DON’T NOD propose depuis hier son tout dernier titre, Aphelion, à mi-chemin entre l’aventure sci-fi immersive et une production narrative classique. L’expérience séduit par son atmosphère, sa mise en scène et son histoire mais, en même temps, des limites plus marquées apparaissent au gré de notre avancée. Loin d’une production de l’envergure d’un Banisher par exemple pour rester chez DON’T NOD, Aphelion arrive tout de même à générer du plaisir même s’il ne marquera pas sur le long terme et qu’on aurait aimé le voir aller plus loin, nous donner plus de liberté.
Aphelion nous amène dans un contexte fort : la Terre est au bord de l’effondrement climatique et l’Humanité cherche un échappatoire, une alternative viable. La mission Hope-01 envoie deux astronautes, Ariane et Thomas, en orbite à destination d’une planète nouvellement découverte, nommée Perséphone, afin d’évaluer son habitabilité, son potentiel à accueillir notre civilisation pour un nouveau départ. Mais l’arrivée ne se passe pas comme prévu, notre station est en chute libre sur Perséphone…
L’accident est brutal, le crash total et Ariane se retrouve seule, sans savoir où est passé Thomas, et s’il est encore en vie. D’une mission de la seconde chance, Aphelion nous plonge dans un périple pour notre propre survie avant tout, pour retrouver notre binôme et, si possible, reprendre contact avec la Terre et leur faire le retour attendu. Mais pour le moment, Ariane est isolée, en terrain glaciaire hostile, sans équipement ni repère, avec comme objectif premier de survivre et retrouver son binôme.
Deux valent mieux qu’un
Les premiers pas instaurent directement le contexte. La relation entre Ariane et Thomas est présentée au travers de courtes séquences de dialogues avant l’accident, ne se disant rien franchement, mais on sent qu’il y a eu un rapprochement qui n’aurait jamais dû se produire. Une ambiguïté s’installe, et se renforce via des non-dits, laissant présager qu’il y a du passif entre les deux mais sans jamais y aller frontalement. Les silences, les regards, les fuites de l’un envers l’autre, l’écriture posée en début d’aventure fonctionne et laisse planer un certain mystère. L’accident, le crash, la séparation du duo agit comme un moteur premier d’un point de vue narratif.

On en est à plus se poser des questions sur comment Ariane va retrouver Thomas dans un premier temps que sur leur mission elle-même car Aphelion a su marquer un lien directement, en quelques instants, générant des interrogations sur ce binôme et l’accident agit comme une cassure, quelque chose que l’on se doit de réparer, et vite. Ariane est seule, elle avance en tentant de s’extraire des décombres de leur vaisseau tout en essayant de prendre contact avec Thomas mais sans succès. Sortie in extremis de la carcasse de la navette, Ariane doit avancer et faire face à un monde inconnu, hostile, glacial, sans la moindre trace de vie. La mission scientifique se transforme en volonté de survivre avant tout.
Un nouveau départ
L’objectif évolue au fil de notre avancée, avec comme ligne de mire, tout de même au loin, de trouver la source de chaleur recherchée initialement, comme promesse d’un nouveau départ pour la Terre. La relation entre Ariane et Thomas est l’un des fils conducteurs d’Aphelion, mais elle peine à évoluer de manière marquante sur la durée. Si on dénote les intentions de DON’T NOD, on sent que la mise en pratique est parfois maladroite, ou ne donne pas le résultat escompté.
Sur le plan de la mise en scène, Aphelion répond présent et tient ses promesses. Que ce soit l’introduction présentant notre binôme, le crash, la fuite de l’épave qui allait exploser, et ce premier pas face à l’isolement, ces étendues de glace à perte de vue, on sent le savoir-faire de DON’T NOD en termes de narratif, de créateur d’ambiance, d’immersion du joueur dans ses univers. Le rythme alterne entre contemplation, cette fascination pour ce décor pourtant sans vie à l’horizon, et la tension générée par les différentes situations rencontrées.

La direction artistique est solide, elle tape dans l’œil, et on est fasciné par ce monde qui semble pourtant si dangereux… les paysages glacés, les structures en ruines, les tempêtes à l’horizon, tout laisse présager que chaque mètre parcouru nous rapproche d’un danger certain, mortel, pourtant on ne peut s’empêcher d’avancer. On marche sur une plaque de glace qui craque sous nos pas, on escalade une paroi sans en voir le sommet, comme si nos pas étaient guidés par un appel irrésistible. La partie sonore enfonce le clou avec des effets de l’environnement, le craquement de la glace sous nos pas, le bruit du vent, etc. participent à l’immersion.
Un monde aussi dangereux qu’attirant
L’ensemble nous offre un tout crédible, efficace, sans tomber dans le « trop ». L’immersion est si efficace car très encadrée dans son gameplay et sa progression. Aphelion est clairement un titre d’aventure narratif avant tout. Ne vous attendez pas à un rythme effréné, ni à de l’action explosive. On est clairement face à un titre qui prend son temps de poser le cadre, qui nous laisse ressentir plus qu’il ne nous laisse agir. Ce n’est pas non plus un titre purement interactif où nous sommes spectateurs et non acteurs, mais on n’est pas loin non plus d’un walking sim amélioré sans être péjoratif du tout.
Le gameplay, à la troisième personne (un classique pour les aventures narratives du genre), s’articule autour de l’exploration, de l’escalade et d’un peu de platforming (c’est un grand mot pour le coup). Ariane saute sur un rebord, s’accroche à un tube en métal cassé, grimpe sur la corniche, traverse un fossé sur une poutre en équilibre avant de reprendre son périple un peu plus calmement, et ainsi de suite. Il y a pas mal de marqueurs, assez visibles, pour nous indiquer le chemin à prendre (le fléau de cette génération), avec une progression assez linéaire même si certaines zones réussissent à donner une impression de grandeur. Il y a quelques passages avec un grappin pour se hisser le long d’une paroi abrupte, sauter au-dessus d’une crevasse, et une gestion de l’équilibre à avoir, marcher prudemment et doucement sur les plaques de glace fragiles, ou des QTE pour se réceptionner et bien s’agripper sur une prise lors de l’escalade.
Un chemin à suivre
Dans l’ensemble, la boucle de gameplay pose un cadre bien délimité, et une progression qui ne laisse aucune place à l’innovation ou à l’expérimentation. On suit un fil bien défini et on avance doucement mais sûrement. Et si par malheur on venait à hésiter sur la direction à prendre, le sonar nous guide et pointe la direction à suivre (et il y a rarement des détours à faire). L’exploration se retrouve vite contenue dans un cadre très limité, trop défini, alors que ce monde nous appelle sans cesse à aller le parcourir, cela génère même une légère frustration à la longue de ne pas pouvoir sortir du chemin balisé.
La réelle problématique est le manque d’évolution des mécaniques, toutes découvertes très rapidement en jeu, lors de l’apprentissage et de nos premiers pas. Par la suite, Aphelion peine à se renouveler et à nous réserver suffisamment de surprises pour nous maintenir en éveil. Les quelques moments plus flexibles, où l’erreur est permise, se font assez rares, générant un sentiment de suivre un rail, de profiter de tout ce qu’il y a autour mais qu’en termes de gameplay brut, on en a rapidement fait le tour. Après un début relativement prenant, la seconde partie de l’expérience perd le fil, stagne, et ne réussit pas à maintenir l’intérêt à plein régime sur la durée. Certains éléments clés nous arrivent sans détour, un peu trop frontalement, alors que d’autres manquent de poids dans la façon dont ils sont présentés. Cela crée un déséquilibre, un rythme sur la fin en dents de scie.
A la carte
Aphelion propose plusieurs paramètres pour adapter l’expérience à notre profil de joueur comme la possibilité de réduire voire supprimer la contrainte sur la gestion de notre oxygène, la récupération automatique de l’équilibre sur les phases d’agilité, ou même d’avoir une assistance en mode auto-pilote pour les passages d’escalade pour ne pas avoir les QTE pour bien se rattraper. On passe alors en mode spectateur réellement, supprimant toute notion de « défi ». La tension n’est donc plus visible que d’un point de vue scénaristique mais plus du tout manette en main, dans le gameplay. En laissant l’expérience par défaut, Aphelion ne pose sincèrement aucune difficulté même pour un profil de joueuse casual. Si le choix laissé au joueur se comprend, on perd cette notion de survie, de danger pour notre héroïne, qui est pourtant ici un élément phare à mes yeux.
























Petit gabarit, mais quand même assez costaud
D’un point de vue technique, gardons tout d’abord en vue qu’Aphelion se positionne comme un titre indé, A, voire petit AA, affiché à 34,99 euros (39,99 en physique cet été) en prix public constaté sur console et 29,99 sur PC . L’ensemble, dans cette perspective, est correct et propre. Le rendu est soigné, les environnements travaillés et la DA, comme déjà évoqué, est solide. Par contre, les animations manquent parfois de souplesse, de fluidité, et certains éléments de décor restent assez simplistes (alors qu’à d’autres moments, les effets de lumières par exemple claquent) et, surprise, le framerate m’a semblé lock à 30 fps même sur PS5 Pro, sans choix pour aller plus haut. La partie audio, sinon, comme déjà évoqué, est de très bonne qualité avec une OST qui sait allier sobriété, discrétion mais aussi magie quand il le faut. A noter que le jeu dispose bien de STFR, mais le doublage reste quant à lui disponible qu’en anglais.
Aphelion est un peu coincé entre deux chaises : des ambitions fortes, avec une production qui affiche des arguments solides comme sa DA, sa narration, son univers mais derrière certaines mécaniques manquent de profondeur, de justesse, pour délivrer un jeu équilibré, avec peut être un budget qui n’a pas permis d’aller au bout de ces ambitions justement ? Si Aphelion reste un titre intéressant à parcourir, je pense qu’il y avait tout de même la place sur certains points (malgré un projet de « petite » envergure) de passer un cap. Je pense notamment en termes de variété de gameplay, de rythme ou même ne serait-ce que le lock à 30 fps ressenti. L’ensemble fonctionne, et à la vue du prix, le bilan reste positif mais je ne peux m’empêcher de ressentir une petite amertume tout de même.