31 octobre 2026

Test Final Fantasy Resonance : entre nostalgie et modernité, un retour aux sources que la saga attendait

Avec Final Fantasy Resonance, Square Enix renoue avec les fondamentaux qui ont construit la réputation de sa célèbre saga. Né d’une profonde reconstruction d’un jeu mobile nommé Final Fantasy Brave Exvius, Resonance abandonne le modèle gacha pour nous proposer une aventure traditionnelle, portée par des combats au tour par tour, une progression généreuse et une réalisation HD-2D tout simplement sublime. Entre nostalgie des années Super Nintendo et PlayStation, modernisation des mécaniques et quelques limites héritées de son matériau d’origine, Final Fantasy Resonance rappelle que la formule classique de la licence possède encore de sérieux arguments et sait toujours autant nous faire voyager avec magie.

Il y a quelque chose de particulier à retrouver un Final Fantasy qui semble tout droit tiré de l’époque des consoles 16 ou 32 bits. Une période où les JRPG multipliaient les propositions ambitieuses, entre Final Fantasy VI, Chrono Trigger, les épisodes PlayStation et les productions qui accompagnent ensuite la Dreamcast, voire même l’ère PlayStation 2. Ce sont des aventures construites autour d’un groupe de personnages, d’une histoire qui prend son temps et nous fait voyager, avec des combats stratégiques. Final Fantasy Resonance retrouve cette philosophie tout en bénéficiant de décennies d’évolutions, aussi bien techniques qu’ergonomiques. Ce retour à une formule traditionnelle ne constitue toutefois pas un rejet des orientations récentes de la licence, notamment celle de Final Fantasy XVI. Il rappelle simplement que Final Fantasy peut toujours évoluer dans sa formule historique.

Quand on prend un peu de recul, l’origine de Final Fantasy Resonance a pourtant de quoi nous surprendre. Il faut dire que le projet prend racine dans Final Fantasy Brave Exvius, un RPG mobile lancé en 2015 au Japon, puis en 2016 dans le reste du monde. Développé autour du modèle free-to-play, le jeu exploite des mécaniques tirées du gacha, avec une progression adaptée aux sessions courtes et à l’obtention de personnages par tirage. Square Enix choisit de récupérer tout cet univers pour le transformer en une production autonome à part entière. La Team Asano applique alors une philosophie déjà éprouvée avec Octopath Traveler 0 : conserver les bases et les fondations intéressantes du jeu mobile tout en reconstruisant son fonctionnement autour d’une véritable aventure solo.

Changement de forme

Cette transformation dépasse largement le simple changement de présentation. Toutes les monnaies premium et la partie consacrée aux tirages aléatoires disparaissent au profit d’une progression de tout ce qu’il y a de plus traditionnel. Les équipements et le loot s’obtiennent en explorant ou dans les commerces, tandis que les Visions, autrefois associées au modèle économique de Brave Exvius, deviennent ici un élément central de la personnalisation. Resonance se reconstruit alors comme un RPG dont les mécaniques correspondent davantage aux attentes d’une production destinée au monde des consoles et du PC.

Final Fantasy Resonance nous transporte dans le monde de Lapis, dont l’équilibre repose sur de puissants cristaux. Rain, un jeune chevalier du royaume de Grandshelt, et Lasswell, son compagnon d’armes, se retrouvent entraînés dans un conflit qui dépasse largement leurs responsabilités initiales. L’apparition de mystérieux adversaires en armure, les Six Jurés, accompagne toute une série d’événements menaçant les cristaux et la stabilité du monde. Les deux personnages entreprennent alors un voyage qui les conduit à rencontrer de nouveaux alliés et à découvrir les ambitions de leurs ennemis, dans une construction qui reprend plusieurs codes historiques de Final Fantasy, depuis ces fameux cristaux jusqu’aux conflits entre royaumes.

Ce classicisme constitue autant une qualité qu’une limite. Le récit bénéficie d’un cadre compréhensible, mais repose sur des situations des plus familières et des personnalités parfois archétypales. Rain incarne l’idéalisme chevaleresque, alors que Lasswell apporte un tempérament bien plus réservé. Leur relation constitue d’ailleurs l’un des fils conducteurs de l’aventure, avec certains désaccords qui accompagnent les différentes étapes du scénario et de la narration. L’écriture privilégie les grandes émotions et les oppositions marquées, avec des révélations efficaces, mais d’autres bien plus prévisibles. Le travail sur la mise en scène contribue heureusement à donner davantage de vie à l’histoire. Les personnages se déplacent, les cadrages évoluent et, surtout, les séquences importantes bénéficient d’animations soignées, accompagnées d’un doublage malgré l’absence de voix françaises dans notre cas. Les sous-titres français sont néanmoins bien présents.

Retour au tour

La véritable réussite de Final Fantasy Resonance se situe dans son système de combat. Square Enix retrouve une approche au tour par tour qui laisse le temps d’analyser les situations et de construire une stratégie efficace autour des capacités de chaque personnage. Les affrontements reposent sur l’exploitation des faiblesses adverses, mais également sur une jauge de Choc qu’il faut réduire pour déséquilibrer les ennemis. Une fois cette jauge brisée, les possibilités offensives se multiplient, nous permettant d’enchaîner des attaques supplémentaires, mais également de déclencher des actions puissantes. Les résistances élémentaires, les différents effets de soutien et la gestion des ressources complètent une formule accessible, mais qui gagne en profondeur face à des adversaires toujours plus exigeants au fur et à mesure de notre progression.

Les Visions nous apportent une dimension supplémentaire, prenant la forme de personnages issus des différents épisodes de Final Fantasy et nous permettant d’accéder à de nouvelles capacités et à des bonus passifs. On retrouve Cloud, Tidus ou encore le Guerrier de la Lumière parmi les nombreuses références. Leur intérêt dépasse toutefois le simple fan-service. En effet, chaque Vision possède ses propres options, son propre développement et contribue surtout à modifier le rôle d’un membre de l’équipe. Il devient ainsi possible d’orienter un personnage vers le soutien, les dégâts élémentaires ou différentes combinaisons plus spécialisées. Le système nous rappelle certains principes des jobs historiques de la licence, notamment ceux de Final Fantasy V, en laissant une place importante à l’expérimentation. Étant un grand fan de Final Fantasy Tactics, ou même de Final Fantasy X-2 avec son système de jobs, cette mécanique propre aux Visions tape forcément dans le mille me concernant.

Cette liberté constitue l’une des principales sources de renouvellement du gameplay, même si l’interface ne nous facilite pas toujours la multiplication des configurations. L’absence de sauvegarde de compositions complètes rend certaines manipulations parfois répétitives. Le système de Choc possède également ses limites. Une fois les mécaniques assimilées, de nombreux combats se résolvent en reproduisant simplement une stratégie similaire. Ce sont davantage les boss exigeants et certains passages optionnels, notamment la Chambre des armes, qui nous imposent une véritable réflexion, l’utilisation des résistances et l’optimisation de la composition du groupe.

En dehors de ces combats, Resonance retrouve une organisation des plus familières. L’aventure s’articule autour d’une carte du monde reliant villes, villages et donjons, avec la possibilité de découvrir progressivement de nouvelles régions. Les chocobos, mais également les différents moyens de transport, participent à cette sensation de voyage épique, tandis que les différents lieux permettent de renouveler les équipements, mais aussi d’accepter des missions annexes. Les déplacements rapides et le suivi des quêtes apportent un confort appréciable. L’exploration souffre néanmoins de quelques simplifications. Les donjons privilégient généralement des parcours courts avec des embranchements limités, tandis que certaines quêtes reposent sur des objectifs répétitifs sur la durée. Le contenu reste conséquent, avec plusieurs dizaines d’heures rien que pour la campagne, une arène et des affrontements optionnels destinés à approfondir toute la partie mécanique des combats.

Signé Teal Asano

Sur le plan esthétique, Final Fantasy Resonance marque une étape importante pour Square Enix. Il s’agit du tout premier épisode Final Fantasy à adopter officiellement la direction artistique et le style HD-2D. Cette association entre pixel art, environnements tridimensionnels, mais également éclairages et effets de profondeur modernes, a notamment été popularisée par Octopath Traveler. Les personnages conservent leur apparence rétro, tout en bénéficiant d’animations expressives et surtout d’une mise en scène dynamique. Les villes multiplient les détails, les paysages exploitent efficacement ces effets lumineux et les combats donnent une ampleur nouvelle aux différents sorts et attaques spéciales. Cette direction artistique retrouve toute l’esthétique de l’âge d’or du RPG japonais à mes yeux, sans donner l’impression d’une production figée dans le passé et en bénéficiant de plusieurs décennies d’améliorations.

L’OST accompagne notre voyage avec un soin tout simplement excellent. Les différentes compositions de Yasuto Ageyasu, ainsi que le travail d’Elements Garden, prolongent l’identité de Brave Exvius tout en intégrant de nouveaux arrangements et des références aux épisodes historiques. Les thèmes, qu’il s’agisse de l’exploration, des villes ou des morceaux associés aux différents combats, retrouvent cette place centrale qu’occupent traditionnellement les OST dans un Final Fantasy. Les orchestrations renforcent les moments narratifs, tandis que les thèmes plus énergiques et dynamiques accompagnent efficacement les combats.

Sur Nintendo Switch 2, Final Fantasy Resonance profite d’une adaptation qui met en valeur cette direction artistique. Contrairement à la première Switch, limitée à une cible de 30 fps, la Switch 2 nous amène jusqu’à 60 fps. Une différence qui bénéficie aux déplacements, aux animations, mais également aux nombreuses transitions qui rythment les affrontements. Les chargements sont également très raccourcis, un avantage appréciable dans un RPG qui multiplie les changements de zones. La présentation conserve les effets lumineux et tous les mouvements de caméra qui participent à l’identité HD-2D.

Pour autant, tout n’est pas irréprochable. La définition de l’image reste légèrement inférieure à celle des machines plus puissantes et certains éléments 3D présentent un rendu un chouïa moins net, notamment au niveau des textures du sol. On constate également une légère impression de flou sur quelques environnements. La console ne propose pas de mode graphique alternatif permettant, par exemple, de privilégier une définition supérieure au détriment de la fluidité. Le format hybride convient parfaitement à cette aventure qui alterne entre longues séquences narratives et combats relativement courts. Le choix d’une édition physique au format Game-Key Card constitue en revanche une réserve pour ceux qui privilégient les jeux intégralement présents sur cartouche.

Final Fantasy Resonance retrouve les fondamentaux d’un grand JRPG sans se limiter à la nostalgie. La réalisation HD-2D, le système de Visions, mais également ses combats au tour par tour constituent les principales réussites de cette aventure généreuse, portée par une OST magistrale. Le scénario reste certes conventionnel et les donjons manquent parfois d’ambition, mais la richesse de la personnalisation et du voyage donne une véritable profondeur à la formule. Sur Switch 2, la fluidité accrue et les chargements réduits accompagnent efficacement cette proposition, malgré quelques concessions très légères sur la netteté de l’image. Final Fantasy Resonance démontre que la saga peut continuer à évoluer sans abandonner les mécaniques qui ont construit sa réputation et sa légende.

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