Lié aux batailles navales de l’excellent Assassin’s Creed Black Flag, Skull And Bones a connu un développement plein de tumultes entre les reboots et différents reports. Sa sortie était attendue avec méfiance et même si le titre propose certains atouts, on ne peut qu’en ressortir avec un avis mitigé façon je t’aime moi non plus. Je n’ai pas vu tout le contenu du titre (il faut dire que c’est tellement vaste de viser le 100%), mais mes quelques dizaines d’heures passées en mer me permettent déjà de vous livrer un avis qui me semble complet.
Le projet avait clairement de la gueule à son annonce : prendre la composante « guerres pirates sur les mers » de Black Flag, lui donner une facette multi/PVP avec comme objectif de devenir LE corsaire ultime. Le studio Ubisoft Singapore a la barre laissait assez rêveur, étant l’équipe en charge des séquences de gameplay en mer des derniers AC, mais aujourd’hui on ressent parfois le poids des âges et le tout peine à nous convaincre pleinement au fil des heures qui défilent.
Après un premier tuto en mode seul face au monde (comprendre ici, notre navire face à toute la flotte britannique) où la défaite est inévitable, on recommence de zéro sur une petite barque, comme un radeau, et saute alors aux yeux le retard technique. On ne peut pas dire que c’est laid, nous offrant certains décors réussit et des vues avec un effet de brouillard / lumière convaincants, mais on va plutôt dire que le tout est irrégulier, un peu trop même pour une sortie sur nouvelle génération (testé sur Xbox Series ici) et ce, qu’on soit en preset rendu ou performance. Notre avatar affiche un rendu indigne des dernière consoles par exemple, avec un aliasing assez prononcé à plusieurs reprises. Certaines textures sont du même acabit, comme lors d’un feu déclaré sur une ville, ou les vagues en pleine mer … Quand on compare à la dernière trilogie, on est clairement sur un train de retard. Au moins, le jeu est des plus fluides mais on aurait clairement aimé un rendu un bon cran au dessus et c’est surement l’une des grandes faiblesses du titre. La météo dynamique avec des tempêtes influant sur le comportement de la mer est plutôt bien amenée par contre. Un océan calme est préférable à l’agitation d’une tempête pour mener la guerre ! Voir les nuages et les éclairs au loin n’est jamais de bon augure.
Un pirate, pour les gouverner tous
On se retrouve embrigadé dans une histoire entre pirates, clan de marchands, la flotte française et j’en passe, dans une lutte pour au final tenter de devenir le plus grand pirate que la région ait connu. Sans nous tenir en haleine avec un récit épique, cela justifie assez facilement nos différentes sorties et joutes, et réussir nous garder dans la vibe pirate and co, afin de nous laisser découvrir la boucle de gameplay.
On débute dans un hub qui nous fournit tout le nécessaire pour partir en mer : les différentes missions principales, de quoi aménager notre rafiot, l’améliorer, nous habiller et j’en passe. Premier objectif en vue, nous voici enfin sur un navire qui a de la gueule et avec lequel on va pouvoir se lancer dans des affrontements sans merci. La prise en main est identique à tout jeu de bateau avec l’inertie du navire à prendre en compte quand on le manœuvre, et un système d’endurance quand on ouvre toutes les voiles. Surprenant, mais cela permet entre autres de nous obliger à jouer la prudence par moment et à en garder sous la pédale quand on fait face à un danger, afin de pouvoir s’échapper en cas de besoin.
Notre cible est en vue, confirmation par un coup de longue-vue rapidement, et nous voici partis pour notre première bataille. On est équipé d’une rangée de canons standard de chaque côté, mais aussi d’un autre type de canon à l’avant pour une attaque frontale. Chaque salve nécessite un temps de recharge ensuite, nous laissant à la merci de l’adversaire en cas de mauvaise gestion. Les barres de vies s’amenuisent, on sent la tension monter et voilà que pop une émote « abordage ». Je m’attendais à pouvoir y aller franco, mais au final, la réussite de la manœuvre provoque juste une cutscène et voilà, navire pillé et ressources accumulées. Quelle déception ! La première approche rappelle ouvertement Black Flag, mais on a l’impression qu’il manque un petit truc pour lui donner une dimension épique et le fait de ne pas participer réellement à l’abordage est dommage. J’aurais aimé que cela lance quelques combats façon AC en mode temps réel, ou action RPG, pour mériter le trésor et pas juste subir une cinématique.
Un port comme un autre
Il ne faut que quelques heures pour au final couvrir la quasi-totalité de la boucle de gameplay qui se résume souvent à quitter le hub, rejoindre la zone cible, abattre l’un ou l’autre vaisseau, piller un camp, ou trouver un trésor et rentrer. Certes, on découvre de nouvelles subtilités au fur et à mesure qu’on évolue et qu’on change l’armement en place, mais on tombe très vite sur une « routine ». Est-ce un mal ? Pas nécessairement, c’est un peu l’apanage de pas mal de jeu au final, mais la formule reste assez basique et peut sembler manquer de profondeur surtout quand on enchaine les sessions et les heures.
Heureusement, la carte à notre disposition regorge d’activités parfois originales permettant de donner régulièrement un bol d’air frais. Par exemple, attaquer une ville ou un port et le piller déclenche un évent duquel il faut sortir vainqueur. Sur plusieurs paliers, une barre se charge et il faut réussir à l’atteindre lcomplète pour looter tout le butin, le tout sans sortir plus de 60 secondes d’affilés de la zone délimitée, en détruisant les tours de défenses ou navire de la flotte qui s’y trouvent et qui arrivent fréquemment. On découvre de nombreux lieux-dits un peu partout, offrant de nouveaux points de TP rapides, de nouveaux marchands ou contrebandiers ou tout un tas de contenu annexe (quête Fedex parfois, demande d’assistance pour couler une flotte, de l’escorte, des composants, etc), la chasse animale, les primes sur les brigands recherchés, sans oublier notre leveling en cumulant de l’infamie (EXP – à chaque mission, chaque trésor, chaque découverte mais surtout chaque navire coulé / pillé) qui donne accès ensuite à de nouvelles recettes de craft notamment ou des plans de navire.
Un travail de fond
On cumule des composants via le commerce, l’attaque et abordage de navire, mais aussi dans la nature où couper du bois, récolter des minerais, etc se limite à des QTE où on appuie sur le bouton quand le curseur se trouve dans la zone verte. Au camp, on travaille les matériaux bruts afin de les raffiner, et on construit de nouvelles armes pour notre bateau, ou du mobilier donnant des bonus comme plus d’endurance, des recharges de canon plus rapide, etc. Bien entendu il faut avoir atteint le bon niveau d’infamie mais surtout posséder le plan ! Le niveau de notre navire dépend du rafiot en lui-même, mais également de ce qu’on lui équipe. Plus on pose de canons évolués, ou du mobilier costaud, et plus notre vaisseau prend du galon, et nous laissant alors découvrir de nouvelles quêtes qui ont toutes leur niveau conseillé. Tomber sur un galion lvl10 quand on est à peine niveau 5, c’est le carnage assuré. On découvre plusieurs évènements aléatoires ou spéciaux un peu partout sur la carte ainsi qu’en endgame, la mise en place de notre suprématie en éradiquant toute menace et en cherchant à accumuler le plus de richesses, notamment via la création de routes commerciales, mais gare à la concurrence qui peut être pris d’envie de venir y mettre son nez.
On espérait trouver une formule basée sur la bataille navale bien entendu mais pas uniquement, et au final il y a très peu d’à coté consistant. Il y a bien des passages où on contrôle notre capitaine en dehors de son rafiot, mais hormis de l’exploration minime et ramassage des composants/trésors au sol, n’espérez pas la moindre bagarre, escalade ou autre façon AC. Ces phases plateforme restent ultra basique. Pas de pêche, plongée ou autre non plus.
Et ça continue, encore et encore
Bien entendu, libre à nous de vaquer à nos occupations comme bon nous semble, on peut très bien mettre de côté pendant un moment la trame principale pour partir en chasse des cibles recherchées, sur la piste des multiples trésors en suivant des cartes trouvées ci et là, d’aller chasser des animaux depuis notre barque de base avec un harpon, amasser de l’argent pour customiser notre visuel au capitaine et son équipage, etc. ainsi que le farming de composant pour améliorer notre vaisseau. S’il y a bien une chose qu’il faut reconnaitre à Skull & Bones, c’est sa générosité en termes de contenu. On peut avoir vite l’impression de tourner en rond si on ne fait que de la trame principale, mais dès lors qu’on se laisse voguer régulièrement là où me vent nous porte et qu’on vit pirate libre à 200%, on réduit fortement cette impression et cela rend l’expérience bien plus séduisante. Bref, dès lors qu’on accroche à la formule, on part pour une durée de vie vraiment conséquente, avec une blinde de choses à faire, et assez variées si on se donne la peine de s’y consacrer.
Skull & Bones est un jeu en ligne, multijoueur, où il est fréquent de voir les navires d’autres corsaires sur la mer, ou même d’en croiser à terre ferme. On coopère, on s’entre aide à couler un navire bien trop fort pour nous, à attaquer un fort, mais cela peut vite dégénérer pour peu qu’un coup de canon intentionnel parte (réservé pour le moment à certains évents, heureusement haha). Chaque navire arbore une approche différente avec des orientation dégâts, alors que d’autres sont plus tanky ou support ce qui peut avoir une importance lors de traques face à des renégats expérimenté et dangereux. Le crossplay fonctionne plutôt bien, chose positive pour une aventure en groupe. De même la couche réseau n’a pas posé de problème depuis la sortie du jeu, et ce quel que soit le créneau où j’ai joué.
Sur le papier, Skull And Bones présente certains arguments qui sont transformés en jeu comme cette richesse immense, son mode ouvert généreux et séduisant où on s’y perd avec plaisir et aussi une première couche bataille efficace, mais la formule globale manque un chouia de profondeur (ces abordages…) et la technique affiche clairement du retard. La direction artistique reste jolie, mais on pouvait clairement viser mieux surtout après un si long développement. Les adeptes de jeu service devrait y trouver leur compte s’ils sont prêts à certaines concessions pour profiter de cet univers pirate généreux. A voir maintenant sur la durée la quantité mais surtout qualité du contenu. J’ai personnellement assez apprécié mon voyage et mon aventure tout autant que j’ai pu pesté sur certains point. Comme noté plus haut : je t’aime moi non plus, j’ai peut être râlé mais j’y suis retourné à chaque fois.























