Après plusieurs années de décalage, Amnesia Rebirth débarque sur Switch 2, afin de faire grossir le catalogue « portage » de cette dernière. Cette sortie est particulière à plusieurs titres : c’est la première apparition de Rebirth sur l’écosystème Nintendo mais surtout, ce n’est pas le dernier épisode, la licence ayant évolué depuis. L’ensemble nous offre une version techniquement propre, au niveau des autres supports où le jeu était disponible, l’occasion de découvrir cet opus pas forcément le plus marquant d’Amnesia sur le bilan global, mais sûrement celui au narratif le plus costaud.
Amnesia est devenue, doucement mais sûrement, une référence de l’horreur moderne, surtout sur la scène indé. Le premier épisode a installé une approche radicale, centrée sur la vulnérabilité totale du joueur. L’absence totale de combat, une bonne gestion de la peur avec une perte totale des repères, une pression psychologique, tous les ingrédients pour jouer sur la psyché, le mental, et pousser la peur à 110 %. À aucun moment le joueur n’affronte, il subit, il fuit, il survit comme il peut, en tentant de comprendre ce qu’il lui arrive. La « suite » vient modifier cet équilibre en poussant un peu plus en avant le récit, l’histoire, avec les opus suivants. Cette orientation a assez divisé les joueurs, certains voyant une évolution, une volonté de proposer quelque chose de différent dès le second jeu, quand d’autres y perçoivent une perte d’identité. Et Rebirth s’inscrit dans cette continuité, d’un titre voulant aller encore plus loin côté récit, et s’éloignant encore un peu plus de l’horreur au sens classique. Et c’est cet épisode aujourd’hui qui se présente à nous, sur Switch 2, six ans après sa sortie initiale.
Le joueur entre dans la peau de Tasi Trianon, la survivante d’un crash d’avion en plein désert. Le jeu tourne autour d’une structure basée sur la perte de mémoire, les bribes de souvenirs, et la reconstruction, doucement mais sûrement, d’un parcours, d’une trame, marquée par des traumatismes. L’écriture prend plus de place que dans les épisodes passés, avec un personnage principal au lore intéressant, qui s’exprime (au premier degré), partage ce qu’il ressent, ce qui guide indirectement notre progression d’une façon ou d’une autre. Là où les précédents jeux laissaient une place majeure à l’interprétation, Rebirth est bien plus explicite. Ce changement de position a forcément une répercussion sur le rythme vis-à-vis des précédents titres. Si l’exploration a toujours sa place, elle reste plus encadrée que précédemment avec une progression plus linéaire imposée. Les énigmes environnementales sont toujours présentes, mais elles restent simples et servent davantage à relier deux segments narratifs entre eux : on avance, on observe, on analyse, on résout un problème, et on découvre progressivement les éléments du récit. Si l’ensemble manque parfois un peu de relief, de profondeur, cela reste tout de même fonctionnel et efficace.




La gestion de la peur repose sur les mécaniques habituelles comme l’obscurité, la perte et l’absence de repères, l’isolement, et la présence de créatures hostiles, la recette classique d’Amnesia. Néanmoins, j’ai trouvé que la pression était moins constante sur cet opus, avec des phases de tension moins présentes face au nombre de passages plus « calmes », contemplatifs, ce qui peut légèrement diminuer l’impact. Cependant, les rencontres avec les monstres restent marquantes, impactantes, mais elles ne sont pas assez nombreuses. De plus, le choix des thèmes amène le titre vers quelque chose de plus personnel, à mon sens, que de l’horreur pure. La menace n’est plus seulement extérieure, mais aussi émanant de la propre psyché de notre personnage.
Avec du recul, à présent, on pourrait voir Amnesia Rebirth comme un opus de transition, tentant de concilier l’héritage de la licence tout en apportant une couche narrative plus profonde, différente mais forcément, ceux qui cherchent de l’horreur brute risquent d’être un peu déçus. La sortie Switch 2 permet du coup de remettre en lumière cet épisode différent. D’un point de vue technique, le portage Switch 2 s’avère être solide, et propre. Le jeu bénéficie d’une stabilité totale, supérieure aux versions sorties sur PS4 ou One par exemple, avec une fluidité qui m’a semblé irréprochable. Les environnements conservent leur atmosphère particulière, les jeux de lumière font toujours mouche, et la direction artistique reste cohérente. Que ce soit en nomade ou en dock, Amnesia Rebirth est soigné sur Switch 2. Si parfois, dans les zones les plus sombres, certains éléments perdent un peu en lisibilité, l’expérience globale reste de bonne facture, et l’ergonomie impeccable.
À mes yeux, cette sortie Switch 2 (d’un jeu absent sur Switch 1) s’inscrit dans une mécanique bien visible où de nombreux titres jusqu’alors cantonnés aux PlayStation / Xbox arrivent enfin chez Nintendo avec la Switch 2, afin d’étoffer le catalogue de tiers, et permettre à certains studios de viser un tout nouveau public. On le voit bien avec des éditeurs / studios divers sortir leurs derniers jeux en même temps que sur PC / PS5 et Series mais aussi proposer certains titres plus anciens. Je pense notamment à Capcom dont les derniers hits sont disponibles day one sur Switch 2, tout en proposant des jeux plus « anciens » comme Street Fighter 6, RE VII ou Village, etc.