1 mai 2026

Test Lost Judgment : une suite parfaite pour le spin-off de Yakuza

Judgment fut une sacrée surprise à sa sortie il y a deux ans. SEGA et Ryu Ga Gotoku ont créé un spinoff à leur licence phare Yakuza en gardant la colonne vertébrale de leur poule aux œufs d’or : même univers, même quartier, même contexte, même gameplay, mais on changeait simplement de protagoniste. On abandonne les Yakuzas pour incarner Takayuki Yagami, joué par la star nippone Takuya Kimura, ex-avocat devenu détective privé après une affaire plus que ratée aboutissant sur un meurtre. La recette fonctionne à merveille amenant un portage sur newgen il y a quelques mois.

Cette arrivée sur Series et PS5 (qu’on a testé) n’est pas anodine, puisqu’une suite directe est annoncée très rapidement après coup. À l’inverse de Yakuza qui a pris un virage tour par tour pour son gameplay, Lost Judgment reste fidèle à la formule originelle sur de l’action temps réel. On a bourlingué de très nombreuses heures en très peu de jours pour vous proposer notre avis sur la version Xbox Series X. Chose de sûr, j’attendais personnellement avec impatience la suite des aventures de Tak’ et je n’ai pas été déçu bien au contraire : c’est une pure bombe!

Kamurocho mon amour

On retrouve Yagami et son acolyte Kaito à Kamurocho, quartier plus que bien connu dans le premier opus et Yakuza. Les deux détectives bossent sur leur dernière affaire, dans laquelle leur cliente a été escroquée d’une grosse somme d’argent. L’enquête nous sert d’introduction et de tutoriel. On s’immerge rapidement dans l’expérience qui laisse entrevoir pas mal de ses atouts dès les premières minutes. Alors que notre binôme part aider d’anciens amis à Yokohama sur une histoire de harcèlement dans un lycée, le cabinet d’avocat avec lequel ils coopèrent défend au tribunal un policier jugé pour agression sexuelle.

Mais le procès prend une bien triste tournure quand lors de son audience, l’accusé dévoile des informations méconnues de la justice sur l’identité d’un corps inerte retrouvé peu de temps avant. On ne comprend pas le lien entre toutes ces lignes, mais après quelques heures, on commence à déceler des ramifications qui constituent un contexte captivant et bien plus profond qu’on ne l’imagine. Je n’en dirais pas plus et ne spoilerais rien, mais Ryu Ga Gotoku (on va faire plus court : RGG) sort le grand jeu pour la narration de Lost Judgment.

Là où le studio a eu le bon réflexe, c’est de prendre les joueurs (nouvel arrivant, comme confirmé) par la main pour les accompagner dans leurs premiers instants en jeu. Une petite introduction présentant les personnages, leur passif, ainsi que le contexte, tout est là pour que personne ne soit perdu et on les remercie d’avoir fait cet effort. De ce fait, un joueur n’ayant pas fait le premier opus peut se lancer directement dans Lost Judgment. Au pire, il ne comprendra pas certaines références à quelques moments, mais pour le reste, il ne sera nullement handicapé.

Un contenu dantesque

L’intrigue nous tient en haleine jusqu’à la fin, grâce à des thèmes abordés variés, forts et symboliques au regard de la culture nippone. Le harcèlement scolaire et le suicide sont au centre de l’histoire, tout comme la mort, la vengeance ou encore le fait de ne pas faire de vague, assez typique de la société japonaise. RGG prend le taureau par les cornes et n’hésite pas à faire passer un message sur les maux que l’injustice provoque, faisant ressentir toute une palette d’émotions aux joueurs, qui se retrouve lui-même au centre de ce drame.

On visite bien entendu Kamurocho une nouvelle fois, ainsi que Yokohama et particulièrement le lycée qui a une place importante dans la progression. Takayuki et sa bande y mènent l’enquête liée au harcèlement et pour cela, on doit créer des liens avec les élèves et les entretenir, ce qui passe notamment par les clubs, célèbre au Japon dans les écoles. Le ton plus léger de ces contenus secondaires permet de casser le rythme effréné de l’enquête centrale et de relâcher la pression quelques instants. En plus de cela, compter sur les affaires confiées à l’agence de Yagami, les courses de drone, mah-jong, jeux de hasard, de la boxe, danse et une console Master System intégrant une 10aine de titres jouables ou encore des salles d’arcade ! Fan service assuré par SEGA et RGG pour nous mettre plein les mirettes. Des activités annexes ont même eu le droit à un gameplay dédié créé. Et c’est sans compter sur tout les lieux à interactions possibles en ville.

Je vous laisse découvrir tout cela par vous-même tant l’offre est riche, mais il faut savoir qu’en plus de la grosse 20aine d’heure que la trame principale prend, le contenu annexe double quasiment la durée de vie totale de Lost Judgment. C’est une véritable nébuleuse qui se dévoile aux joueurs, avec des missions secondaires demandant plusieurs heures de jeu pour en voir le bout, le tout scénarisé de bien belle manière ! Le contenu est là, et viser le 100 % nous occupe des dizaines et des dizaines d’heures. Je kiffe ! Puis si comme moi, vous vous arrêtez dans chaque échoppe, resto, etc., vous n’êtes pas arrivé, car on se rappelle que les villes possèdent un nombre considérable de points d’intérêt dans lequel on peut entrer et interagir !

Press start – insert coin

Le gameplay reprend les codes des précédents jeux du studio, en ajoutant quelques nouveautés. On conserve l’exploration en monde ouvert, avec des filatures demandant discrétion, des courses poursuites et des gadgets en tout genre. Yokohama étant plus vaste, le skateboard fait son apparition afin de pouvoir nous déplacer plus rapidement sans passer par la case taxi. On switch librement d’une ville à l’autre, à notre plein bon vouloir et non de manière forcée comme dans Yakuza 7. Le joueur est libre de ces mouvements, ce qui accentue le sentiment d’immersion plus en profondeur.

Concernant les filatures, la jauge de détection connait une mise à jour : elle ne redescend plus entre deux alertes, nous obligeant à faire preuve d’une plus grande prudence surtout que le suspect filé se posera rapidement des questions si on fait n’importe quoi. Dommage que les poursuites soient toujours un peu trop longues.

Les gadgets comptent toujours l’appareil photo pour les enquêtes, à la recherche d’indices ou d’analyse, et parmi les nouveautés on découvre entre autre le micro de terrain, permettant d’écouter les sons environnant, ou encore l’appli BadBuzz. Ces petits ajouts-ci et là sont les bienvenus, tout comme le parkour (Tak peut escalader certains murs ou façades) ou les phases d’infiltration. On gagne en variété et fun assurément.

Crouching Tiger Hidden Dragon

La baston est un élément phare du gameplay des jeux de RGG. On repart sur quelque chose de résolument tourné vers l’action brute, similaire à Judgment tout en conservant les deux styles de combats auxquels s’ajoutent un troisième, sorte d’aïkido revisité par Yagami : le style du serpent. La formule était déjà dynamique précédemment, mais les nouvelles animations, coups, contres et effets font passer à Lost Judgment un petit cap supplémentaire. C’est nerveux et bien dosé niveau difficulté (sauf si vous jouez dans les modes les plus bas, où c’est réellement trivial). On prend toujours autant de plaisir à dérouiller tout les voyous, yakuzas et autres joyeusetés du coin.

La dimension RPG reste similaire à ce qu’on connait dans les autres productions de RGG. On accumule des points lors des combats et missions effectuées et on les dépense en achetant des bonus passifs, boosts de stats ou compétences. Classique pour le studio, mais toujours autant efficace.

Caméra ? Prêt ? Action !

Lost Judgment se démarque de par son jeu d’acteur excellent. Les performeurs sont plus que convaincants, et jouent juste sans tomber dans la caricature ou le surjouer. La partie son joue un grand rôle dans la qualité de l’ambiance que le titre dégage, via une tracklist léchée et éclectique, matchant toujours à la perfection l’atmosphère du moment. Lost Judgment est d’ailleurs doublé intégralement en anglais ou japonais, et sous-titré français. RGG fait vraiment tout son possible pour que le joueur se laisse happer par l’expérience afin de s’y plonger des heures durant.

La DA est encore une fois monstrueuse. J’adore Kamurocho, mais Yokohama possède également un charme fort. La technique est dans son ensemble très convaincante, comme la mouture newgen du premier épisode ou encore Yakuza 7. On a le choix entre un rendu graphique élevé, en 4k native à 30fps, ou une définition dynamique à 60fps. Cette seconde option apporte un confort absolu avec une fluidité à toute épreuve. Même si on dénote quelques légers loupés comme de l’aliasing parfois assez prononcé, le Dragon Engine assure plus que le minimum syndical. Et que dire de la modélisation des personnages ?

Un GOTY en puissance

J’ai adoré Judgment, et le faire sur PS5 avait un plaisir non dissimulé. Est-ce que j’ai apprécié Lost Judgment ? Bien sûr, ce test doit transpirer mon adoration pour le jeu tant il m’a plu. Passe-t-il un niveau supérieur ? Carrément ! Il est dans ma liste de prétendant au GOTY 2021 [composé d’ailleurs que de titres japonais…]. 

Ryu Ga Gotoku nous offre une expérience propre en tout point à commencer par une narration rondement menée et captivante tout au long de l’histoire dont la mise en scène explosive fait un travail remarquable. On suit avec intérêt les aventures de Takayuki Yagami, qui nous amène en alternance dans un Kamurocho vu et revu, mais dont on ne se lasse pas et une nouvelle ville : Yokohama avec son lycée si particulier et cachant tant de choses. Le contexte évoqué et les thèmes abordés sont durs, mais le studio les traite avec aisance, nous faisant ressentir tout un tas d’émotions pendant les quelques dizaines d’heures nécessaires à compléter le jeu, avec un contenu annexe inépuisable et puis ce fan service made in SEGA, sérieusement, c’est juste énorme, non ? La technique solide avec sa bande-son aux petits oignons contribuent à créer une expérience au top.

Ils ne sont pas tomber dans le piège facile comme beaucoup de studio se contentant de reprendre telle quelle la forme et adapter simplement le fond à la nouvelle histoire. Ryu Ga Gotoku a pris les points faibles de Judgment, et a essayé d’en gommer la majeure partie tout en se payant le luxe d’améliorer tout ce qui était déjà très bon afin de nous fournir une production presque parfaite ! 

L’année n’est pas encore finie, mais on peut déjà dire que Lost Judgment fait partie des titres forts, à faire et à posséder de 2021.

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