Je ne sais pas si l’on se rend compte que le premier Hellblade (Senua’s Sacrifice) a été un jeu exclusif à la Playstation 4, alors que sa suite (objet de l’article du jour), Hellblade 2 (Senua’s Saga), a été le premier jeu Xbox Series annoncé et dévoilé, en tête d’affiche lors de la présentation de la console aux Games Awards, il y a quelques années et le tout avec un label d’exclusivité ! Entre-temps, Ninja Theory, à qui l’on doit Enslaved, mais aussi le superbe Heavenly Sword, a fait du chemin, et d’ici quelques jours, il nous offrira la version ultime d’Hellblade 2, avec une édition améliorée nommée ‘ »enhanced », ainsi qu’une sortie sur Playstation 5. Il n’y a pas meilleure occasion pour se (re)pencher sur ce titre et proposer un test complet, chose pas faite l’an dernier.
Sorti en 2017, Hellblade Senua’s Sacrifice nous plonge dans un univers nordique et nous fait vivre l’histoire de Senua, une guerrière dont le mari a été brutalement tué. Elle entame alors un voyage éprouvant pour rejoindre Helheim et sauver l’âme de Dillion, mais pour y parvenir, elle doit affronter des épreuves hors du commun et des entités bien loin d’être humaines. La mythologie nordique, les dieux et les mondes nordiques servent de toile de fond à l’histoire de notre héroïne, atteinte de schizophrénie ou de psychose, un sujet au cœur de l’expérience. Elle entend des voix, voie des choses que les autres ne peuvent pas percevoir. Les furies qu’elle entend lui dictent ses choix, se contredisant parfois, et ses visions entremêlent réalité et fantastique. Senua est persuadée que ses sens ne perçoivent que la réalité, mais le joueur sait que ce n’est pas le cas, même s’il doute parfois.
Il faut dire que la jeune femme n’a pas eu une vie facile : son père la maltraitait, sa mère avait les mêmes « facultés » qu’elle et a été brûlée vive devant ses yeux, car considérée comme maudite ; elle-même est maintenant bannie de son village, car elle porte aussi cette malédiction et attire le mauvais œil. Alors qu’elle décide de retourner chez elle malgré tout, son village a été mis à feu et à sang et son amour a été sacrifié lors d’un rituel d’une rare violence. Elle se lance alors dans une expédition pour combattre Hela et retrouver son amour, mais elle n’en ressortira pas indemne.
Un premier essai concluant
Ninja Theory utilise de nombreuses images et métaphores pour décrire et illustrer ce que vit Senua à travers les voix et les visions qu’elle a. À l’époque, les troubles mentaux n’étaient pas reconnus et étaient considérés comme un mal obscur. Pour immerger le joueur dans ce personnage atypique, Ninja Theory a fait appel à de nombreux spécialistes (et malades) afin de recréer une ambiance authentique et plonger le joueur dans la peau d’une personne souffrant de ces différents maux. Pour ce faire, rien de mieux que de plonger nous-même nos propres sens dans la peau de Senua, grâce à un sound design XXL qui utilise à merveille toutes les technologies de spatialisation sonore. Avec un casque, il suffit de fermer les yeux pour croire que les furies nous tournent réellement autour, et visuellement, le jeu vise un certain photoréalisme grâce à la modélisation de l’actrice Mélina Juergens via la capture de mouvement, qui force le respect. Que ce soit le character design proche de la réalité, les animations, etc., c’est bluffant, et la performance d’actrice pour transmettre toutes les émotions de Senua est ce qu’il s’était déjà fait de mieux en 2017.

Certes, le gameplay reste assez classique, mêlant exploration dans des environnements assez linéaires, quelques puzzles et énigmes, ainsi que des combats bien chorégraphiés. Si l’on considère ces aspects de manière factuelle, il faut reconnaître qu’Hellblade n’est pas plus marquant que cela. Cependant, si l’on prend le jeu dans sa globalité, c’est un titre majeur de l’industrie pour l’expérience qu’il offre.
Une suite attendue
Petit saut dans le futur, et nous voilà le 21 mai 2024, avec la sortie très attendue de Senua’s Saga : Hellblade 2, trois ans et demi après une révélation surprenante. Si, sur le fond, cette suite ne change pas la formule outre mesure, Ninja Theory nous permet de revivre un périple poignant, intense et toujours aussi déroutant. Si Senua a fait le deuil de la mort de Dillion, comprenant qu’il n’y avait aucun moyen qu’il revienne, sa quête n’est pas pour autant terminée. Des hommes du Nord lui ont pris ce qui lui était le plus cher, et elle ne connaîtra la paix qu’une fois Dillion vengé. C’est dans cette optique qu’elle se laisse capturer par des esclavagistes afin de rejoindre leur terre et de les tuer un à un. Mais Senua et la chance font deux : le bateau qui la transporte s’échoue et elle se retrouve seule, laissé pour morte, sur une plage. Elle se lance à la poursuite des assassins de Dillion, mais très vite, ses anciens démons refont surface. Les voix ne l’ont jamais quittée, l’ombre la persécute toujours autant, et surtout, une autre malédiction touche les terres sur lesquelles elle a posé le pied. Il se pourrait qu’elle soit la clé pour aider les habitants. Senua sait ce qu’ils vivent ; elle est passée par là et a trouvé une voie qui l’a aidée à reprendre le dessus. Elle ne peut donc pas les laisser sans les assister.

Ninja Theory a trouvé il y a 8 ans une recette qui fonctionne, qui prend aux tripes et qui ne laisse pas le joueur indifférent, et Hellblade 2 reprend les grandes lignes de cette formule en poussant certains curseurs, à commencer par la technique, qui franchit encore un cap. Hellblade 2 est sans aucun doute l’une des œuvres les plus belles qui existent à ce jour, aussi bien sur console que sur PC, avec un rendu époustouflant. On y trouve des effets cinématographiques, comme ce grain ajouté à l’image, des effets de caméra en tout genre, le tout couplé à un rendu (personnages, environnements, le feu, etc.) qui floute notre perception au point de se demander, par moments, si l’on est face à un jeu ou à un film (de synthèse réaliste ou en prise de vue). Le pire dans tout cela, c’est le passage sans temps mort des cinématiques au gameplay. Une claque, comme on n’en prend pas souvent.
Que ce soit les animations faciales lors des mouvements, la retranscription des émotions ou même le souci du détail (les vaisseaux sanguins dans les yeux de Senua, plus ou moins visibles selon ce qu’elle vit, chaque muscle qui prend vie et mouvement, etc.), c’est du très haut niveau. Ajoutez à cela la qualité des jeux de lumière, des ombres, des textures HD++, etc., et vous comprendrez que c’est la folie. Les heures de capture de mouvement ont dû être titanesques, en tout cas, pour en revenir à Senua, et c’est aussi valable pour chaque personnage au final. La couche sonore, avec aujourd’hui du Dolby Atmos pour les personnes équipées, va encore plus loin que le premier Hellblade, qui était déjà une pépite en son genre. Pour enfoncer le clou de l’immersion, n’oublions pas non plus de mentionner l’interface épurée à l’extrême, qui ne pollue pas l’écran avec des détails qui pourraient nous sortir de notre voyage. Bref, Ninja Theory démontre une nouvelle fois l’étendue de son savoir-faire, et nous, on se régale. Si le HDR est souvent pointé du doigts ces derniers temps sur des titres pour lesquels désactiver cette option permet de retrouver une image bien plus naturelle et belle, Hellblade II est l’un des titres utilisant au mieux ce contraste étendue avec de nombreuses scènes dans la pénombre et l’obscurité quasi totale, nécessitant des noirs profonds notamment pour produire l’effet attendue durant la séquence …

L’ambiance de cette nouvelle région, qui n’est autre que l’Islande surement, est excellente. On alterne entre des paysages lunaires et désolés, des côtes escarpées verdoyantes, un cratère de volcan et une crique dont l’eau est d’un bleu presque turquoise, le tout dans une atmosphère glaciale, avec toujours cette impression d’être seul face à ces immensités. Et que dire de la découverte de ce complexe souterrain dont l’accès est apparu après qu’un lac se soit vidé ? Ce hameau de nuit où résonnent des chants tribaux entrecoupés de cris de victimes se faisant démembrer pour faire un sacrifice à un géant afin d’obtenir la paix ? Hellblade 2 passe d’un extrême à l’autre : d’une plénitude où Senua pourrait clairement penser être la seule vivante à des kilomètres à la ronde, à une situation où elle se retrouve entourée d’autochtones barbares, sanglants et bien réels, en pleine nuit, à la lumière d’un simple feu. Et ce changement radical de décor provoque toute une palette d’émotions.
Un voyage qui ne laisse pas indifférent
On sait que Senua est là pour un but bien précis, loin du simple tourisme, et pourtant, on contemple ce que la nature nous offre, on profite de la vue, dans ce moment d’accalmie. On sait que cela ne va pas durer, entre la folie qui touche notre héroïne et les dangers qui rodent, réels, via les différentes tribus qui vivent dans la région, loin d’être toutes accueillantes, mais aussi ces géants que l’on pense visibles uniquement par Senua, et dont le doute vient rapidement nous envahir. Hallucinations collectives ? Images encore une fois de phénomènes inexplicables autrefois, comme tout ce qui est sismique ou volcanique ? Illustration imagée d’une ancienne croyance ? Ninja Theory joue avec nous et nous laisse dans le brouillard, libres d’interpréter ce que nous voyons avant le dénouement de ce périple basé sur la vengeance. D’ailleurs, le regard de Senua change et elle doute parfois, toujours accentué par la dualité de ce que lui disent les furies dans sa tête. Et que dire que cette nature, séduisante et effrayante à la fois ? Cela me rappelle l’exil de Floki dans la série Viking, voir même le film The Northman qui avait aussi cette dualité nous fascinant avec des points de vue à couper le souffle mais cette tension palpable face à la violence de ces guerriers intrépides prêts à tout pour avoir ce qu’ils veulent.
Le gameplay, à proprement parler, reste la « faiblesse » de l’offre, avec toujours ce mélange d’exploration dans des environnements linéaires, quelques énigmes/puzzles assez classiques et simples à résoudre, et des combats qui nécessitent un peu d’analyse des schémas et du timing. Ce n’est pas la simplicité de l’offre qui me gène le plus, mais la redondance de l’offre surtout. Un gameplay simpliste n’est pas un mal en soit, mais refaire la même boucle sur un autre décor, sans cesse l’est déjà un peu plus. Le tout manque de liberté : c’est très dirigiste, on ne peut passer que là où c’est prévu, on ne revient jamais sur ses pas et on ne sort son arme que lorsque Ninja Theory l’a prévu. Il y a bien quelques passages annexes, non loin du chemin principal, avec l’un ou l’autre élément à collecter pour débloquer du lore, par exemple, mais dans les grandes lignes, l’itinéraire est totalement balisé et il est impossible de sortir des rails. Comme déjà dit, sur le papier, c’est très léger, mais l’habillage, l’histoire, les images, les sons, tout cela génère un voyage qui reste prenant, solide et atypique. En revanche, même si l’ensemble des mécaniques reste assez basique, Hellblade ne nous prend jamais par la main et laisse le joueur se débrouiller, analyser et comprendre ce que le jeu attend de lu : des puzzles pas difficile, mais nécessitant quand même un peu de réflexion.
Senua V25 build Pro
Dernier saut dans le temps : août 2025, avec l’arrivée de cette version Enhanced (disponible gratuitement pour quiconque possède Hellblade 2), mais également du jeu sur PlayStation 5, version que nous testons aujourd’hui. Mais que contient cette version, concrètement ? On commence par plus de quatre heures de commentaires audio des développeurs qui expliquent certains choix et techniques du jeu, s’ajoutant à une vidéo récapitulative bonus expliquant ce qu’est Hellblade et donnant des informations sur la vie de Senua pour appréhender convenablement Hellblade II. Le mode Dark Rot fait également son grand retour. Si la difficulté d’Hellblade II n’est pas insurmontable, le joueur n’est jamais à l’abri d’une erreur. Hellblade II n’est pas punitif de base, mais dans le mode Dark Rot, la difficulté adaptive est moins permissive et, surtout, chaque échec affecte le mental de Senua. Au bout d’un moment, c’en est fini…

Le mode photo a également été amélioré et enrichi pour permettre aux photographes virtuels de s’en donner à cœur joie. Dernier ajout et non des moindres : le mode performance tant attendu fait enfin son arrivée, avec un taux de rafraîchissement de 60 images par seconde plus que bienvenu. Jusqu’à présent, les versions consoles n’offraient qu’un seul mode qualité, bloqué à 30 fps. C’est désormais de l’histoire ancienne, car le joueur a maintenant le choix. L’arrivée du 60 fps est même déroutante, notamment dans les combats, où la violence atteint un paroxysme, rendant l’ensemble encore plus sanglant et nerveux qu’auparavant. Côté qualité visuelle, la différence se fait surtout sur les effets de lumière, d’ombre et de reflet, et est très peu visible (pour ne pas dire invisible) sur la qualité du rendu des environnements ou des personnages . Le PC (pas testé sur cette version Enhanced) aura droit à un nouveau preset, le plus haut côté qualité. J’ai hâte de tester tout cela !
Enfin, la PS5 Pro offre le choix entre deux technologies d’upscaling : le TSR ou la technologie maison, le PSSR. Autant le dire tout de suite, le choix est plus une question de goût tant chacun a des « forces » mais aussi faiblesses ». Au premier plan, je pense qu’il faut vraiment aller chercher la petite bête avec des zooms pour voir la différence. C’est avant tout sur le second / arrière plan, et la végétation par exemple, qu’on aperçoit quelques différentes. Avec le TSR, les petits détails type herbe, branchages, semblaient un peu plus net mais avec parfois un peu plus de bruit alors que le PSSR génère plutôt l’inverse avec moins de bruit globalement mais les contours des massifs floraux par exemple légèrement plus flou. Dans les deux cas, il y a du bien et du moins bien et la différence reste souvent anecdotique en plein jeu durant l’action. La manette Dualsense bénéficie d’une prise en compte remarquable, notamment grâce à des retours haptiques qui permettent de ressentir les tremblements de terre, les éruptions, ou qui nous alertent lorsqu’il faut faire un focus sur quelque chose et qu’on s’en approche. Les gâchettes adaptatives entrent également en jeu à ces moments-là. Bref, Ninja Theory joue pleinement le jeu de la Playstation 5, et c’est très appréciable surtout au regard de l’appartenance du jeu et du studio à la concurrence, qui pourrait laisser penser qu’ils ne vont pas jusqu’au bout des choses alors que clairement si.













Prenez Hellblade ou Death Stranding et vous obtiendrez des bilans assez similaires : des jeux assez clivants, mais qui procurent une expérience hors du commun si l’on adhère à la proposition. Je vais être honnête, j’ai dû m’y reprendre à plusieurs reprises pour ne passer que le « prologue » de ce Hellblade II l’an dernier, ne me sentant pas embarqué immédiatement (et surtout : le temps manque aussi, soyons francs), mais dès que l’œuvre de Ninja Theory vous tient, il devient très compliqué de lâcher la manette. Il suffit de se lancer pour être pris dans l’aventure, et les quelques heures nécessaires pour en voir le bout se font engloutir d’une traite. La technique est impressionnante, l’immersion est totale et l’histoire est captivante. C’est glaçant, bouleversant, cela prend aux tripes, et on en ressort tout aussi retourné que Senua. Mais le voyage vaut le détour, et cette version Enhanced est l’occasion rêvée de découvrir l’expérience, si ce n’est pas déjà fait.Pour ma part, je ne pensais pas refaire un run complet pour ce test PS5 et pourtant, me voilà plusieurs heures plus tard, à nouveau devant les crédits …