29 avril 2026

Legacy of Kain : le retour d’une licence culte

Rien que l’évocation de Legacy of Kain me ramène des décennies en arrière, à l’ère de la première PlayStation. Il s’agit d’une licence forte de cette époque, majeure même, surprenante mais qui n’a pas eu le droit à une histoire, un récit, comme elle aurait pu y prétendre, au point d’être comme oubliée, mais dont elle a eu le droit à deux jeux courant mars : Legacy of Kain Defiance remaster, l’un des opus phares remis au goût du jour, mais aussi un nouveau titre avec Legacy of Kain Ascendance !

Tout commence courant des années 90, avec la naissance de la licence au travers de Legacy of Kain Blood Omen. Ce titre a été une véritable claque pour moi, à une époque où, sur console, pas mal de titres se concentraient sur le gameplay plus que sur la narration, et voir un titre débarquer avec un récit si profond, un contenu si dense, chose qu’on voyait plus sur PC qu’ailleurs, ce fut forcément marquant. Il faut dire que le contexte lui aussi était assez surprenant : Kain est sauvagement tué, puis ramené à la vie sous une forme de vampire avant de se lancer dans un monde condamné, brutal, froid, dont le fragile équilibre reposait sur les célèbres piliers de Nosgoth. L’ambiance est lourde, les enjeux sont immédiats, concrets, et le récit ne cherche jamais à adoucir le contexte. C’est mature, violent, et le gameplay autour, tout comme la couche RPG, étaient très solides pour l’époque. À mes yeux, Blood Omen est l’une de mes expériences majeures de cette génération de machines.

Legacy of Kain Soul Reaver a été un tournant majeur pour la licence, pour plusieurs raisons, à commencer par le changement de protagoniste incarné. Exit Kain, devenu le tyran de Nosgoth, pour prendre le contrôle de Raziel, son ancien lieutenant aujourd’hui trahi et condamné à une vie de souffrance, déchue. Là où Blood Omen posait le cadre et les bases, Soul Reaver nous fait vivre les conséquences d’un monde où Kain en devint le destructeur. Raziel est à la fois le reflet de Kain mais aussi son opposé, parcourant un monde qu’il ne comprend pas, dans une quête de vérité. Et forcément, la relation Kain / Raziel est un des éléments phares du titre, qui joue à présent sur la dualité des mondes : le matériel et le spectral, le tout avec un passage à une aventure en 3D, contre une 2D isométrique pour le tout premier jeu de la série. Les changements opérés par Soul Reaver sont nombreux, profonds, renouvelant déjà une licence à peine établie. Les deux Soul Reaver ont d’ailleurs eut le droit à une compilation remaster il y a peu.

Les années passent, et les titres se succèdent jusqu’à Legacy of Kain Defiance, qui signe ensuite le début de l’oubli pour une licence pourtant si mythique à mes yeux. Il y a eu des projets durant ces deux décennies qui ont tenté de remettre Nosgoth au premier plan, mais aucun de ces projets n’a réussi à se concrétiser, à prendre vie, à nous ramener dans cet univers si sanglant mais pourtant si séduisant. Forcément, voir des annonces, des dates, et surtout avoir enfin ces « nouveaux » jeux dans les mains, cela fait quelque chose et attention, on ne parle pas d’un mais bien de deux jeux en l’espace d’un seul mois, dont le but est clair : redonner un petit souffle à cette série unique, la « moderniser » sans en altérer l’essence. Il est question de Legacy of Kain Defiance justement, qui a le droit à un remaster, ainsi que d’un nouveau titre à la vibe très old-school, Ascendance. Sur le papier, le but de faire revivre un nom est atteint, mais dans les faits, c’est un retour assez timide qui parlera sûrement avant tout aux nostalgiques, comme moi, plus qu’à une nouvelle clientèle. C’est toujours mieux que rien, mais Kain mérite clairement plus (je ne dirais pas non à un vrai remake du tout premier titre, s’il garde son identité sombre, et sa profondeur aussi bien narrative que sa construction).

Comme son nom l’indique, Defiance est un remaster, ni plus ni moins. Les améliorations sont purement techniques, afin d’apporter un confort visuel, un framerate stable, afin de redécouvrir ce hit dans des conditions plus dans l’ère du temps. Sur le papier, ce remaster permet donc de profiter d’un jeu ancien dans de bien meilleures conditions mais, contrairement à un remake, le lifting reste modéré, uniquement sur un affinage de l’image, une hausse de définition, sans faire un vrai bond en avant. Le résultat, regardé dans son ensemble, pourrait donc être vu comme à demi-teinte. Oui, le jeu est plus beau, stable, fluide, mais il conserve néanmoins ses limites passées d’un point de vue gameplay, qui ne sont plus forcément aux goûts du jour à présent, ses limites, sa rigidité.

Defiance reste un opus particulier dans la licence, notamment dans sa structure où le joueur alterne entre Kain et Raziel, offrant chacun un gameplay différent, disposant chacun de ses propres armes et d’une approche différente des combats. Le jeu mise sur une construction et une progression linéaires, rythmées par des combats réguliers et des phases d’exploration plus contenues que dans Soul Reaver. Les combats paraissent moins profonds aujourd’hui le marché ayant évolu, et certains passages accusent clairement leur âge mais, pour Autant, pour les joueurs nostalgiques, on sait où on met les pieds, on revit juste un voyage ancien dans un meilleur cadre. Pour un joueur qui découvre la licence, l’ensemble peut paraître daté.

C’est dans cet aspect qu’arrive le nouveau titre : Legacy of Kain Ascendance, dans un projet qui s’inscrit dans une démarche différente, plus modeste, loin du AA/AAA comme à l’époque. Le choix de format aussi diffère, avec une volonté de se recentrer sur l’essentiel, pas avec comme idée de rivaliser avec les cadors du moment, mais plus de se retrouver, de trouver une forme d’identité propre. Si Ascendance intrigue, de par ses prises de position, son style, l’ensemble ne convainc pas forcément directement. S’il réussit à capter (au moins en partie) l’ambiance « Kain », son atmosphère, son univers, son approche plus accessible réduit en quelque sorte ce qu’on a pu connaître par le passé, donnant plus l’impression d’avoir dû faire des compromis, rendre le titre plus « simple » pour redonner une vie à Kain. On retrouve, d’une façon ou d’une autre, le cœur de l’univers Kain, avec son écriture ou les thématiques abordées, mais on perd clairement en mise en scène, en densité, en profondeur sur l’ensemble.

Ascendance est une expérience orientée action-aventure, avec une vue 2D latérale, à l’ancienne, avec une progression découpée en zones relativement courtes, pensées comme des tableaux en quelque sorte. Le gameplay se veut plus simple, accessible, avec une prise en main aisée, des combats lisibles, une évolution assez limitée et une exploration assez guidée. On pourrait y voir d’un côté un retour aux sources, avec une DA sombre, gothique. Par contre, le gameplay est assez vite répétitif, avec comme une sensation de compromis, comme si le jeu n’allait jamais au bout de ses idées, restant en surface. Si cela reste assez plaisant dans l’ensemble, les anciens joueurs de la licence pourraient regretter ce manque de profondeur d’antan. Kain revient, mais dans une production contenue, courte, comme si on avait affaire à un projet « test », si je peux dire ainsi, pour voir si la sauce prend ou non…

J’avoue que, personnellement, revoir Legacy of Kain reprendre vie, le temps d’une double sortie, me fait chaud au cœur, ayant un affect pour cette licence. Forcément, j’en aurais voulu plus, du nouveau, voire du remake, de grande envergure, mais entre ça et rien, je prends ce qu’on me donne…

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