7 décembre 2025

Test Vivid World : un auto-battler dans les ténèbres

Vivid World revisite à sa manière le roguelike façon auto-battler avec une approche mêlant fusion, synergies profondes, donjons procéduraux et direction artistique éclatante. Un titre indé qui transforme chaque run en exploration tactique au cœur d’un Underworld vibrant.

Lorsqu’on lance Vivid World, le visuel surprend d’emblée. Dans cet univers souterrain gouverné par des démons, les héros ne sont pas des guerriers classiques mais des gemmes vivantes, cristaux animés portant chacun une identité, une mémoire, une histoire. Ce concept étrange impose immédiatement un ton singulier : derrière l’apparente douceur de cette DA se cache une aventure stratégique bien plus exigeante qu’elle n’y paraît. L’Underworld devient un terrain de jeu où chaque joyau recruté, fusionné ou équipé reflète une philosophie tactique.

Le cœur du système repose sur la construction d’équipe. Chaque joyau trouvé ou acheté s’insère dans une mécanique de fusion intuitive qui permet, en combinant plusieurs exemplaires d’une même pierre, de créer une version nettement plus puissante. Ces évolutions débloquent de nouvelles synergies, ouvrent des possibilités inédites et amplifient le sentiment de montée en puissance. À cela s’ajoutent les orbes, des artefacts qui modifient profondément les capacités de chaque gemme. Cette double couche (fusion et équipement) offre une latitude étonnante pour personnaliser une formation, expérimenter des compositions audacieuses ou s’appuyer sur des archétypes plus sûrs. Les combats se déroulent automatiquement, mais le joueur n’est jamais relégué au rang de simple spectateur. Les Gems, sortes de sorts ou d’effets activables, permettent d’influencer la bataille au moment opportun. Une intervention bien placée peut renverser une joute, stabiliser une équipe en difficulté ou amplifier un enchaînement déjà favorable. Ce mélange de passivité et de décisions ponctuelles crée un équilibre agréable où la réflexion précède chaque affrontement, et où les gestes tactiques rythment l’action. Au joueur de choisir quand déclencher chaque gemme, sachant que certaines nécessités plusieurs tours pour se recharger.

La gestion des ressources insuffle une tension constante. Chaque décision (acheter, fusionner, conserver, diversifier) s’inscrit dans une vision à moyen terme qui peut déterminer la survie dans les étages plus profonds. Avancer trop vite devient dangereux, avancer trop lentement gaspille des opportunités précieuses, à nous de trouver le bon tempo. Vivid World parvient ainsi à créer une forme de suspense permanent : un choix mal évalué peut condamner un run entier, tandis qu’une combinaison astucieuse de gemmes et d’orbes peut transformer une équipe banale en véritable machine de guerre. Les donjons générés procéduralement entretiennent ce sentiment d’incertitude. Aucune expédition ne ressemble tout à fait à la précédente : un nouvel ennemi, un trésor inattendu, une salle piégée modifient la dynamique et invitent à réajuster la stratégie. Ce renouvellement constant nourrit l’envie d’enchaîner les runs, d’aller vérifier si la prochaine fusion disponible ou la prochaine synergie débloquée saura améliorer l’équipe. Même l’échec conserve une valeur constructive, car chaque tentative offre une nouvelle lecture du jeu et de nouveaux axes d’expérimentation, comme tout bon rogue.

Visuellement, Vivid World s’appuie sur une DA ultra solide qui me rappelle par moment les Vanillaware et simili. Les personnages-gemmes captent immédiatement l’attention par leur aspect mignon, leurs couleurs vives, leurs animations scintillantes. Ce contraste entre douceur visuelle et univers étrange crée un équilibre qui donne du relief à l’ensemble. Les interfaces, sobres et lisibles, facilitent la navigation entre les boutiques, les inventaires, les écrans de fusion. Rien n’est envahissant, tout reste accessible sans sacrifier la richesse des mécaniques disponibles. L’ambiance sonore accompagne parfaitement ce cadre. Les mélodies s’adaptent au rythme des runs, alternant entre des thèmes calmes pour la préparation et des morceaux plus vifs pendant les affrontements. Les sons produits par les attaques, les fusions ou les activations d’orbes participent à cette sensation de gemmes vivantes qui s’entrechoquent, scintillent et se transforment au fil du combat.

Une trame narrative discrète se glisse sous la surface. Par petites touches (descriptions, dialogues, indices disséminés), le jeu esquisse un monde où chaque gemme semble porter une mémoire, une origine, un fragment de passé. Ce sous-texte donne une raison supplémentaire de s’investir dans la progression, comme si chaque joyau révélait un fragment d’histoire au fil de son évolution. Quelques aspérités demeurent. La part de hasard inhérente au genre peut, par moments, contrarier les meilleures intentions. Une synergie difficile à finaliser, un joyau essentiel qui ne tombe pas, un orbe manquant au moment crucial : ces situations appartiennent à la logique du roguelike mais peuvent frustrer les joueurs non habitués. De même, le côté auto-battler limite forcément l’implication de ceux qui aiment contrôler chaque unité avec précision. Le jeu mise avant tout sur la préparation, l’anticipation et les ajustements ponctuels plutôt que sur une micro-gestion permanente. La rejouabilité constitue l’une des plus grandes forces du titre. Chaque run explore une nouvelle facette des systèmes de fusion, chaque combinaison d’orbes ouvre des expérimentations inédites, chaque donjon renouvelle le tempo. Le design encourage l’expérimentation, offre une progression gratifiante même dans l’échec et valorise la créativité tactique.

Vivid World s’impose comme un auto-battler roguelike extrêmement solide, propulsé par une direction artistique lumineuse et un système de progression aussi riche qu’accessible. Ses mécaniques de fusion, de synergies et d’orbes tissent une profondeur réelle sans jamais étouffer les nouveaux venus, tandis que son esthétique lui confère une identité marquée. Quelques frustrations liées au hasard subsistent, mais l’ensemble reste cohérent, addictif, et soigneusement pensé. Vivid World s’affirme comme une pépite indé rare, capable de mêler tactique, poésie visuelle et intensité roguelike avec une aisance surprenante, dans laquelle on aime revenir régulièrement pour un donjon, deux, ou plus.

Laisser un commentaire