Disciples Domination a deux buts bien visibles : s’inscrire dans la continuité de son prédécesseur, Libération, tout en parvenant en partie à s’en émanciper à la fois. Dit tel quel, c’est assez étrange mais dans la pensée on note une volonté de rester sur le chemin mis en place par le premier opus tout en réussissant à se créer une identité et c’est en partie réussi. Par contre, Domination semble à mes yeux s’adresser avant tout à ceux qui connaissent déjà le royaume de Nevendaar.
Disciples Domination se déroule 15 ans après la fin de Libération et assume pleinement son rôle de suite directe. Alors que le monde de Nevendaar était fragmenté dans le premier opus, il est à présent un royaume unifié sous l’égide de la reine Avyanna. Domination ne s’encombre pas de détails et part du principe que les événements passés sont acquis, pour s’ouvrir sur la réalité politique et la situation du moment, sans reposer les bases. Le passé d’Avyanna n’est donc pas expliqué, pas plus que le chemin qu’elle a emprunté pour arriver au pouvoir. Il aurait été appréciable d’avoir quelque chose à se mettre sous la dent pour les nouveaux venus, afin de partir sur de bonnes bases. Sans avoir fait Libération, il manque des éléments pour comprendre Nevendaar et les personnages mentionnés et rencontrés dès les premiers instants de jeu. Mais cela reste jouable.

Le fait de positionner Domination plusieurs longues années après Libération permet de passer sans accroc d’une vision de conquête et d’unification à celle de la gouvernance. Avyanna n’est plus la paria qu’elle était, elle est désormais la figure emblématique qui dirige un monde aux origines complexes, dont la paix est plus fragile que jamais. Les différentes factions ne sont plus des groupes à confronter, mais des entités à maintenir dans un équilibre global afin de préserver la paix. Il ne s’agit plus de conquête, mais de stabilité, qui nécessite parfois des arbitrages plus ou moins tranchés, tout en faisant de notre mieux pour anticiper les crises.
La narration suit un peu une logique similaire. Les deux jeux portent d’ailleurs bien leur nom : le premier pour libérer un monde de la tyrannie, alors que dans le second on gouverne. Le règne de la reine ne se déroule par contre pas comme prévu : ses anciens compagnons l’ont abandonnée, plongeant Avyanna dans le doute. Serait-elle en train de devenir ce qu’elle a combattu par le passé, un tyran avide de pouvoir ? De plus, un mal ronge son royaume : un mana corrompu se propage partout et une inquisition manigance dans l’ombre. Les dirigeants locaux ne servent plus que leurs propres intérêts et ne respectant plus Avyanna, l’obligeant à sortir de son règne pour retourner sur le terrain et faire ce qu’elle fait de mieux : réunir les peuples, et assoir son pouvoir. C’est finalement une suite des plus logiques d’un point de vue narratif, reprenant des mécaniques similaires, avec juste un contexte différent.

D’un point de vue du gameplay, Domination reprend largement le squelette de Libération : avec une couche d’exploration, de la capture de points d’intérêt, dialogues à forte composante JdR, affrontements tactiques au tour par tour, gestion de la base et des unités. Pour ceux qui ont joué à Libération, l’affiliation est évidente : le statut de suite directe ne fait plus aucun doute. Si l’ossature de l’expérience reste la même, il y a tout de même quelques éléments nouveaux, comme la mise à disposition, dès le début de la partie, d’une place forte déjà bien développée, le recrutement de forces armées issues de l’ensemble des factions.
Le système de combat conserve son approche au tour par tour et se révèle toujours aussi séduisant, offrant une certaine lisibilité sur le champ de bataille divisé en plusieurs cases. Chaque unité dispose d’un certain nombre de points d’action, associés au déplacement ou à différents types de compétences. La clé de la réussite réside dans la complémentarité entre nos combattants, mais aussi dans la compréhension des capacités de l’adversaire, l’analyse de l’environnement pour jouer avec les buffs et débuffs, mais également sur l’anticipation des actes adverses : autant de facteurs déterminants pour mener à bien la mission.

La diversité des unités, leurs spécialisations et les améliorations à débloquer renforcent la dimension stratégique. Qu’il s’agisse d’humains, d’elfes, de nains, de morts-vivants ou de démons, chaque race propose son lot de troupes originales aux capacités uniques. L’analyse de chaque faculté et la recherche des meilleures combinaisons sont des atouts indéniables. Avant chaque affrontement, il est nécessaire de choisir quels personnages se joignent au combat en faisant avec un budget de commandement limité, qui reste en arrière-garde et qui reste sur la touche. Sachant qu’une unité perdue au combat, l’est définitivement ! La prise de risque entre dans l’équation car toute perte implique de recruter à nouveau, former, améliorer, etc. Selon la composition de l’équipe adverse et surtout selon la topologie du terrain, il faut adapter la composition de l’équipe pour exploiter au maximum les forces de nos soldats et les faiblesses de l’ennemi du moment. Si ce besoin est moins ressenti dans les niveaux de difficulté les plus bas, il devient obligatoire de pousser l’optimisation au maximum dès lors que l’on monte les curseurs et que l’on vise les paliers les plus exigeants.
Durant l’exploration, on croise de nouveaux protagonistes et le lien avec la faction à laquelle il appartient modifie son comportement : amical, neutre, ou vindicatif. Un simple PNJ peut devenir un allié selon nos choix d’actions passées, face à lui, nos réponses dans les dialogues etc… Mais a l’inverse, cela peut finir en affrontement et mis à mort ! Toute une mécanique classique, mais typique du jeu de rôle, fonctionne en tâche de fond, donnant de la cohérence au monde de Domination. À chaque prise de position, on façonne le monde et on modifie Nevendaar selon notre vision.
Dans Libération, la progression est assez linéaire et structurée avec chaque zone conquise considérée comme acquise, et le butin dédié à monter, renforcer notre armée, améliorer notre château et recruter toujours plus. Dans le cas de Domination, il s’agit de maintenir un équilibre , allant des mêmes dépenses déjà citer mais aussi aux couts de fonctionnement du royaume, des améliorations globales à y faire : il faut stocker, pour le long terme, et plus juste penser au moment présent. Le but est bien entendu de trouver un maximum de compromis pour satisfaire le plus grand nombre, sans en froisser certains, sous peine de voir la situation se dégrader.
La gestion du royaume constitue l’un des tout nouveaux piliers de Disciples : Domination, avec une approche diplomatique, qui pousse à hiérarchiser les priorités et les réponses données. La loop commence par la capture de points stratégiques pour accumuler des ressources, puis par l’utilisation de celles-ci pour ouvrir répondre aux besoins de notre peuple. Nos actes ont une répercussion non seulement sur notre économie, mais aussi sur l’équilibre politique du monde, car chacune des décisions prises lors des conseils a pour effet d’améliorer notre réputation auprès d’un groupe, mais aussi souvent d’en froisser un autre. Il y a tout un jeu diplomatique à gérer entre l’ensemble des races présents, avec différents paliers qui nous octroient des bonus plus ou moins importants. L’impact. ? On l’a évoqué un peu plus haut, altérer le comportement de nos interlocuteurs selon la sympathique (ou l’inverse) qu’il y a entre son peuple et la couronne.

Sur PC, Disciples Domination se montre assez convaincant. Même s’il est loin d’être une vitrine, jouant plutôt dans la catégorie AA, le rendu reste assez propre (même si, parfois, l’une ou l’autre texture semble datée). Les effets de sorts sont sympas à l’œil, les animations sont soignées, offrant une production plutôt réussie. J’ai apprécié avoir une localisation intégrale en français, même dans pour les dialogues doublés ! Si rare de nos jours. Mention sur ROG Xbox Ally X où Disciples Domination tourne plutôt bien au passage, permettant de continuer la partie depuis le canapé entre autres.
Disciples Domination délivre une proposition qui m’a semblé réussi, jonglant habilement entre héritage, mécaniques historiques, et nouvel angle de vision pour la partie royaume. Certes, la forte dépendance au premier jeu affiche des forces, mais aussi quelques faiblesses, mais cela créé une réelle logique, et cohérence, pour le monde de Nevendaar. Disciples Domination n’est pas forcément le meilleur tactique tour par tour du marché, mais sa faculté à bien assembler ses combats, son aspect JdR, avec cette facette gestion et diplomatie, fonctionne bien et m’a permis d’apprécier ce nouveau voyage dans ce monde dark fantasy.