Il aura fallu six ans à Hideo Kojima pour proposer une suite à sa dernière licence en date, Death Stranding. Original, c’est le moins que l’on puisse dire de ce jeu qui a su diviser les joueurs. J’ai rarement vu un jeu aussi tranchant : soit on aime, soit on « déteste » (bon, détester est un grand mot). En toute transparence, j’ai dû m’y reprendre je ne sais combien de fois pour finir l’expérience, car j’ai eu du mal à accrocher. Le rythme et le gameplay des premières heures m’ont découragé à plusieurs reprises… L’annonce de Death Stranding 2 : On the Beach m’a donc laissé assez perplexe, mais j’en ressors finalement plus convaincu que je ne le pensais et j’explique pourquoi.
Pour les joueurs qui n’ont pas fait le premier opus, je conseille de parcourir le bref résumé proposé dans le menu de démarrage pour bien assimiler toutes les informations disponibles. DS2 est une suite directe du premier opus, avec de nombreux liens. Il est important de savoir et de comprendre ce qu’est le Death Stranding, ainsi que les différents personnages, comme Amélie, Fragile ou BB/Lou. Il existe également tout un tas de vidéos très bien faites qui donnent tout le lore nécessaire pour appréhender DS 2 en toute tranquillité.
L’introduction de DS 2 nous remet la même claque que le premier opus : un plan large immense, s’étendant à perte de vue, avec Sam Porter Bridges comme seule once de vie, une bande son prenante et un passage cinématique vers le jeu d’une fluidité hors pair. Pas de doute, on est bien dans la même œuvre, où l’on retrouve notre héros, pas loin d’un an après les événements tragiques du premier épisode. Fatigué et marqué par les coups durs, Sam Porter se bat pourtant pour préserver son semblant de vie avec Lou. Mais très vite, ses anciens démons le rattrapent et lui demandent un dernier service : relier le Mexique. Sam finit par accepter, mais un tragique événement a lieu, le plongeant dans le désespoir et le lançant dans une quête de la dernière chance en direction de l’Australie. À peine arrivé sur cette nouvelle terre, une rencontre bouleverse notre héros et son équipe à bord du DHV Magellan, un vaisseau capable de voyager à travers la poix.
Direct dans le vif
Si la progression et l’histoire conservent un rythme « lent » afin de laisser le joueur contempler un minimum, il faut quand même souligner que l’introduction nous abreuve directement de bien plus d’informations que dans le premier opus, et surtout, les mécaniques de gameplay s’ouvrent à nous bien plus rapidement. De ce fait, la « lenteur » de la narration se fait bien moins sentir, car manette en main, il y a de quoi faire bien plus vite. En revanche, c’est dommage de reproduire le même « couac » que dans le premier opus, avec ici des allers-retours incessants vers le DHV Magellan. Si cela a souvent un intérêt scénaristique, sur la durée, cela pèse tout de même un peu trop et casse l’immersion. Il s’agit bien entendu de mon avis. On désire avancer, mais on revient souvent un peu sur nos pas juste pour dire. Le casting est toujours aussi riche, avec de nombreuses célébrités à l’affiche. On fait de nouvelles rencontres tout au long de notre périple et on s’attache à ces nouveaux compagnons.

Comparé au premier opus, le joueur se sent plus rapidement investi dans ses objectifs, et on sait plus rapidement où l’on va concrètement. Cela n’empêche pas DS2 de proposer de sacrés rebondissements et de nous mettre dans des situations de questionnement très tôt (même après seulement 2 heures), mais ce que je veux dire, c’est que la mise en place a droit à bien plus d’habillage que « va connecter à pied le prochain relais » et surtout, cela va à l’opposé de la solitude omniprésente du premier opus. La trame narrative reprend le même schéma, divisé en plusieurs chapitres, mais avec une grande liberté d’exploration et d’activités entre temps. Il y a quelques moments où certaines options ne sont pas disponibles temporairement, mais dans l’ensemble, les possibilités sont assez ouvertes. On est en terrain connu sur ces aspect.
Il ne faut que quelques minutes pour découvrir que les échoués et les différentes mules ne sont pas les seules menaces qui planent au-dessus de Sam. La nature est déchaînée comme jamais : tremblements de terre en tout genre, tempêtes de sable, inondations soudaines et dévastatrices, incendies, et bien d’autres encore, sans oublier cette fameuse pluie destructrice. L’ambiance reste toujours aussi puissante lorsque l’on fait face à de telles régions aux topologies et biomes différents. Le Decima Engine nous montre une fois de plus ce dont il est capable, et les équipes créatrices maîtrisent ce moteur puissant.

Sur PS5 Pro, c’est sûrement l’une des claques visuelles next-gen tant attendues. Alors oui, j’entends au fond de la salle parler de décor lunaire, mais même en observant les effets météorologiques, le cycle jour/nuit, la gestion des ombres, la modélisation des personnages et leurs animations, c’est du solide ! En mode performance, la qualité est au rendez-vous, avec une fluidité à toute épreuve. Et que dire, une nouvelle fois, de la bande-son ?! Elle joue un rôle majeur pour plonger le joueur dans l’expérience et intensifier certaines émotions. Et justement, ces paysages abandonnés, on arrive à en ressentir une âme!
On prend les mêmes
Le fond du gameplay de Death Stranding reste peu ou prou le même : connecter de nouvelles zones au réseau chiral et aider les habitants délaissés. Pour ce faire, on livre du matériel, on assiste des personnages rencontrés en cours de route et on construit des infrastructures pour se faciliter la vie, avec un peu de récolte et de construction pour améliorer notre quotidien, le tout entrecoupé de combats contre des brigands et des échoués.

Death Stranding 2 On the Beach n’entend pas révolutionner la formule en conservant les mêmes ingrédients, du moins en surface. C’est en profondeur que les choses bougent réellement, avec une plus grande fluidité. Si dans le premier opus, notre expérience manette en main se résumait pendant de très longues heures à « simplement » marcher (grâce à un gameplay basé sur l’équilibre, la répartition des charges et une physique réaliste), avant de découvrir les bolas (on fuyait beaucoup les brigands avant cela) et de pouvoir se défendre contre les échoués (ce n’était possible qu’après pas loin de 10 heures de jeu), DS2 passe la seconde dès le début.
Très rapidement, Sam a accès à des armes, des grenades, des liens pour ficeler des ennemis, les jambes robot, les premiers véhicules, ainsi que de quoi construire des ponts, des routes, etc., s’enchaînent très vite. Si je n’avais qu’une critique à faire sur le premier Death Stranding, ce serait ce début long et les options de gameplay « autres » qui mettaient un temps fou à débarquer. Entre la narration très cryptique, qui prenait beaucoup de temps à en dire plus, et cette mise en place de l’offre super lente, j’ai eu du mal à accrocher.
Avec Death Stranding 2 On the Beach, on accède à de très nombreuses options très rapidement. Le gameplay est donc directement riche, vaste et généreux. Peut-être même un peu trop, car la batterie de la moto n’est quasiment jamais un problème, pas plus que les armures de jambes robotiques. La partie infiltration, très inspirée de Metal Gear, est quant à elle très (trop) permissive. En fait, je me suis rarement sentie en danger. Alors qu’il fallait auparavant adopter une approche tactique et furtive pour traverser un camp de mules, on peut maintenant y aller franco. Avec un sniper à distance, un fusil d’assaut et une pompe à courte distance, il est difficile d’être pris de court, et au pire, il reste toujours la bonne patate de forain si le garde s’approche trop.
Le passif compte?
Dans le premier opus, les apparitions d’échoués collaient un stress dingue, avec la gestion du radar pour détecter les menaces, le souffle pour ne pas être repéré et peu d’armes en première partie de jeu pour se défendre (et même aucune pendant un moment). Ici, l’assaut rifle et les grenades de sang sont disponibles dès le début et facilitent ces rencontres même si les nouveaux ennemis, dotés de la vue, peuvent se montrer très dangereux. La simplification de la formule apporte, selon moi, beaucoup de choses, notamment un démarrage plus rapide du voyage, mais on en arrive presque à du trivial (dans l’image) sur certains aspects et ce même sur la difficulté normale (3eme, sur 4 paliers disponibles).

Personnellement, je pense qu’un juste milieu aurait pu être trouvé entre accessibilité et défi, mais si je devais choisir, je préfère largement cette nouvelle vision, qui m’a clairement plus scotché que le premier opus. L’histoire est mieux rythmée, avec de nombreuses cinématiques de qualité qui apportent davantage de vie. Le gameplay est riche, mais surtout plus consistant dès le début de la partie, ce qui permet plus de diversité immédiatement. On perd certes un peu le côté très contemplatif pour quelque chose penchant plus vers l’action, voire parfois un peu trop « Metal Gear » like, mais cela me convient mieux.
J’estime qu’il faut compter une bonne trentaine d’heures de jeu en ligne droite pour finir le jeu, mais ce serait passer à côté de pas mal de possibilités. Ne serait-ce qu’en arrivant en Australie, l’une des premières missions facultatives permet d’obtenir un sniper. Beaucoup de missions sont, soyons francs, purement là pour gonfler la durée de vie (dans la première zone australienne, par exemple, deux PNJ demandent sans cesse de se livrer du matériel, surtout du DHV disponible de part et d’autre, et j’ai du mal à voir l’intérêt), mais il y en a énormément qui permettent de gagner plus que juste des likes, avec un fond d’histoire derrière. Le joueur qui vise le 100 % a de quoi faire, entre les livraisons, la construction de toutes les routes et des monorails, sans oublier les mines. Il y a de quoi faire pour plusieurs centaines d’heures, sans problème.








































Je partais avec pas mal d’a priori sur Death Stranding 2 On the Beach, n’ayant pas forcément été conquis par le premier opus, et finalement, j’en ressors convaincu. Du coup, je comprends aussi totalement certains avis souvent de fans hardcore du premier opus qui mentionnent la perte d’identité DS. Finalement, Hideo Kojima a conservé la base de son premier jeu, en gommant ce qui, à mes yeux, provoquait des longueurs, pour retrouver ce qui faisait le sel des jeux précédents, plus axés sur l’action. D’un côté, on y retrouve bien certaines mécaniques de Death Stranding, mais d’un autre côté, on y voit une pointe de nostalgie émanant de Metal Gear. Ce mélange me convient, mais comme je le disais, je comprends ceux qui voulaient un pur Death Stranding.