Avec Ace Combat 8: Wings of Theve, Bandai Namco retrouve les combats aériens qui ont fait la réputation de cette licence iconique, tout en accordant davantage de place à ses personnages. Pilotage arcade, missions spectaculaires et avions militaires restent au programme, mais la campagne bénéficie cette fois d’une mise en scène bien plus incarnée. Sans renier ses fondamentaux, cet épisode fait évoluer une formule que les habitués connaissent bien, et le résultat se montre particulièrement savoureux.
Ace Combat et moi, c’est une longue histoire d’amour. Fan depuis ma plus tendre enfance de Top Gun et autres films du genre, cette licence me parle forcément énormément. Pendant longtemps, ma référence restait ce fameux troisième épisode, découvert sur ma PlayStation première du nom, pucée pour l’occasion, dans une version import que j’ai eu tant de mal à trouver. Sans comprendre les dialogues, je progresse pourtant en me fiant à l’interface et aux objectifs. Depuis, je n’ai manqué aucun volet, jusqu’à Ace Combat 7, terminé sur console puis repris sur PC avec ce fameux pack Top Gun, sorti à l’occasion du second film. Cette histoire avec la série explique mon attente peut-être démesurée pour ce huitième épisode : retrouver des combats exigeants sans basculer dans la simulation, tout en découvrant ce que Bandai Namco peut encore apporter à une formule installée depuis si longtemps dans le paysage vidéoludique.
Une nation brisée
L’histoire se déroule dans une fédération fragilisée par la guerre et l’indépendance progressive de ses différents États. Les anciennes alliances disparaissent, les forces armées se dispersent et les derniers militaires fidèles à cette organisation d’origine n’ont plus vraiment de territoire où rentrer. Le porte-avions Endurance résume bien cette situation. Il sert de base à une armée en sursis, sans port où accoster. Même certains États devenus neutres nous considèrent désormais comme hostiles. À bord, les conversations évoquent moins la gloire des combats que l’envie de retrouver la terre ferme. Cette situation donne immédiatement un sens concret au conflit que nous raconte Ace Combat 8. Repêché en plein océan, notre personnage est affecté auprès de Cope, un pilote légendaire présenté comme l’as des as, voire le double as, et surnommé Wings of Theve. Il représente l’espoir d’une nation qui se désagrège. Pourtant, l’homme lui-même reconnaît ne pas correspondre à ce portrait héroïque. Il sait que son image a été fabriquée pour soutenir le moral du peuple, mais accepte d’en assumer la responsabilité. L’écart entre le pilote et son personnage public constitue l’un des points de départ d’une intrigue moins conventionnelle qu’attendu.
Lors d’une mission supposée ordinaire, des appareils ennemis interviennent avec un objectif précis : abattre la légende et tuer tout espoir pour cette nation brisée. Cope tente alors de protéger ceux qui l’accompagnent, mais son avion est détruit. Il meurt, tandis que nous survivons. Plutôt que d’annoncer sa disparition, le commandement impose au survivant de reprendre son identité. Il faut maintenir cette légende, cet espoir, même sans celui qui l’incarnait physiquement. Plus troublant encore, la voix de Cope semble continuer à accompagner le protagoniste après l’accident. Cette présence introduit un mystère qui s’ajoute au poids politique et humain du mensonge. La campagne d’Ace Combat 8 prend alors le temps de faire exister les hommes et les femmes qui entourent notre pilote. Le porte-avions dispose initialement de quatre escadrilles de pilotes expérimentés, mais il n’en reste aujourd’hui que deux, elles-mêmes amoindries. Notre équipe réunit notamment un ancien professeur devenu ailier, vétéran pragmatique qui garde les pieds sur terre et fait figure de guide pour toute l’escadrille. À l’inverse, une jeune pilote civile se montre particulièrement douée, mais encore imprudente. Un autre pilote, passé par une formation militaire, accompagne cette dernière en tant que protecteur. Leurs tempéraments se distinguent rapidement, sans que les dialogues se limitent à annoncer les prochaines cibles.
Une dimension humaine
C’est probablement ici que se situe le changement le plus visible dans la présentation d’Ace Combat. Les précédents opus racontent déjà des histoires ambitieuses, mais les briefings, cartes tactiques et communications radio occupent une place prépondérante. Ici, les cinématiques développent les relations au sein de l’équipage, tandis que les échanges se prolongent durant les missions. À force d’entendre nos coéquipiers discuter de leurs inquiétudes et de leur quotidien, on comprend pourquoi ils se serrent les coudes. Le porte-avions n’est pas seulement une plateforme de lancement, c’est surtout le dernier endroit où ils peuvent revenir, presque comme une famille improvisée par la dureté de la guerre.
Une fois en vol, la série retrouve immédiatement ses marques et ses codes. Les avions répondent avec vivacité, les missiles demandent un verrouillage bien préparé et les engagements imposent de surveiller plusieurs menaces à la fois. Il faut anticiper les trajectoires, gérer les distances, mais également choisir le bon moment pour attaquer ou rester en retrait. La formule reste toujours aussi accessible, mais les niveaux de difficulté empêchent de foncer sans réfléchir. Un ennemi placé dans notre dos, plusieurs alertes de missiles ou une mauvaise approche suffisent à compliquer rapidement la situation. Ace Combat conserve ses deux styles de commandes permettant d’adapter le pilotage. Le premier privilégie une direction simplifiée : une impulsion vers la gauche du joystick fait directement tourner l’appareil dans cette direction. Le second reprend une approche plus traditionnelle, où le manche commande le roulis et le tangage. Pour virer, il faut alors incliner l’avion puis agir sur la profondeur. Cette configuration demande davantage de coordination, mais permet surtout des manœuvres bien plus précises. Cela reste de l’arcade dans les deux cas, avec des avions très permissifs, sans renoncer au plaisir de maîtriser progressivement des mouvements plus tactiques.













Cette maîtrise s’exprime particulièrement dans les combats rapprochés. Lorsqu’un adversaire échappe au viseur, il faut modifier son altitude, casser sa trajectoire et tenter de revenir derrière lui. Surtout, les missiles ne résolvent pas toutes les situations. L’angle d’approche et les manœuvres adverses restent déterminants, tandis que le canon conserve son intérêt à courte distance, notamment pour achever un ennemi. Les missions alternent poursuites, interceptions, protection d’unités alliées et dogfights. Les communications radio accompagnent les changements d’objectifs et donnent aussi l’occasion aux coéquipiers de réagir aux événements. Leur personnalité trouve ainsi sa place jusque dans l’action. La météo constitue une autre réussite visible, les nuages ne servant pas uniquement de décor. En les traversant, la visibilité peut devenir quasi nulle. En vue cockpit, des gouttelettes recouvrent la verrière, tandis que certaines conditions provoquent un givrage particulièrement marqué. Lorsque cette exposition se prolonge, la glace gêne sérieusement la visibilité extérieure, obligeant à surveiller davantage les instruments. Ce phénomène semble également pouvoir affecter le comportement de l’appareil. La perte de repères est immédiate : se réfugier dans les nuages peut compliquer une poursuite, mais aussi rendre notre propre pilotage bien plus délicat.
Tech prête au décollage
Sur PS5 Pro, le rendu se montre particulièrement réussi. Les avions sont soigneusement modélisés, les étendues océaniques et les variations de lumière accompagnent les missions avec brio. Mais ce sont surtout les volumes nuageux qui retiennent l’attention. Leur densité et leurs effets sur la verrière renforcent l’impression d’évoluer réellement en altitude. Deux modes graphiques sont proposés, Qualité et Performances, pour privilégier respectivement la qualité visuelle ou la fluidité. Dans un jeu fondé sur des déplacements rapides et des corrections permanentes de trajectoire, cette possibilité de choix est appréciable. La partie audio repose largement sur les communications radio. Le commandement transmet ses informations, les coéquipiers commentent les événements et les avertissements embarqués rappellent constamment les dangers autour de l’avion. Malgré cette activité, les indications essentielles restent compréhensibles. Le travail sur les dialogues profite particulièrement à l’escadrille : les voix ne servent plus seulement à signaler une cible, elles prolongent les relations humaines établies lors des cinématiques. Le rythme de la campagne évolue également avec cette narration bien plus présente entre les sorties, sans faire disparaître la préparation des missions, le choix des appareils et l’adaptation des armements aux objectifs. Ace Combat 8 transforme ainsi une succession de briefings et de missions en une véritable vie d’escadrille, dont les liens se renforcent au gré des opérations.
Ace Combat 8: Wings of Theve conserve l’efficacité de ses combats aériens tout en donnant davantage de substance et une touche humaine à sa campagne. Le pilotage reste accessible sans devenir simpliste, les affrontements sont toujours aussi nerveux, addictifs et amusants, tandis que les effets météorologiques enrichissent réellement l’expérience, surtout en vue cockpit. La mise en scène, l’équipage du porte-avions et le poids de l’identité de Cope apportent une dimension humaine plus que bienvenue. La narration prend davantage de place qu’autrefois, un choix qui modifie le rythme, mais donne aussi plus d’intérêt aux missions et de vie à l’ensemble. Pour un habitué de longue date, c’est un épisode particulièrement attendu dont le bilan se révèle très plaisant. Quel plaisir de retrouver un si vieil ami dans de telles conditions.