On connaît NIS, côté TRPG, avant toute chose pour la célèbre licence Disgaea que j’affectionne tout particulièrement (Ghost en a pas mal parlé d’ailleurs), mais ce n’est pas la seule série du genre que possède le studio nippon. En effet, Phantom Brave, dont l’unique opus est sorti initialement il y a plus de 20 ans, propose une suite inattendue après un si long délai. Celle-ci, intitulée Phantom Brave Lost Hero, est disponible depuis environ deux semaines et on en fait le tour aujourd’hui.
Cette suite directe, six mois après les évènements du premier opus, nous fait retrouver nos deux comparses Marona et Ash, fraîchement rentrées de leur périple précédent. Marona est une Chroma, un être capable de voir les fantômes et surtout de leur rendre temporairement la vie en insufflant leur âme dans un objet. Alors qu’elle pensait enfin être acceptée par les hommes malgré ses capacités de Chroma suite à son succès précédent, voilà qu’une nouvelle embrouille lui tombe dessus. On ne peut jamais être tranquille ! Ils sont attaqués par des pirates dont le chef, le Roi des Fantômes, subtilise au passage une partie des pouvoirs de Marona. Elle ne peut rien faire face à un tel ennemi et subit une défaite cuisante. Marona se réveille inconsciente sur une île inconnue et fait la rencontre d’un groupe de corsaires cherchant de nouveaux compagnons pour aller piller une île voisine… c’est à ce moment-là qu’elle rencontre Abricot une jeune corsaire et comprend que sa nouvelle équipe ne se situe pas du côté du bien. Cette nouvelle alliée n’est autre que la fille d’Argento, un célèbre pirate porté disparu depuis longtemps, et ces méchants usurpent son identité. Une nouvelle équipe se forme alors avec Marona et Abricot pour affronter leurs ennemis communs. Ensemble, ils naviguent d’île en île pour atteindre leur but et notamment retrouver leurs anciens amis et se faire de nouveaux alliés pour vaincre Le Roi.
L’analogie entre Phantom Brave et Disgaea saute aux yeux dès les premières minutes de jeu, que ce soit par son character design atypique ou par son gameplay et la construction de la narration. Chaque chapitre nous emmène dans un nouveau lieu où nous enchaînons les batailles qui font avancer l’histoire, nous recrutons de nouveaux membres en les ralliant à notre cause, etc. Phantom Brave est lui aussi un Tactical RPG au tour par tour, à la différence que le damier de Disgaea est troqué contre un système plus libre, dont la distance de déplacement est prédéfinie par un cercle autour du personnage au début de son tour. La seconde différence est que les unités agissent indépendamment les unes des autres, et non pas par pan entier (équipe par équipe), comme dans Disgaea, l’ordre étant défini par la vitesse de chaque unité. Dernier point et non des moindres : Marona commence seule, face aux ennemis, et doit utiliser ses capacités de Chroma pour invoquer ses alliés recrutés précédemment ou des unités génériques créées plus tôt, en utilisant tous les objets à sa portée pour y insuffler leur âme.






Sur le papier, la formule est originale et surprenante mais c’est une tout autre histoire (en bien) une fois que l’on passe à l’action. Le choix de l’objet avec lequel on fusionne une âme est essentiel et surtout il faut varier la scène. L’insertion d’une âme dans une roche ou un autre objet influe non seulement sur les bonus et buffs que cette unité va gagner, mais aussi sur ses capacités dites passives (à l’inverse, les compétences actives sont liées au personnage lui-même, à sa classe et à son leveling). Cependant, ces unités ne restent pas forcément très longtemps en jeu et peuvent parfois disparaître après quelques tours ! L’homogénéité de notre équipe est l’un des points clés de la recette, afin de pouvoir enchaîner les combinages (l’insertion d’âme dans un objet) de façon efficace. Il ne faut certes pas foncer tête baissée en invoquant de suite tous nos meilleurs éléments, mais agir en fonction de la situation, l’analyser, etc. et agir coup par coup, de façon réfléchie sous peine de prendre une raclé des familles. Face à certains adversaires coriaces, il peut être judicieux d’exploiter le décor en lançant l’ennemi hors de la map, ce qui provoque une perte directe d’une partie importante de ses PV avant qu’il ne revienne sur le champ de bataille. Il existe plusieurs subterfuges de ce genre !
La formule se révèle riche, mais peut parfois virer au complexe quand on voit le nombre de possibilités offertes et la profondeur de celles-ci. On équipe des objets pour les jeter sur le champ de bataille et y invoquer des fantômes, les armes bénéficient d’un système de leveling, on retrouve des mécaniques similaires au Géo de Disgaea, etc., et l’ensemble n’est pas toujours expliqué de façon explicite ou avec une présentation complète. Je pense notamment aux capacités uniques qu’on acquiert définitivement en remplissant certains prérequis avec certaines armes et où plusieurs sous-menus sont nécessaires pour trouver une bribe d’information. C’est du NIS, pur et dur, et même pour un joueur qui a baigné dedans, tout n’est pas toujours aussi clair qu’espéré. Mais c’est aussi du NIS pur et dur avec cette générosité de chaque instant : énormément de classes, un arsenal important, un contenu massif avec des donjons via des parchemins rappelant le monde des objets, etc. Bien sûr, cela demande un investissement conséquent, mais vous savez à quoi vous attendre en jouant à un jeu de la série Disgaea. Dès lors qu’on se donne les moyens de tout assimiler et comprendre, Phantom Brave procure un plaisir certain et l’accomplissement de nos objectifs et nos victoires génèrent une réelle satisfaction.
Pour un titre aussi riche, il est appréciable d’avoir le droit à une localisation des sous-titres dans notre langue, avec des voix anglaises ou japonaises. La bande-son est toujours une valeur sûre avec quelques pistes extras. Sur l’aspect technique, rien à signaler sur PS5 avec une expérience propre et fluide. La direction artistique maison est toujours aussi mignonne et kawaii avec ses sprites toujours aussi soignés. Une réussite sur cet aspect également.
Se lancer aujourd’hui dans Phantom Brave The Lost Hero nécessite du temps pour réellement en profiter et demande de ne pas avoir peur de se retrousser les manches pour appréhender chaque composante. Mais si vous réunissez ces deux points, et que vous aimez Disgaea en plus, foncez ! On y découvre une recette similaire mais différente à la fois du second tactical de NIS, avec un monde coloré et attrayant, et des heures de divertissement garanties. Les amateurs de versions physiques seront ravis : Microids propose une édition deluxe disponible un peu partout, avec comme toujours chez NIS quelques bonus en plus : un mini artbook papier et un code pour télécharger la bande originale (Switch, comme PS5).
