Genso Suikoden, le tout premier opus, et moi, on a un certain passif ensemble. Bon quarantenaire maintenant, j’en ai encore des souvenirs impérissables plus de 25 ans en arrière lors de sa découverte initiale… Je me souviendrais toujours de ce tout premier run sur Playstation, sur ma TV 36 cm, un dico/traducteur anglais sur les genoux, car j’étais en 6 ou 5e au collège à ce moment-là et mon niveau d’anglais n’était du coup pas assez au point pour maitriser un RPG aussi riche, généreux et complexe, à cette époque. Car oui, les traductions FR (fin 90) n’étaient pas systématiques et loin d’être la norme.
Même si j’ai fait tous les opus suivants, et que j’ai connu sur ces quasiment trois décennies des tonnes de jeux, des licences à foison, et que j’ai pu du coup enquiller des dizaines, que dis-je des centaines de jeux depuis, je n’ai jamais connu quelque chose de similaire. Je pense qu’une part de nostalgie entre en ligne de compte, car à cette époque des expériences de cette trempe, laissant la même marque, elles n’étaient pas 50, mais surtout Suikoden avait une réelle âme, et il amenait avec lui des composantes jamais vues ailleurs, mêlant RPG, un truc similaire à du pokemon finalement avec cette ribambelle de compagnons à trouver, de la gestion avec notre fief, et surtout la facette avec liens, les affinités donnant des bonus massifs en jeu.

Un voyage à travers les âges
Bien que je trouve qu’on vive une période faste du gaming avec des expériences fortes dans tous les sens, j’espérais toujours secrètement, qu’un jour, Konami redonne vie à cette licence iconique, que je puisse revivre un voyage similaire et ressentir cette vibe indescriptible, et pourquoi pas transmettre à mon plus grand (10 ans aujourd’hui, bientôt 11, finalement pas beaucoup plus jeune que moi à l’époque) ma passion pour cette licence et en particulier cet opus…
De l’eau à couler sous les ponts depuis l’annonce de cette compilation remaster réunissant les deux premiers épisodes, disponibles depuis à peu près une semaine à présent, et j’en ressors enfin et diable que ce fut des retrouvailles émouvantes. L’espace de quelques (dizaines) d’heures, je me suis retrouvé moi plus jeune face à ce titre qui allait à jamais me marquer, redécouvrant l’un des monuments du JRPG, et du gaming plus simplement pour moi. Revenir à un sentiment et des sensations simples mais fortes, chose que beaucoup oublie aujourd’hui avec ces débats et dramas à la pelle au lieu de juste jouer ! Vous vous en doutez, c’est un véritable amour que je voue à ce jeu et cet univers, il ne m’est pas simple de partager avec vous aujourd’hui ce papier sans m’enflammer et sans en faire des tonnes. Je vais essayer de rester le plus factuel possible, et me concentrer sur l’aspect 2025 de ce jeu, ce qu’il apporte et quels en sont les bénéfices à acquérir cette compilation aujourd’hui.

Revenons fins des années 90. La PlayStation bat son plein et cartonne comme aucune console auparavant. Au milieu des étales arrive une toute nouvelle licence en occident, 2 ans après le Japon : (Genso) Suikoden. Il s’agit d’un RPG au tour par tour fortement inspiré d’un roman chinois du 14e siècle nommé « Au bord de l’eau », l’une des œuvres majeures de la littérature chinoise classique de la dynastie Ming (avec notamment l’histoire des Trois Royaumes, ou la Pérégrination vers l’ouest dont on a parlé lors du test de Black Myth Wukong). Ce livre compte l’histoire de 108 bandits qui se révoltent contre le gouvernement et les hauts politiciens corrompus, venant tous d’horizon et rangs différents, considérés comme les 108 étoiles (les Stars) envoyées sur Terre pour rétablir l’ordre et juger les hommes, regroupés sous une seule et unique bannière pour lutter contre l’oppression et l’injustice.
Il est bon de noter que les différents opus de la licence conservent une ligne directrice similaire : tous prennent vie dans le même monde, simplement quelques années après les évènements du titre précédent, et il est toujours question d’un héros principal qui va rencontrer et (potentiellement) recruter 107 compagnons, afin de s’engager dans une lutte contre le vilain du moment, sous fond de justice et liberté. Chaque titre se base sur une litée majeure, dans l’une des innombrables régions qu’abrite ce vaste monde. La fond reste, la forme change.

Une licence unique et originale
Suikoden prend place dans un univers médiéval fantaisie où se mêlant créatures magiques et différentes races typiques des JdR comme des elfes, des nains, des vampires ou même les adorables Kobolds (ces chiens humanoïdes), et où la magie et les runes ont une place importante dans l’univers. D’ailleurs, certains de ces artefacts magiques ont un tel pouvoir que les détenir peut renverser l’équilibre mondial actuel selon l’usage que l’on en fait. De ce fait, de nombreux conflits éclatent autour de ces fameuses runes.
Dans le premier épisode, on incarne le fils du général Teo McDohl, l’un des six Grands Généraux obéissant à l’Empereur Barbarossa. Tout juste nommé chevalier à la cour de l’Empereur, notre héros se retrouve emmêlé dans de sombres affaires, le poussant à quitter précipitamment sa ville et sa famille. C’est alors qu’il rencontre Odessa, à la tête de la résistance contre l’Empereur et de fil en aiguille il se retrouve comme le porte-étendard de ce mouvement et celui qui va devoir libérer région par région le peuple de l’oppression, en vainquant les uns après les autres les six Grands Généraux avant de mettre à genou l’Empereur. Au cours de son aventure, il rencontre différents compagnons qui le rejoignent dans sa cause, et en réhabilitant un château en ruines perdu dans les marais afin que celui-ci devienne une place libre et le symbole du rassemblement des rebelles.

Le second épisode prend place trois ans après le premier où on incarne un jeune homme n’ayant que peu connu la paix. La guerre fait rage et notre héros doit vivre comme il peut dans cette période obscure et sa vie change à tout jamais comme ceux qu’il considérait comme ses amis et alliés le trahissent. Seul avec un dernier compagnon et sa sœur adoptive, notre héros se retrouve pris dans un engrenage dont il ne voit pas encore tous les aboutissant et les fils qui se sont tissés, les poussant à rejoindre un groupe de mercenaire changeant leur destinée. Une nouvelle fois, on retrouve cette légende des 108 stars, pour lutter contre un pouvoir injuste sur fond de trahison, rivalité et amitié.
D’un point de vue scénario, bien que la base semble prendre un chemin similaire entre les deux épisodes, il faut bien avouer que chaque titre procure un plaisir non dissimulé et bien différent. Oui, il est toujours question de rébellion, de s’entourer par (jusqu’à) 107 avatars, mais pour le reste, chaque titre offre sa propre histoire, sa propre trame et ses propres sujets et thématiques. Même après bientôt 30 ans, la plume de Konami pour Suikoden I et II n’a pas à rougir face aux titres actuels.

Une formule validée
Le gameplay se compose de plusieurs phases : l’exploration sur les différents niveaux (montagnes, grottes, châteaux, village, etc.) ou la map monde, le tour par tour, les batailles, la gestion du fief ainsi que celle de notre équipe. Lors de l’exploration, un monstre apparait et le combat démarre. Notre équipe se compose de 6 combattants, en deux lignes de trois. Chaque personnage possède une portée propre, déterminant les lignes adverses qu’il peut atteindre : peut-il cibler seulement la première ligne ? Seulement l’arrière ? Les deux ? La notion de choix de nos unités pour avoir une bonne cohésion et homogénéité est primordiale afin de pouvoir cibler chaque ennemi qui nous fait face. La magie est de la partie, via les runes et utilise non pas des PM ou du mana comme d’habitude, mais un système de point dont le niveau de notre héros et son affinité avec la magie détermine la quantité de points disponible et le niveau du sort et sa puissance déterminent le budget à dépenser pour l’utiliser. La dernière composante, qui sort un peu de l’ordinaire, dans cette formule tour par tour, est les attaques à l’unisson. Certains personnages ont des liens et affinités avec d’autres héros : compagnons d’armes, relations fortes, même race ou mêmes origines, etc. De ce fait, il se peut que deux, trois voir quatre guerriers attaquent de concert pour un combo dévastateur. De ce fait, le choix de nos combattants a encore une fois un impact qui peut déterminer l’issue du combat.
Il est possible de ne compter que quelques dizaines de Stars lors d’un run, certains personnages étant rencontrés plusieurs fois, mais recrutables qu’à un seul moment (et ce n’est pas mis explicitement en avant…). C’est en se baladant, en mettant parfois de côté un objectif principal en retournant dans un village, etc. que se déclenche le facteur rendant possible un recrutement. Certains se joignent à nous sans poser de question, pour d’autres il faut certains éléments clés, réunie au bon moment. De ce fait, chaque run est différent et les options disponibles pendant les combats le sont donc tout autant ! Surtout que certaines Stars sont vraiment puissantes et apportent de réels avantages quand on les a avec nous. Autre petit truc important, les 108 stars ne sont pas toutes des combattants, certains amènent plutôt des avantages à notre château. À un moment clé, le personnage et sa troupe mettent la main sur une fortification qui va devenir le repère de la rébellion. Chaque recrue amène un peu de vie à l’édifice, plus on a de membres et plus la bâtisse prend de la taille, le nombre de pièces augmente et surtout la déco change aussi selon nos trouvailles. De plus, certaines recrues débloquent des fonctionnalités de cette base comme des marchands offrant quelques pièces d’équipements plus rares et puissantes, la téléportation, ou justement le réaménagement physique et l’agencement de ce château.
Enfin, comment compléter cette partie gameplay sans parler des batailles à grande échelle, mettant face à face des armées entières. Le système se veut assez simple et repose un peu sur la Sainte Trinité habituelle qu’on voit par exemple dans les Fire Emblem avec trois types d’unités dont la première est avantagée sur la seconde, qui elle est supérieure à la troisième, qui finit la boucle en étant au-dessus de la première. En plus de cette notion, entre en compte forcément la taille des armées, mais aussi le leader qui la dirige apportant quelques bénéfices. Les duels mettent en scène des 1v1 à coup d’attaque/défense voir attaque désespérée. Le but est d’anticiper l’action adverse pour s’adapter et réussir à le contrer.

Que ce soit Suikoden I ou II, la formule reprend peu ou prou le même socle avec le premier épisode servant en quelque sorte de modèle, et le second amenant quelques ajustements et équilibrages pour rendre l’expérience globalement plus smooth et complète. Mais l’un comme l’autre, ce sont de vrais doses de kiffs en puissance que nous délivre Konami. De tout de façon, il est conseillé de suivre les épisodes dans l’ordre (rien que pour les bénéfices d’avoir une save du premier fini quand on attaque le second) pour profiter au maximum du voyage.
Quid de se replonger en 2025 dans Suiko ?
Quid à présent de cette compilation regroupant Suikoden I et II ? Son accessibilité déjà, pas besoin d’avoir une Playstation première du nom ni la 2 (ou PSP) en état de marche et de se ruiner pour acquérir les deux jeux (au bas mot 200e, et encore, chacun). Le second était bien dispo en VOSTFR dans nos contrées, mais pour le premier, hors émulation et fantrad, c’était uniquement du STEN ! Aujourd’hui, on a accès à cette compil sur toutes les machines du marché, à un prix contenu, rien que cela, c’est déjà pépite (on est loin d’un remaster lambda d’un jeu qui a 5 ans) avec une loc FR. Cette compilation ne repart pas pas des opus PS1/2, mais de la compilation PSP exclusive au territoire nippon, en ne se limitant pas à du simple portage traduit. On est sur un remaster, il est important de garder cela en tête, ce qui explique qu’on retrouve cet aspect pixel-like de l’époque, mais l’image a le droit à un lissage de qualité HD, sans trop dénaturer l’œuvre. Quelques effets et textures sont modernisés et rendent le titre agréable à l’oeil. On reste sur du remaster, mais du bon remaster !

Les animations tout comme les sprites ont eu le droit à un petit coup de polissage, et la caméra a connu une légère revisite également, afin de rendre l’expérience plus dynamique. Un peu de confort est apporté à cette édition 2025 comme l’autocombat, la vitesse x2, la possibilité de consulter l’historique des dialogues voir d’en épingler certaines parties, et surtout l’auto save automatique qui, même si elle est loin d’être optimale, permet d’éviter certaine déconvenue.
Rejouer à Suikoden, I et II, dans de telles conditions est un plaisir non dissimulé. Même si certaines mécaniques peuvent avoir un peu mal vieilli face aux standards du jour, cela vaut le détour rien que pour découvrir ce monument du JRPG et une licence qui mérite de revenir sur le devant de la scène. Suikoden offre une richesse énorme, et une formule tout simplement excellente. Croisons les doigts que le succès critique (mais aussi joueur, il suffit de voir l’engouement sur les précommandes/achats des versions physiques) fasse tilt chez Konami et qu’ils comprennent qu’on veut voir revenir Suikoden !
