12 février 2026

Test Kingdom Come Deliverance 2 : le messi est arrivé

Notre rencontre avec Henry, il y a 7 ans, nous a laissé un goût si particulier. Il faut dire qu’une simulation médiévale alliant réalisme et exigence, c’était quelque chose d’original et surtout inhabituel, mais le résultat en valait la chandelle (si on accrochait à la recette). L’annonce d’une suite ne pouvait que nous faire rêver. Kingdom Come Deliverance 2 franchit un sacré cap en poussant encore plus loin sa formule et délivre un titre destiné à marquer l’histoire… à condition d’avoir l’envie et le temps de s’y investir, car profiter pleinement de l’expérience demande du temps, et il ne faut pas avoir peur de l’échec ou d’en baver un peu parfois.

Dire que KCD 2 est une sincère réussite est un euphémisme, il suffit de voir les données partagées avec Warhorse pour se rendre compte de l’ampleur du phénomène. Il a été vendu plusieurs millions d’exemplaires en moins de trois semaines, pour un budget ultra maitrisé (loin des AAA à plusieurs centaines de millions) et une technique au poil (même sans patch Dayone, 99 % du jeu est fonctionnel). Le jeu offre également des heures et des heures de gameplay et de contenu. L’avenir de la licence est tout tracé, tout comme la pérennité du studio !

Kingdom Come Deliverance est basé sur la dureté de la vie et l’apprentissage nécessaire pour réussir la moindre action convenablement. N’espérez pas gagner une joute seule face à trois adversaires après 10 minutes de jeu, réussir à bien viser à l’arc dès le premier coup, etc. On en bave, on se casse la gueule maintes fois, et on recommence. Il n’y a pas de système de sauvegarde « easy mode » permettant de reprendre au dernier point de contrôle 18 secondes avant un échec. C’est à la dure, avec là aussi un système punitif si on ne prête pas attention à ce qu’on fait. Vous êtes toujours là ? Le menu annoncé ne vous fait pas peur ? Allez, on peut continuer !

Dans le sang tu te lèveras

Durant le premier KCD, Henry part de rien et entame sa vie dans le sang, sa famille ayant été massacrée devant ses yeux. Il n’a pas d’autre choix que de prendre les armes (enfin, d’abord d’apprendre à s’en servir) en se rapprochant d’un seigneur local avant de se mettre à son service. À la fin du premier jeu, Henry a déjà acquis de l’expérience, et l’on se demande comment poursuivre l’aventure sans avoir recours à un avatar déjà bien rôdé (vu qu’on incarne le même personnage). Et pour le coup, Warhorse a réussi à rendre son deuxième épisode assez « autonome » par rapport au premier. La narration rattrape assez vite ceux qui n’ont pas fait le premier opus, via les premières heures de jeu et divers contenus disponibles, et redonne le contexte de la quête de vengeance de notre personnage, ce qu’il lui est arrivé, qui il vise, et qui sont ses compagnons dont Hans Capon. Oui, avoir fait le premier KCD est un plus, mais on peut aisément débuter directement avec le deuxième. Mais qu’en est-il d’Henry lui-même ? Après un tutoriel qui donne de maigres bases côté gameplay (sortir et dégainer son épée, le système de combat, le tir à l’arbalète, etc.), Henry fait une chute proche de lui être fatal, ce qui le handicape fortement physiquement, et il se retrouve très rapidement seul, sans le sou en poche, loin de la terre où il est connu comme étant associé à un seigneur local. Fauché, seul et blessé, tous les ingrédients sont réunis pour que Henry reparte de zéro. Il doit à présent reprendre ses objectifs, ce pour quoi il est là, tout seul, et c’est loin d’être une partie de plaisir (enfin si, mais on se comprend).

Comme pour le premier opus, la narration reste ancrée dans la réalité, l’univers étant réaliste et très éloigné de toute forme de fantaisie. Les sujets tournent autour du conflit, des jeux de pouvoir et, bien sûr, du désir de vengeance d’Henry. La qualité de plume est une nouvelle fois au rendez-vous avec un univers cohérent et un contenu principal et secondaire bien ficelé. Il n’y a pas de quête Fedex ici, tout est scénarisé, et même une suite qui peut sembler anodine peut modifier le comportement futur des habitants ou d’un PNJ envers nous. et nous ouvrir ou fermer des portes  Le rythme et la durée de vie varient selon chaque run et le profil de chaque jour. On a des étapes clés qu’Henry vise, mais il y a plusieurs façons d’y arriver à chaque fois. Au fur et à mesure, nous adaptons notre approche, nous découvrons de nouvelles pistes, de nouvelles quêtes connectées à notre but principal se greffent, etc. C’est vraiment fascinant de découvrir ce monde vivant et persistant, car oui, chacun de nos actes a des conséquences à un moment ou à un autre.

Le casting et la richesse du panel des personnages rencontrés sont impressionnants. Chaque trame scénaristique nous invite rapidement à nous investir, nous nous attachons à certains avatars et surtout, notre perception des événements change au fil de la progression. On s’aperçoit alors que rien n’est tout blanc ou tout noir, que chacun a ses raisons d’agir d’une certaine façon et que l’on finit par les comprendre et les accepter, même si parfois un compagnon de route n’entre plus en adéquation avec notre ligne de conduite et nous amène à changer notre comportement à son égard. Tout est parfaitement conçu dans ce succulent KCD2.

Je suis Henry de Skalice

Ce qui me fascine, c’est vraiment cette interconnexion dans l’univers. Pour donner un exemple, on a le choix au début de travailler pour un forgeron ou pour un autre corps de métier. Je choisis le forgeron, qui me forme à son métier avant de m’envoyer retrouver deux autres apprentis disparus… Pour cela, je fais le tour des villages alentour pour enquêter, mais certains ne me répondent que si je fais quelque chose pour eux avant (un service pour un service). J’ai eu un litige avec un PNJ avant ? Peu de chance qu’il ne m’aide maintenant.. En chemin, je dois retourner à l’auberge où Henry a séjourné rapidement plutôt et y ayant semé le chaos, je dois arrondir les angles, ce qui m’amène à rosser des guerriers qui sèment la terreur non loin. En chemin, je retrouve un PNJ croisé plus tôt pour une autre quête qui se souvient de moi et qui me reparle du sujet précédent. Il m’accompagne également un bout de chemin. En cours de route, je pars à la recherche de Cabot et recroise la route de celle qui m’a guéri au début du jeu. Elle me fait part de ses craintes concernant sa fille (que j’ai rencontrée plus tôt) qui a disparu.  Je peux me dire : « Je m’en cogne de tout ça, je bosse pour le forgeron », mais en fait, on sait très bien qu’aider la vieille femme nous récompensera d’une façon ou d’une autre, et que se faire pardonner par l’aubergiste aura aussi un effet. Et tout est ainsi, en permanence. On recroise souvent la route d’un personnage tôt ou tard, on construit un passif avec eux, qu’il soit positif ou non, etc. Lors des dialogues, nos statistiques entrent en jeu, comme l’éloquence, par exemple, et bien entendu, cela ne fonctionne pas toujours comme dans tout bon RPG. Cela fait varier nos réputations et peut nous créer plus d’ennuis qu’on ne le pensait… Le monde varie selon nos actes, mais pas uniquement… 

Le monde évolue, et le temps a un impact sur tout, à commencer par Henry qui doit gérer sa faim et sa fatigue. Cette dernière a un impact net : plus Henry est rincé, et plus sa vie, ainsi que son endurance maximale, diminuent… Comment retrouver tout cela ? Pour cela, il faut dormir, mais il faut aussi un lit ou au moins un peu de paille… La qualité du « lit » impacte la qualité du sommeil et donc la régénération. Pour la faim, il faut consommer des vivres, mais attention, les viandes comme les fruits et légumes tirent la gueule si on les conserve trop longtemps et on risque même un empoisonnement plus ou moins grave si on ne fait pas attention ! Heureusement, les fumoirs et séchoirs permettent de conserver les aliments plus longtemps. Le cycle jour/nuit joue tout autant sur notre histoire, à commencer par le fait que certains services ne sont pas disponibles à toute heure de la journée. Le forgeron ne sera pas disponible à 3 heures du matin, tout comme l’aubergiste qui ne proposera pas de repas à minuit, heure à laquelle il ferme boutique. Les PNJ avec qui on doit effectuer une mission dorment également et ne seront pas disponibles pour discuter. Forcément, commettre un larcin en pleine nuit est alors plus logique. Dans la pénombre, on aperçoit au loin les torches, laissant le champs libre mais se faire prendre dans l’obscurité n’est pas non plus anodin et risque d’éveiller la suspicion. Si des gardes sont en alerte ou que quelqu’un nous soupçonne d’un vol, cela peut vite déraper : comme par hasard, une épée a disparu juste après que nous avons été aperçus dans une zone privée. Notre réputation en prend un coup et on est recherché !

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Si les patrouilles nous aperçoivent, elles tenteront vite de nous mettre la main dessus. Il n’y a alors que trois solutions : s’enfuir, combattre ou se rendre, et accepter la punition ou payer une amende (quand on ne tente pas de corrompre via l’une des options de dialogues disponibles). Tout cela impacte encore une fois notre réputation dans le hameau ou le quartier concerné. Le bouche-à-oreille fonctionne à merveille et il suffit de peu pour devenir persona non grata. On est souvent tenté de voler quelque chose ou de détrousser un passant endormi, mais les répercussions sont si lourdes qu’on se contrôle. Il ne faut pas non plus penser qu’un délit commis en début de jeu restera impuni si on revient sur les lieux du crime plusieurs heures après. Rien ne se perd !

A genou, puis debout

Comme je l’ai dit plus tôt, l’apprentissage KCD se fait à la dure. Il n’y a pas d’EXP comme on l’entend d’habitude, qui augmenterait forcément les statistiques ou qui permettrait d’obtenir un point à investir dans un arbre de talent. La seule façon de monter une facette est de l’utiliser. Comme le dit l’adage, c’est en forgeant qu’on devient forgeron, et rien n’est plus vrai que ce dicton dans le cas de Kingdom Come. Nos premiers tirs à l’arc sont un désastre. Le simple fait de bander la corde consomme notre endurance à toute vitesse, et le bras tremble en décrivant une ellipse. Toucher une cible les premières heures est une chance, car appréhender l’arc n’est pas simple, sachant qu’il faut en plus prendre en compte la chute de la flèche sur la distance. Plus on s’exerce, plus on engrange d’expérience et, par moments, on franchit un niveau en tir à l’arc, ce qui ouvre le choix sur plusieurs traits et offre le choix d’un trait permis 3-4. Mais pour voir de réels atouts puissants, il faut grimper en level, et pas qu’un peu.

Cette logique s’applique à tous les aspects du jeu, qu’il s’agisse de la vitalité, de l’infiltration, de l’artisanat, de la monte, etc. Il est donc très difficile d’être expert dans l’ensemble des domaines et de réussir à manier parfaitement toutes les armes, en raison du temps nécessaire pour gagner des niveaux. Le maniement des armes justement : utiliser une épée et un bouclier pendant 10 heures nous « spécialise » sur la lame à une main. Passer soudainement à une claymore réduit notre efficacité, car nous ne maîtrisons pas le maniement de cette lame géante à deux mains. La formule est riche à souhait, et des aspects qu’on peut leveler de la sorte, il y en a plusieurs dizaines. Il est donc important de viser sans trop tarder ce qui nous fait envie pour obtenir pour se constituer une base solide sur peu de domaines qu’être mauvais sur plein de sujets. Et cela va même plus loin pour l’artisanat où on exécute vraiment des manip pour forger, ou en alchimie pour faire des décoctions ! Une lame s’émousse au fur et à mesure qu’on l’utilise, on l’aiguise du coup sur une meule …

Les combats, justement, au corps à corps, sont très exigeants, même contre un simple loup. Une étoile se dessine sur la cible, symbolisant l’angle d’attaque qu’on va prendre sachant qu’un combo implique forcément que la seconde attaque vienne d’un angle différent de la première, pour garder une certaine logique dans les mouvements, par exemple. Mais bien sûr, on privilégie le fait de venir flanquer l’adversaire sur une zone non protégée en priorité. On analyse la garde adverse, sa position et sa posture. Chaque coup consomme beaucoup d’endurance, de même que chaque blocage ou parade. Soyons clairs, les premiers combats sont assez frustrants, surtout quand on est équipé comme un paysan, car la moindre erreur est dramatique. Déjà, les 1 contre 1 sont tendus, alors si en face ils sont plusieurs, il vaut mieux fuir (et gagner quelques points sur les caractéristiques liées à la survie, haha). Si on s’en tire, il faut espérer ne pas avoir d’hémorragie (et si c’est le cas, avoir des bandages) sous peine d’en mourir… Une fracture ? Si elle n’est pas soignée (le repos aide), elle laisse vite des traces et surtout elle peut nous laisser sur le carreau. Mais pour améliorer nos capacités de combat, rien ne vaut la pratique (en combat réel ou avec un maître d’armes). De toute façon, tout demande du temps, on reste dans une vraie simulation médiévale avec une gestion du temps qui reste dans la boucle.

Un acquis qui n’en est plus un

Le système de sauvegarde joue parfois des tours, car il n’y a ni autosave ni sauvegarde manuelle comme on en a l’habitude. Pour sauvegarder, il faut dormir dans un lit ou avoir un schnaps du sauveur sur soi (acheté ou fabriqué via l’alchimie si on a la recette — quitter le jeu sauvegarde aussi). Il est important de faire le nécessaire avant de se lancer dans une activité dangereuse (ou de parcourir une longue distance à pied ou à cheval), car il n’y a rien de plus rageant que de perdre une heure de jeu ou plus en mourant sans avoir dormi ni sauvegardé sa session, haha. On pense parfois qu’un chemin est sûr, qu’on peut foncer tête baissée, mais ce serait se fourvoyer… Une zone sûre aujourd’hui ne le sera peut-être pas demain, avec des brigands qui désirent nous larder sauvagement, car on les regarde en passant… Le monde de KCD est vivant et dynamique, comme déjà dit, chacun fait sa vie, on croise du monde partout, et tout le monde n’a pas bon fond ! Il peut aussi arriver d’être attaqué par une meute de loups sauvages, et l’histoire est alors réglée, alors qu’on était en pleine ballade à la cool… Les voyages rapides (qui permettent de rallier deux points connus) ne sont pas sans danger non plus, car il n’est jamais exclu de rencontrer un événement sur la route. À cheval ? Une chute au mauvais moment et c’est la fin.

Mention spéciale à notre arrivée en fanfare à Trotsky avec une suite de quêtes que j’ai trouvée réellement pénible, celle liée à Thomas (je n’en dirai pas plus), avec un « timer » pour en arriver au bout et dont la marge de manœuvre est assez mal fichue, et surtout les informations pas toujours claires. Pensez à sauvegarder régulièrement pour éviter de perdre du temps à repartir de quasi zéro.

Kingdom Come Deliverance 2, c’est comme avoir une vie virtuelle en fait. On gère les mêmes choses (imagé bien entendu) comme notre faim, notre sommeil, il faut bosser pour avoir de l’argent, il faut pratiquer et s’entraîner pour obtenir des compétences dans un domaine, il y a un système de jour/nuit et la vie avec toute une dose de facteurs imprévisibles à gérer. On est sollicité de tous les côtés, libre à nous de répondre présent ou non, le tout sur fond médiéval historique.

Sur l’aspect technique, KCD2 envoie du lourd et, même sans le fameux patch DayOne, c’est stable et propre dans la majorité des cas. Il y a bien eu un ou deux bugs visuels lors de quelques rencontres sur plusieurs dizaines d’heures, mais cela reste léger et plus là pour chipoter. Malgré quelques inégalités par moments entre le traitement des cinématiques/cutscènes et la partie en mode réel, il est difficile d’attaquer le travail de Warhorse. La modélisation est de haute qualité, le monde fourmille de détails et de vie, le cycle jour/nuit génère des paysages à couper le souffle avec la brume, le soleil levant, le crépuscule, etc. La météo dynamique suit la même tendance, et même sur console, c’est du béton avec le choix d’un mode axé sur les graphismes ou la performance, et le sacro-saint 60 fps. Sur PS5 Pro, c’est le meilleur des deux mondes ! L’aspect audio est validé, avec un doublage qui est intégralement disponible en VF (certains le critiquaient auparavant, mais aujourd’hui c’est propre).

L’année est à peine débutée qu’il y a déjà un sérieux prétendant au trône de l’expérience 2025 en la personne de Kingdom Come Deliverance 2. Oui, il n’est pas à mettre en toutes les mains, mais il faut clairement le coup, et qu’on lui laisse sa chance. Avec une formule originale, des mécaniques profondes, et une telle richesse, le plus « dur » est finalement d’y mettre les pieds, et de ne pas abandonner à la première difficulté. Une fois pris dans la spirale, il est très difficile d’en sortir. Et il est si « rare » de voir aujourd’hui un studio proposant une formule originale, une telle richesse sans avoir recours au Fedex, et avec un tel soin apporté à la finition (le jeu est 100 % jouable avec juste la galette sans patch, chose loin des habituels patchs de plusieurs dizaines de go), que cela mérite d’être mis en avant. 2025 a déjà procuré tant de fun, mais si je ne devais retenir d’un titre aujourd’hui, ce serait KCD 2 sans hésitation.

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