Je ne vais pas me faire d’ami avec cette déclaration, je le sais haha, mais difficile de ne pas voir en Elden Ring une déclinaison façon open world à la progression libre de Dark Souls, faussement renommé pour ne pas le nommer DS4 : même interface, mêmes menus, même logique dans la gestion de l’inventaire, du combat et ainsi de suite, allant jusqu’à reproduire le même son et le même tooltip à l’écran en cas de mort… Mais là où Dark Souls nous enfermait dans sa formule plus cloisonnée, linéaire, avec ces mondes interconnectés, Elden Ring joue la carte de la grandeur, et surtout laisse le joueur progresser plus ou moins comme il le souhaite. Avec la Tarnished Edition (incluant le jeu de base et le DLC Shadow of the Erdtree), Elden Ring débarque enfin chez Nintendo qui ouvre les portes de ce voyage atypique à une toute nouvelle clientèle dans une version complète, mais qui ne règle pas les problèmes historiques du jeu sur les autres supports.
Difficile de reparler d’Elden Ring sans évoquer ce qui fait encore aujourd’hui sa singularité dans l’univers de FromSoftware. Le studio japonais ne cherche pas à réinventer sa formule que le public a découverte avec Demon’s Souls sur PS3, puis plus largement avec Dark Souls ensuite. From Software transpose sa recette dans un monde ouvert, en donnant plus de liberté aux joueurs, avec la possibilité de créer leur propre destinée, leur propre voyage. On retrouve tout de suite nos marques avec cette gestion des stats, des armures, des armes, les sorts, les feux de camp ici remplacés par les sites de grâce, et ces combats qui suivent des mécaniques bien codifiées. Même la manière dont le jeu se raconte reprend cette volonté de laisser le joueur déchiffrer, deviner, chercher, observer, assembler lui-même les pièces du puzzle d’une histoire volontairement fragmentée et cryptique.
Levez vous, sans éclat
L’Entre-Terre constitue un changement d’échelle radical. Pour la première fois, FromSoftware offre à l’une de ses productions un terrain de jeu nous laissant explorer comme bon nous semble, faire des allers-retours entre deux zones, découvrir quelque chose qui n’était pas prévu à cet instant, s’égarer çà et là, avant de reprendre finalement la route de notre objectif. Et c’est d’ailleurs une force, poussant le joueur, en cas d’échec face à un mur, à tenter autre chose, à aller voir ailleurs… Enfin, il pousse le joueur, pas vraiment, mais il lui laisse la possibilité de le faire, chose qui était impensable hors boss optionnels avant ! La monture, Torrent, renforce ce feeling, permettant de parcourir très rapidement des distances amples, et d’atteindre des endroits qui nous auraient été normalement inaccessibles. L’exploration reste l’une des forces, l’une des réelles nouveautés, de l’expérience : un château en ruine aperçu au loin ? S’y enfoncer nous amène à une zone inconnue, qui débouche sur une grotte, des souterrains, et tout un détour qui nous amène sur un boss, une arme rare et puissante, et ainsi de suite.
Cette liberté se contrebalance en partie par une certaine redondance : malgré un nombre important de biomes, il arrive qu’on ressente une impression de déjà-vu, notamment au niveau des donjons et des galeries souterraines, et le contenu secondaire n’atteint pas toujours le même degré de qualité que la « trame », les donjons ou les quêtes principales. Cela reste plus que correct, mais la différence de traitement reste perceptible par moments. Je trouve aussi qu’on décèle moins de tension qu’avant, on sait qu’on va mourir, beaucoup de fois, mais combien de fois avant un ennemi me sautait dessus au détour d’une ruelle, depuis un toit. C’est un poil moins le cas ici mais l’ensemble reste solide, une autre vision, mais solide.
Manette en main, Elden Ring reprend l’ADN FromSoftware avec un système de combat exigeant, reposant sur l’observation des animations, l’analyse des patterns ennemis, la lecture des attaques, etc. La variété des builds permet aux joueurs de trouver chaussure à son pied, allant du gros chevalier à la claymore à deux mains ou aux marteaux de titans, au magicien utilisant sortilèges et baguettes pour combattre. L’exploration fournit constamment de nouvelles armes, de nouveaux équipements et des glyphes pour apprendre des compétences magiques, par exemple. Si le choix de départ détermine les outils mis à notre disposition pour les premiers pas en Entre-Terre, ce n’est nullement un cadre fermé, la liberté restant de mise dans la construction du personnage et son évolution ensuite.
Une destinée, mais autant de chemin que de joueurs
L’ouverture du monde impacte indirectement le degré de difficulté : Elden Ring reste une expérience exigeante, parfois frustrante et punitive comme tout bon Souls-like, mais justement, cette liberté de voyager permet, en cas de blocage face à un combat, de repartir sur ses pas, de farmer, de tenter de visiter une autre région, de chercher un autre boss, de compléter des donjons et cryptes annexes et ainsi de suite. C’est probablement l’une des nouvelles facettes du genre les plus originales. Le DLC Shadow of the Erdtree reprend les grandes lignes d’Elden Ring, en nous amenant dans une nouvelle région pour affronter une nouvelle menace, avec du butin neuf, etc. Pour celui qui n’a jamais mis les pieds en Entre-Terre, la Tarnished Edition promet des dizaines, voire des centaines d’heures de jeu. Cette édition amène d’ailleurs quelques nouveautés, dont des builds de départ de base et des skins pour la monture entre autres.
L’intérêt de cette nouvelle mouture réside surtout dans l’arrivée d’Elden Ring sur un tout nouvel écosystème. Sortie sur PlayStation, Xbox et PC, l’œuvre de FromSoftware aurait été trop à l’étroit sur Switch première du nom. L’arrivée d’une machine plus solide, plus puissante, permet au jeu de prendre ses aises, sans pour autant oublier son héritage. La Switch 2 devient le seul moyen de s’adonner à ce trip chez Nintendo, et sur une console portable, en dehors des PC handheld. Sur le papier, c’est une sacrée prouesse que de se balader en Entre-Terre n’importe où, de la sorte, mais dans les faits, il faut accepter un certain nombre de compromis.






En mode TV, l’image affiche parfois un aliasing assez prononcé, et surtout du bruit sur l’image, la faute notamment à une reconstruction d’image qui semble parfois un peu trop poussée. Ces artefacts apparaissent avant tout sur la végétation, par exemple, ou encore sur les détails en arrière-plan. De même, sur cet arrière-plan, on dénote parfois des animations à un framerate bien plus bas que celui du premier plan. Si ces phénomènes sont visibles, sans être handicapants, sur TV, jouer en nomade en réduit fortement le ressenti grâce à la diagonale bien plus petite de l’écran interne de la console.
Côté fluidité, la Switch 2 vise un 30 fps, qui ne m’a pas paru toujours propre, ou du moins régulier. Si, dans les grandes lignes, cela se montre stable, plusieurs passages nous laissent ressentir les fluctuations, de petites irrégularités. En nomade, ça se ressent légèrement, mais là aussi, en docké, j’ai eu l’impression d’être plus impacté, ou du moins d’avoir plus de situations concernées. C’est plus récurrent à dos de cheval, par exemple, ou dans les combats où les effets se multiplient. Cela étant, cela reste jouable, mais pas parfait niveau stabilité à mes yeux. Cela reste impressionnant à l’échelle de la Switch 2, mais avec des contraintes notables pour que le titre rentre dans le moule.
Ca coince où ?
J’aurais tendance à dire que le « problème » n’est pas la Switch 2 en soi, mais plutôt un titre qui rencontre des difficultés quel que soit le support choisi pour visiter l’Entre-Terre. Encore aujourd’hui, même sur PS5 Pro, Elden Ring est loin d’être un modèle d’optimisation et de performances au rendez-vous de tous les instants. La Switch 2 ne pouvait donc pas faire mieux quand la base présente déjà quelques couacs. On n’est pas dans un modèle où la console moins puissante ajouterait simplement des problèmes à une expérience parfaitement optimisée, mais plus dans le cadre d’un jeu techniquement exigeant qui doit à son tour être adapté pour un hardware un petit cran en dessous.
C’est peut-être de cette façon que je pourrais qualifier le mieux cette Elden Ring Tarnished Edition : un jeu fidèle à lui-même, transporté vers une nouvelle plateforme, différente, dans laquelle on découvre une mouture prévue pour un nouveau public, amenant dans sa besace ses qualités, ses forces, mais sans oublier son héritage, même dans ses aspects négatifs. Pour autant, difficile de ne pas apprécier ce que nous offre cette édition. Pour ceux qui n’ont jamais connu Elden Ring, et qui découvrent toute cette pelletée de titres qui débarquent les uns après les autres sur Switch 2, aucune raison qu’Elden Ring n’entre pas dans leurs critères. C’est une nouvelle façon de (re)découvrir ce périple.