Alors que Patapon a fait son retour il y a quelque temps dans une version remastérisée, c’est son fils spirituel qui est à l’honneur aujourd’hui : Ratatan ! Après une campagne de financement participatif couronnée de succès en 2023 et plus d’un an d’accès anticipé, le titre arrive enfin dans sa version définitive 1.0, notamment sur Nintendo Switch 2, la version testée aujourd’hui. Un bilan très positif pour ce titre qui a su saisir avec justesse l’essence de son aîné, sans pour autant se limiter à un simple hommage. Malgré quelques faiblesses, notamment une certaine répétitivité et des combats qui restent parfois confus, Ratatan possède de solides arguments pour séduire les amateurs du genre, mais également ceux qui souhaitaient une suite à Patapon.
Développé par les créateurs de Patapon, Ratatan reprend les bases du jeu d’origine : un jeu de rythme dans lequel un leader dicte des ordres (avancer, attaquer ou se protéger) via des séquences de touches à réaliser dans le bon tempo, sous peine de voir sa consigne ignorée. Ratatan va un peu plus loin en ajoutant une composante roguelite, ce qui lui confère une touche originale, mais surtout inattendue. Le joueur incarne un Ratatan, une créature invoquée par un corbeau mystérieux afin d’escorter un navire volant à travers un monde magique, féerique et enchanteur, mais surtout dangereux. Le seul problème, c’est que notre Ratatan ne sait pas se battre. En revanche, il est un excellent leader. C’est pourquoi il doit trouver des Cobuns, les guider et leur donner leurs prochains ordres.
Sur le principe, Ratatan et Patapon possèdent énormément de similitudes, mais le premier point sur lequel les deux jeux prennent des chemins distincts concerne le héros central. Il n’est pas question de jouer un avatar lambda, mais bien un héros unique parmi huit Ratatan différents. Chacun possède son propre chara-design, une voix de chant qui lui est propre, mais surtout des statistiques et des bonus spécifiques. Leur vitesse de déplacement varie, tout comme leurs pouvoirs, tandis que les Cobuns qui les accompagnent ne sont pas tous spécialisés dans les mêmes types d’armes. De quoi proposer plusieurs approches selon le Ratatan sélectionné.
Rata Rata Rata-Tan
En jeu, on avance simplement vers le prochain objectif en contrôlant notre Ratatan, qui n’a finalement aucune réelle capacité, si ce n’est de sauter. Et là, on se retrouve face à une troupe adverse ! Le mode combat se lance alors, avec trois temps et une jauge qui défile. On actionne le bon bouton lorsque la jauge passe sur les marqueurs pour donner les bonnes consignes. Trois fois X équivaut par exemple à demander à être suivi, idéal pour faire avancer notre troupe ou lui ordonner de nous rejoindre afin d’éviter une attaque de zone, à condition que nous soyons nous-mêmes hors de portée. Trois fois B correspond à l’attaque basique, B sur les temps 1 et 3 lance un blocage, tandis que le triple Y initie une attaque spéciale qui consomme du mana.
À nous de jongler entre les différentes options pour que notre armée de Cobuns évite les dégâts au sol et les attaques chargées, esquive, se déplace ou attaque au corps à corps comme à distance. Chaque affrontement est différent, car les adversaires disposent de boucliers, lancent eux aussi des attaques magiques à distance, nous chargent avec leurs lances ou préparent des assauts qui se déclenchent après un certain laps de temps. Tout cela pousse la dimension stratégique à son paroxysme, nous obligeant à analyser en permanence la situation, à surveiller les PV de notre Ratatan comme ceux des Cobuns, mais également à gérer le mana nécessaire à l’exécution des attaques spéciales, plus puissantes, mais dont l’utilisation n’est pas infinie. On jongle ainsi entre le jeu de rythme, l’analyse de la situation autour de notre Ratatan, qui peut lui aussi être pris pour cible, et notre propre survie.
Aujourd’hui, cette mécanique fonctionne toujours aussi bien, mais elle montre également certaines limites lorsque les affrontements deviennent trop chargés. Entre les nombreux Cobuns à l’écran, les effets visuels et les attaques ennemies, il n’est pas toujours évident de suivre précisément ce qui se passe. Certaines attaques demandent également une anticipation importante, puisque les ordres doivent être exécutés dans le bon tempo. Il arrive donc que l’on comprenne parfaitement le danger sans avoir suffisamment de temps pour réagir, ce qui peut générer quelques frustrations. On a compris ce qui arrivait, mais on a loupé le coche et on subit les dégâts.
Toutes les routes mènent à …
À cela s’ajoute une dimension roguelite. À la fin de chaque mini-zone, on choisit le prochain bonus, qui peut améliorer l’attaque principale, l’attaque spéciale ou octroyer différents avantages plus globaux et passifs, le tout régi par plusieurs niveaux de rareté. On peut également dépenser des composants dans le hub pour améliorer notre Ratatan, mais aussi son armée. Ces améliorations peuvent ajouter des dégâts élémentaires, augmenter les chances de geler un adversaire, provoquer des dégâts sur la durée ou même donner accès à de nouvelles armes en tout genre. Se louper revient cependant à recommencer l’aventure depuis le début et à perdre toutes les cartes obtenues, ces fameux bonus de fin de zone. Seuls l’argent, les armes et les consommables à dépenser dans le hub sont conservés.
Cette version définitive 1.0 enrichit toute cette progression avec de nouvelles possibilités de personnalisation, notamment les Super Fever Tech, les cartes Ratakaruta Duo et différents équipements supplémentaires. Ces ajouts permettent de développer davantage les capacités de notre Ratatan et des Cobuns, en privilégiant certaines affinités élémentaires ou des bonus plus spécifiques. Les possibilités de construction sont donc bien plus nombreuses qu’au lancement de l’accès anticipé, même si elles ne transforment pas radicalement les fondamentaux du gameplay. La progression repose toujours largement sur l’accumulation de bonus et la répétition des expéditions pour espérer un jour arriver à bon port.






Une formule qui fonctionne, malgré quelques répétitions
Forcément, on ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec Patapon, que ce soit le chara-design de ces petites créatures cyclopiques, le chant des Ratatan qui reprend la même symbiose et la même rythmique que les Patapon, ou tout simplement l’ambiance musicale, et j’en passe. Le Fever Skill est l’une des mécaniques phares qui nous octroie différents bonus. Mais comment déclencher ce Fever Skill ? Il suffit de réaliser des notes parfaites et d’enchaîner les bons tempos. L’approche roguelite, bien plus en temps réel, confère toutefois à Ratatan une patte maison différente. On peut déplacer librement notre héros, le général, et notre armée réagit à tous nos ordres, que les adversaires aient déjà réagi ou non. Pour les joueurs moins à l’aise avec l’expérience roguelite, Ratatan propose cependant quelques options pour alléger légèrement le voyage, notamment en réduisant les dégâts subis, en améliorant les récompenses ou encore avec un mode qui associe directement une action à un bouton. Toutefois, on perd à mes yeux ce qui fait le cœur de l’expérience : cette rythmique et le choix des bonnes commandes dans les bonnes séquences.
Cette version 1.0 apporte également bien plus de contenu que lors de l’accès anticipé, avec de nouveaux affrontements et surtout une conclusion à l’aventure. Les Dark Ratatan viennent notamment renouveler les confrontations en nous opposant à des adversaires qui utilisent eux-mêmes les mêmes mécaniques rythmiques que nous. Le contenu est donc plus conséquent, avec davantage de possibilités de progression et de nouveaux objectifs à atteindre. Néanmoins, sur la durée, la structure reste assez répétitive, avec des environnements et des affrontements que l’on traverse régulièrement pour récupérer les mêmes ressources nécessaires à notre progression. C’est certes inhérent au genre, mais les situations ne se renouvellent pas toujours suffisamment pour éviter que cette lassitude ne s’installe trop rapidement.
La direction artistique est une véritable merveille, avec un rendu et un style qui fonctionnent toujours aussi bien et qui séduisent toujours autant. Sur Nintendo Switch 2, Ratatan conserve toute son identité visuelle, avec ses décors colorés, ses personnages expressifs et ses animations pleines de vie. La lisibilité peut toutefois souffrir de l’accumulation des effets à l’écran, tandis que quelques ralentissements viennent parfois perturber l’expérience sur cette console. La traduction française manque également de régularité, avec certaines formulations maladroites. Des défauts regrettables, sans pour autant remettre en cause le charme de l’ensemble.
Ratatan confirme les excellentes impressions laissées lors de son accès anticipé, avec une production qui reprend avec beaucoup de réussite les fondamentaux de Patapon, tout en leur apportant une dimension roguelite qui dynamise les affrontements et enrichit la progression. Son univers enchanteur, sa magnifique direction artistique et ses musiques constituent toujours de véritables réussites, tandis que les différents Ratatan et les nombreuses améliorations offrent des possibilités intéressantes. Cette version 1.0 propose aujourd’hui une aventure complète, mais elle ne parvient pas totalement à effacer les limites de sa formule. La répétitivité des expéditions, certaines situations qui manquent de renouvellement et surtout la lisibilité parfois délicate des combats peuvent finir par peser. Sur Nintendo Switch 2, quelques légères imperfections techniques et une localisation perfectible ternissent également le tableau. Néanmoins, Ratatan reste une très belle réussite, recommandable aux amateurs de Patapon, mais également, plus généralement, aux amateurs de jeux de rythme, à condition d’adhérer à cette boucle roguelite.