29 avril 2026

Test Disciples Libération : claque inattendue pour un T-RPG solide

Quand j’ai découvert les premières images et trailers de Disciples Liberation, j’ai ressenti quelque chose de familier. Je découvrais la licence, mais j’avais l’impression de retrouver quelque chose de connu. Pour ceux qui me lisent depuis un moment, vous connaissez surement mon amour pour les tactical-RPG et les C-RPG comme on les appelle (Baldurs, and co). Disciples Liberation réunie un peu tout cela dans un seul pour lequel on nous annonce une durée de vie de malade, du contenu à la pelle et un monde variant selon nos décisions. Kalypso et Koch Media ont-ils tenu promesse ? Oui, bien trop d’ailleurs, m’étant pourtant juré d’arrêter les titres demandant une 100aine d’heure pour en voir le bout, c’est loupé haha. On va essayer de ne rien spoiler, ou du moins rien évoquer après le chapitre 1 qui prend à lui seul une bonne 20aine d’heures, histoire de préserver l’aspect découverte d’un titre étant clairement une pépite pour moi.

À l’inverse des RPG habituels, Disciples ne nous laisse pas créer ou choisir notre avatar. On incarne Avyanna, une mercenaire accompagnée d’Orion, tous deux envoyés pour assassiner un grand prêtre du Voile, un mouvement religieux voulant imposer la foi et la lumière du Très-Haut sur tout Neveendar. Rien ne se passe comme prévu. Proche de la mort, et submergée par l’ennemi, Avyanna invoque sans le vouloir un portail les amenant dans une cité mystérieuse et inconnue : Yllian. On joue depuis, allez, 10-15 minutes et on se passe déjà plein de questions. Comment a-t-elle obtenu ce pouvoir ? Comment s’est déclenché le portail ? Quelle est cette cité ? Nos deux compères eux-mêmes n’en savent rien et encore moins de quelle origine est cette cité. Ils décident de faire d’Yllian leur camp, et le point de départ de leur lutte contre le Voile. Pour se faire, rien de mieux que de constituer des alliances. Quatre factions majeures luttent aujourd’hui sur Neveendar : l’Empire, les légions impies, les hordes de morts-vivants ainsi que les elfes. On part à la rencontre des chefs de clan dans les quatre premières régions.

Un monde à modeler

Et c’est ici le premier choix d’une longue liste de décisions qu’il faudra prendre durant notre périple. Sachez que l’ordre de visite des régions importe peu, profitez-en, rares sont les prises de position n’ayant pas une conséquence radicale immédiate ou sur le long terme. On découvre des personnages liés aux idéologies de ces factions dans tout Nevendaar. Leur réaction dépend souvent de votre affinité avec la faction. Car oui, nos actions ont des répercussions directes sur l’honneur et la relation avec ces clans, et faire une action positive pour l’une d’entre elles a toujours (presque) un impact sur une autre. Ne songez même pas une seconde à réussir à être en bon terme avec tout le monde, et c’est déjà clair dès le chapitre 1. Il faut savoir que dans Disciples Libération, il n’y a pas de mauvais choix. On construit notre monde, nos relations, nos ententes selon nos choix et c’est assurément l’une des forces du jeu. Même dans les dialogues, nos réponses ont une influence sur les réactions des compagnons, des personnages en face, qui peut finir en alliance comme une mise à mort sanglante.

Dès le début de l’aventure, dans la zone de l’empire, on peut décider de livrer un soldat de l’Empire à son armée, soldat qui veut fuir avec sa femme qui a été purifiée en la libérant de force d’ailleurs. À l’inverse, on peut livrer le mari pour le purifier lui aussi, ou tout simplement tuer tout le monde. De même, un père découvre son enfant assassiné par les elfes, sous prétexte que le jeune a foulé des terres sacrées. Venger le père en tuant l’elfe ou le père pour le punir de ne pas avoir éduqué son enfant au respect des traditions elfes ? Laisser pisser ? Tuer tout le monde ? Cela donne la température. On peut aussi bien devenir le libérateur de Neveendar, soignant ce monde malade et blessé comme son prochain despote amenant le chaos et la désolation. Comme le dit si bien Avyanna, « agis maintenant, regrette plus tard » et jamais cette expression n’a pris autant dans un sens dans le jeu.

Une histoire à construire, le bien ou le mal ?

La narration est excellente, la trame principale s’intègre à la perfection à la dimension variante selon nos actions. Quand bien même le fil conducteur est commun, notre impact est concret sur le monde et ce qu’il devient. On s’immerge si rapidement dans Disciples Liberation. On se construit sa propre version d’Avyanna, on découvre rapidement notre fil conducteur, notre philosophie et ce qu’on va faire. Elle possède un destin hors du commun, elle n’est pas comme tout le monde. Qu’allez-vous faire de cela ? Cette liberté couplée au monde persistant est la première force de Disciples Liberation. Une grande majorité du gameplay va tourner autour de ces dialogues, il est possible de dire ce que l’autre veut entendre, mentir, flatter, ou être franc, sans détour. Typique des CPRG, cette écriture surnage ici tant tout est fait de sorte qu’on n’arrive plus à lâcher la manette et qu’on veuille continuer d’avancer. J’ai été captivé jusqu’à la fin de l’aventure. Disciples Libération est un vrai coup de cœur de ce côté-là.

Neveendar est un monde à la fois enchanteur, mature, et noir. On découvre des bêtes en tout genre comme un dragon blanc magicien et manipulateur, des engeances de l’enfer, des vampires et autre garoux. Le monde est sobre, la mort laissant son parfum partout. Mature également à la vue des thèmes abordés, la mort, le sang, mais aussi le sexe. Avyanna peut coucher avec homme, femme, amas de chère, créateur des enfers, et j’en passe, se livrer à des orgies en planant à l’extrême avec des choses inimaginables d’autant que tout est imagé par du texte narratif ou des dialogues même. À ne pas mettre dans toutes les mains. Les différents environnements traversés sont tous inspirés, différents, mais familiers à la fois. La « faute » surement à la DA que j’adore et qui me rappelle justement les anciens C-RPG faits sur PC. Sans être une vitrine, le rendu global est joli, et chaque lieu visité a eu le droit à une belle dose de travail. Je replonge dans mes démons passés sans voir temps défilé. Le pouvoir d’immersion de Disciples Liberation est costaud, les fans de C-RPG comprendront assurément ce que j’ai traversé.

Très textuel, Disciples Libération propose un doublage intégral en français et c’est une excellente nouvelle pour un jeu de cette envergure. Les personnages sont charismatiques, on se familiarise avec eux très rapidement. Les interactions sont au top, et amènent même certains de nos compagnons dans des situations assez loufoques comme un barbare faisant la cour à une prêtresse et lui offrant le cadavre d’une bestiole morte en signe d’affection…

Un gameplay solide, complexe et complet

Le combat est le second élément central de Disciples Liberation. La formule se base sûre du tour par tour où l’aspect tactique est de plus important avec notamment le placement en début d’affrontement, mais tout autant pendant le combat. Au sein d’un même environnement, le design de l’arène reste visuellement très proche, mais ce qui va changer et sa configuration sur le terrain (obstacle, buffs et débuffs).

Le système se veut plutôt riche avec tout un panel de features intéressantes à découvrir à commencer par les points d’actions. Il en en existe de différentes sortes : le bleu pour les déplacements uniquement, le rouge pour les attaques/compétences, alors que les oranges permettent les deux. Chaque unité possède deux points, mais selon la classe ou le personnage named la combinaison n’est pas la même. Comme dans chaque T-RPG, le nombre de cases pour le déplacement dépend de l’unité, la portée des attaques du sort ou la compétence également. Le placement est donc primordial en sachant qu’il existe un moyen de booster les dégâts en flanquant les ennemis (le prendre en sandwich entre deux de nos combattants, sur une ligne).

Le système de bof/débuffs peut faire renverser un combat : boost de dégâts d’une affinité de magie, saignement, perte de moral ou armure et j’en passe. Tout en sachant que certains ennemis sont résistants aux dégâts physiques ou magiques, faibles face à une affinité élémentaire, etc.  C’est le score d’initiative du personnage qui définit d’ailleurs l’ordre d’action, tout en notant qu’on peut décider de retarder l’action d’un de nos (ou plusieurs même) combattants afin d’optimiser une action. Un vrai aspect tactique, c’est top manette en main.

À cela s’ajoute la ligne de fond, où les personnages placés ajoutent des bonus plutôt intéressants. Une prêtresse soignera par exemple chaque tour l’unité ayant perdu le plus de PV. Chaque fantassin amène soit un bonus pour toute la partie soit un sort lancé chaque tour. Les effets de sorts et animations sont de qualité d’ailleurs, pour accompagner par la gestuelle l’action choisie par le joueur. Le choix des unités sur le terrain et en arrière est une composante primordiale, à adapter selon la composition ennemie. Sachant qu’on est limité en termes d’unité de fond (3), de compagnons (2) ou d’unité globale dont le budget varie selon le type (10 points pour les basiques, 20 pour les plus fortes et ainsi de suite) afin de maximiser le budget maxi disponible (qui varie selon le leveling d’Avyanna).

L’IA est de qualité et se montrera plus que maline durant les joutes. En effet, en plus d’aller récupérer les buffs au sol avant nous, elle joue le flanquage à fond, la rupture de ligne de vue, tout en évitant les zones de dégâts de zone au sol et j’en passe. Un très bon point, donner du challenge en jeu. Un compagnon, ou même Avyanna, mort au combat revient dans notre pool dispo pour le prochain affrontement, par contre les unités non named elles sont perdues définitivement, sauf si on la sort du cimetière afin la fin de la rencontre avec des compétences spécifiques comme le sort de résurrection que Corisandre apprend. Chaque compagnon a un rôle bien défini, il en est de même pour les unités : le tank avec compétence de taunt, les dps cac, les distants, les healers, les assists et buffers.

Le gameplay semble basique de prime abord, dans la veine des standards du T-RPG, mais dès lors qu’on décide de s’y investir et de creuser, d’adapter notre armée selon les combats devant nous, on découvre une formule si profonde et complète. Aucun combat n’est le même et les affrontements de boss sont tout autant réussi. Je vais arrêter les superlatifs pour ne pas passer pour un fan-boy, mais… au puis merde, Disciples Liberation, c’est de la bombe baby, fana de T-RPG, il est assurément un monstre ! Il est intéressant de noter que passer un certain niveau, les affrontements peuvent être finis en un click via l’option « vaincre » (en plus de « combattre » ou « retraite »). Cela arrive notamment quand les forces sont totalement déséquilibrées et à notre avantage.

Encore de la custom ? Oui oui

Avyanna est réellement un personnage à part entière, du fait qu’elle débute mercenaire, mais après quelques niveaux, il est demandé de la spécialiser : chef de guerre, assassin de corps à corps, sorcière ou encore magicienne. Par la suite, on entame une seconde spécialisation plus profonde. Bien sûr, on peut reset tout cela pour quelques pièces d’or à Yllian. De ce fait, elle peut littéralement endosser tous les rôles disponibles en jeu et occuper n’importe quel slot dans une équipe homogène selon cela. Tout passe via 3 arbres de talents, où on débloque à chaque niveau pris un point de compétence qu’on place où l’on souhaite. De nombreuses options ne sont d’ailleurs disponibles que sous certaines conditions, notamment de réputations avec une faction ou encore de classes d’Avyanna.

La question maintenant est de savoir : où recruter nos unités ? Pour les compagnons, et quelques fantassins basiques, cela se passe via les dialogues en jeu, mais pour la majorité de truffions, Yllian est THE place to be. Au fil de notre avancée dans la trame principale, on peut faire monter la cité de niveau, on débloque des emplacements de constructions (le marché ou le forgeron) et on y ajoute/modifie les casernes ou autres lieux de recrutement et formation d’unité. Pour ma part, j’ai joué à fond la carte de la légion impie, montant en levels les structures en même temps que ma réputation chez eux ayant pour conséquence de débloquer également de nouvelles unités de combats de malade.

Le marchand permet également l’achat d’unité, de loots (Avyanna dispose d’arme, artefact, armure, jambières par exemple, alors que les compagnons n’ont que l’arme et l’artefact) tout comme la forge permet d’améliorer le tout. Pour monter ces structures en levels, on a besoin, d’or, de bois, fer et diverses ressources magiques qu’on trouve en quantité en capturant (via le combat) des bâtiments dans les différents environnements. Le tout amène une microgestion fort sympathique, amenant des fois à devoir faire des choix les ressources n’étant pas illimitées. L’exploration de chaque territoire est donc bien mise en valeur et est gratifiante. D’autant plus qu’on revient souvent rn arrière après avoir découvert le talent unique d’un compagnon permettant d’ouvrir des accès précédemment bloqués. D’ailleurs, hors combat, Avyanna parcourt les régions de Neveendar à cheval, assez librement. Chaque région possède moult trésors à trouver, de ressources à récupérer. C’est fluide et plutôt joli encore une fois. Yllian permet aussi d’apprendre de nouveaux sorts à Avyanna, renforcer nos compagnons et unités de combats, ou même parler avec les acolytes amenant à des situations rigolotes comme la touche qu’a Corissandre avec un autre personnage. Ces échanges verbaux permettent d’ailleurs d’approfondir un lore déjà très riche. 

Une surprise inattendue, qui hisse Disciples Libération à un haut niveau

J’avoue avoir été assez hype par Disciples Libération depuis son annonce, et j’en ressors avec une véritable claque. Tout est bon, rien n’est à jeter dans cette expérience qui m’a tout de même pris pas loin de 100 heures pour tout retourner (j’ai littéralement poncé tout ce que j’ai pu). L’univers est plus que plaisant, un véritable kiff à parcourir. L’histoire propre à chaque run est une mécanique j’ai apprécié sincèrement, et même le contenu annexe est bien foutu apportant encore des éléments pour peaufiner et approfondir un lore extrêmement riche. Quand Kalypso a annoncé qu’il s’agissait d’un jeu heroic fantasy pour adulte, soyez sûr que ce n’était pas du pipeau. C’est sombre, complexe, et aborde toute sorte de sujets sans complexe ni filtre. 

Les environnements sont travaillés et la DA au top, je me retrouve dans mes anciens amours du C-RPG. La modification du monde, de l’environnement et tout ce système de relation me rappellent quelque peu Tyranny sur les grandes lignes en sachant qu’il était déjà un de mes gros coups de cœur. Le gameplay TPRG est solide, et offre un panel de possibilité énorme. La facette stratégie/placement/composition de l’armée de terrain et de fond amène une profondeur à laquelle j’ai de suite adhéré. 

Disciples Liberation nous laisse une liberté d’action et de choix immense, avec une construction béton, un rythme bon pour le genre et la présence d’un doublage intégral avec un casting de personnage hétéroclite et charismatique enfoncent le clou. Disciples Libération est un de gros titres de cette année 2021 pourtant déjà bien riche et soyez assurés qu’il apparaitra dans mes recommandations de fin d’année.

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