelles possibilités, etc. On déplace nos unités pour récupérer ressources, découvrir des points d’intérêts ou des camps ennemis. La loop de gameplay est faite de sorte qu’on nous pousse à bouger en permanence, à nous aventurer plus loin pour découvrir ce qui nous est invisible sur le moment. On est en perpétuelle recherche du « toujours plus », afin d’approcher le but ultime de devenir le magicien le plus fort qu’Eo ait connu tout en agrandissant notre emprise et notre nouvel empire.
En combat, chaque unité dispose de points d’action utilisés pour les déplacements, et attaque. Même pour un débutant dans le genre, la prise en main est aisée et facile. Les combats sont rapides, et justes dans le sens où l’IA est plutôt souple sans pour autant se laisser faire facilement. Les batailles sont loin d’être difficiles, mais une succession de mauvais choix se paye tout de même par la mort d’une ou plusieurs unités. On déplace nos unités, on attaque, et on recommence. À noter que nos soldats possèdent la faculté de riposter à un assaut ennemi au prix d’un point d’action ou plus. Il arrive à certains moments qu’une escouade n’agisse pas pendant un de nos tours, mais c’est synonyme qu’elle a castagné de son propre chef il y a quelques secondes. On reste sur du gameplay classique dans le genre sans prise de risque, mais Conquest of Eo le fait plutôt bien. Une chose est sûre, les habitués de Spellforce seront surement dépaysés côté gameplay bien plus axé stratégie. On regrette par contre des combats à faible intensité dans le sens où on contrôle rarement plus de 5 unités à la fois, et le tout se réglant la majorité du temps assez rapidement.
La combinaison tour par tour sur carte et bataille fonctionne bien. Spellforce n’invente rien ou pas grand-chose, mais toutes ces features connues mises bout à bout suffisent à offrir une formule assez riche, addictive, et sur laquelle on prend plaisir, mais il faut garder à l’esprit que la partie exploration est tout de même la dominante face au combat.
Conquest of Eo tourne sur un panel large de machine, n’étant pas très gourmand en termes de ressource. Le rendu est plutôt joli sans être une vitrine. Les animations sont satisfaisantes même si je trouve à titre personnellement que le monde manque un chouia de vie ou de détails. Quand on se souvient de Spellforce III, on constate plus un retour arrière qu’une amélioration sur cet aspect. Notons également l’absence totale de VF, ne serait-ce que pour le ST qui aurait été la bienvenue surtout dans un titre aussi bavard en texte côté tuto et explication de mécaniques. Pour finir l’OST est plutôt agréable et discrète tout en se mariant bien à l’ambiance générale qui se dégage de ce Spellforce Conquest of Eo.
Spellforce Conquest of Eo n’est en rien prétendant à un titre de jeux/découverte de l’année, ou même de révolution sur le marché, mais le périple proposé s’avère quoi qu’il arrive suffisamment réussi pour qu’on s’y intéresse. Certes, on se questionne sur certains choix faits par le studio, mais la qualité globale de formule sur le terrain l’emporte. Il y a clairement de quoi passer un palier, mais l’histoire, le gameplay, l’univers, pour une production vendue moins de 30 petits billets, on ne fait pas les difficiles et on a tendance à valider le nouveau tournant de la licence. Ce n’est clairement pas le meilleur Spellforce, mais c’est un 4X qui fait plus que le minimum attendu.