Capcom propose depuis quelques jours le tout dernier Resident Evil, nommé Requiem : le tout premier exclusivement current gen, avec une expérience s’inscrivant à la fois dans le processus de modernité initié avec le 7e opus, mais aussi en puisant dans ses racines pour remettre l’horreur et cette tension permanente au centre du village (ce jeu de mot, vous avez remarqué). La réalisation technique s’envole comme jamais alors que le rythme et la progression tabassent manette en main. Capcom tape fort et nous met une nouvelle fois plein la vue.
Après l’expérimentation sur les derniers opus canoniques et le retour en force de la formule classique remise en avant par les remakes, Resident Evil a trouvé sa voie, équilibrée, avec Requiem qui fait la part belle aux deux visions, aux deux optiques, pour nous délivrer une production soignée, rythmée, qui ne dénature pas ses origines et nous rappelle nos premiers pas sur RE, sans pour autant refuser de se tourner vers le futur et regarder droit devant. RE Requiem sait laisser l’action parler quand il le faut, sans pour autant atténuer l’idée que les zombies sont là, qu’ils sont dangereux et que nos héros restent fragiles malgré tout.
Au début de l’aventure, on incarne Grace, une jeune agente / analyste du FBI qui est envoyée enquêter sur le terrain dans un hôtel ayant connu des évènements sombres. Seul petit hic : c’est dans ce même lieu qu’elle a vu sa mère se faire sauvagement assassiner quelques années avant sous ses yeux. Forcément, la destination ravive de mauvais souvenirs, d’autant que la jeune femme semble sensible, fragile, et perd vite ses moyens quand elle est soumise au stress et à la tension. Son arrivée sur place ne se passe pas comme prévu, retrouvant des photos d’elle sur place, en quantité. Elle est traquée et c’est sur le professeur Victor Gideon qu’elle tombe avant que celui-ci ne la kidnappe.
Le retour d’une icône
Leon Kennedy, figure légendaire de la licence, est non loin suite à la disparition d’agents, dont tout semble lié à Gideon, et lors de sa patrouille il aperçoit au loin Victor avec Grace, inconsciente, dans ses bras. Il se lance alors à la poursuite du professeur, un ancien d’Umbrella et tout démarre e, trombe. Sans en dire bien plus, pour éviter tout spoil, toute la narration alterne autour de ce binôme Grace / Léon, dont la première semble liée à un projet secret et serait la clé de quelque chose aux yeux de Gideon alors que Leon est toujours attaché de près ou de loin (mais surtout de près) à Umbrella et ce, depuis des décennies. Durant plus d’une dizaine d’heures, Requiem nous plonge une nouvelle fois dans une histoire prenante, intéressante, avec une trame bien amenée, quelques rebondissements et surprises, pour un résultat global convaincant.
Plusieurs fois déjà, j’ai mentionné une formule renouvelée entre action et racines de Resident Evil avec horreur, épouvante et survie même, et notre binôme illustre parfaitement cette idée. Grace est une femme traumatisée, profondément marquée par des évènements durs et cela se traduit par une certaine fragilité. Elle incarne ce qui penche vers les racines de la licence pour imager un peu les choses, avec un avatar pas forcément prêt à affronter ce qui l’attend, démuni, mais qui se doit d’avancer pour sa propre survie. Des choses horribles l’attendent, qu’elle ne connait pas, mais elle doit y faire face et se confronter à la réalité. On retrouve, sur ces pans de gameplay, un vrai retour aux sources avec des personnages qui luttent pour leur propre vie en plus de devoir mettre en lumière des évènements importants.
En face, Léon incarne plus le côté brutal, le personnage armé prêt à en découdre et qui, même s’il n’est pas un surhomme, est préparé à cela. Il sait où il est, il sait ce qu’il va voir (on se comprend) et ce qu’il va affronter. Ce n’est plus une surprise pour lui. Et toute la progression se base sur cette dualité, nous offrant parfois même un même moment sous deux angles différents, deux perceptions. C’est cette alternance qui gère le tempo, la dynamique, de la formule 2026. Les deux avatars évoluent dans des situations parfois distinctes, éloignées, tout en se croisant à plusieurs moments. Capcom délivre un gameplay alternant alors tension, peur, exploration, enquête, énigmes quand d’autres versent dans l’action et le nettoyage de zones de morts-vivants à coup de gunfights nerveux, voire plus (mais là aussi, surprise). Peu à peu, le titre dévoile les raisons expliquant que Grace et Léon se retrouvent finalement au même endroit, bien plus que « il kidnappe une jeune femme, je la libère ».

Comme à la maison
Manette en main, une sensation familière s’installe rapidement, Resident Evil Requiem conservant une certaine fidélité historique à certaines mécaniques comme les passages bloqués tant qu’on n’a pas trouvé un objet spécifique, des énigmes et puzzles à la pelle, les fameux médaillons à collectionner pour ouvrir une porte majeure, les pannes électriques nous poussant à trouver comment réactiver le courant pour avancer et j’en passe. On retrouve cette structure classique, mais efficace. Les vétérans de RE sont en terrain connu mais cela fonctionne toujours (puis, c’est un peu la marque de fabrique aussi). Cette progression bien cadrée, méthodique, mais avec énormément de secrets annexes à découvrir procure toujours ce même plaisir, cette satisfaction d’avoir enfin ouvert ce passage bloqué depuis des heures, offrant un objet rare, des ressources importantes, ou offrant juste un raccourci si utile pour revisiter une zone explorée bien plus tôt. C’est un véritable savoir-faire que Capcom illustre une nouvelle fois.
L’alternance entre les deux personnages, déjà évoquée maintes fois, est vraiment au cœur du gameplay. C’est ce qui cadence l’expérience, apporte la vie et la variété nécessaire, évite de tomber dans la répétition, offre une nouvelle vision sur un lieu (Leon a des accès que Grace n’a pas par exemple), et surtout revisiter une zone déjà vue sous un autre angle n’a souvent que le cadre de commun : de nouvelles menaces et dangers modifient l’ambiance d’un personnage à l’autre. Et même si Requiem verse par moment dans l’action, cela reste un Resident Evil, imposant une gestion des ressources assez tendues, dans un inventaire souvent restreint imposant de bien jauger ce qu’on conserve sur nous, ce qu’on dépose dans les coffres et ce qu’on laisse sur place… les kits de soin ne sont pas infinis, les munitions non plus, les armes de corps à corps cassent vite. Le combat n’est pas toujours la meilleure alternative : passer discrètement, sans faire de bruit, rester dans l’ombre pour passer inaperçu est souvent une bonne approche et quand tout part en vrille, parfois la fuite nous sauve (ou jouer avec les lumières ? je dis ça, je ne dis rien).

A la carte
Le niveau de difficulté choisi impacte fortement le ressenti, l’exigence, et la « tension » sur la gestion de ces ressources ou des combats. Trois modes sont proposés. Moderne constitue l’expérience standard, avec un certain équilibre sur la difficulté et l’exigence : les ressources sont assez limitées, les ennemis agressifs mais l’ensemble reste fluide. Classique s’adresse aux joueurs voulant du challenge et retrouver l’ambiance des premiers RE avec les fameux rouleaux encreurs par exemple pour sauvegarder (et bien moins de sauvegardes automatiques). Le moindre faux pas peut coûter cher… Le dernier mode se montre plus permissif et, sans devenir simple à l’extrême, permet de profiter plus sereinement de l’histoire. Idéal pour ceux voulant découvrir l’univers Resident Evil sans contrainte.
Une nouvelle mécanique est intéressante dans le fait de pouvoir porter un compagnon pour diverses raisons. À ce moment-là, notre héros devient encore plus vulnérable car ses déplacements sont plus lents, sans possibilité de s’accroupir par exemple pour faire moins de bruit, mais surtout sans pouvoir utiliser son arme… et bien entendu, Capcom nous place toujours dans des situations où, même si on a tout nettoyé en amont, on se retrouve dans un passage exigu, confiné, avec des ennemis non loin. On est fragile, sans défense, et le stress est alors poussé à fond surtout qu’il n’est pas toujours possible de lâcher la personne portée à l’arrache… on a connu l’escorte par le passé mais c’est encore plus poussé là niveau stress ressenti je trouve.

Le bestiaire est de bonne facture avec des monstres présentant pour chaque type des forces et faiblesses propres, arborant chacun un comportement différent (plus agressif ? plus vif ? plus lent mais brutal, etc.) obligeant à constamment s’adapter pour réagir du mieux qu’on le peut. L’ambiance générale qui se dégage de Requiem alterne entre tension palpable, peur et atmosphère pesante. La bande-son accompagne d’ailleurs à la perfection ce ressenti avec des bruits de fond, des cris de monstres, une porte qui grince, etc., ou à l’inverse des silences lourds et malaisants, qui poussent l’immersion.
Flatter la rétine
La partie DA et technique enfonce le clou de cette ambiance XXL. Chaque lieu possède une identité visuelle marquée, qui contribue à bâtir cette atmosphère oppressante et l’aspect technique joue également un grand rôle notamment sur PS5 Pro. Le RE Engine fait un carton plein avec le choix d’un preset Qualité qui couple définition maximale, PSSR 2.0, 60 fps et ray tracing, alors que le preset Performance réduit légèrement la définition en troquant le ray tracing contre le mode 120 Hz et un framerate débridé. La modélisation des personnages, zombies, les animations, le rendu global, les particules de sang qui volent à chaque affrontement, tout comme les nombreux jeux de lumière et d’ombre sont de haute volée tout comme les reflets sur les sols brillants, au travers des vitres et du verre, etc. Resident Evil Requiem s’affiche comme le nouveau fleuron de la PS5 Pro à mes yeux avec un résultat impressionnant. On a de la chance aussi d’avoir accès à un doublage full FR (audio, ST), chose toujours appréciable et qui mérite d’être mentionnée (même si, en toute transparence, j’ai un peu de mal avec la prestation de Grace et ses nombreux petits bruits permanents).























Les heures s’enchainent et Resident Evil Requiem confirme une chose : Capcom maîtrise à la perfection sa formule et son subtil mélange entre héritage et modernité fonctionne à merveille. L’alternance entre les deux avatars, la qualité de plume, le gameplay, tout y est pour nous offrir un survival horror – action réussi. Requiem confirme la capacité de Resident Evil à ne jamais trahir son ADN tout en se renouvelant pour nous délivrer une production XXL aussi bien dans ce qu’on ressent manette en main que visuellement avec une technique optimale sur PS5 Pro, qui se positionne comme l’un des arguments phares de cette itération premium de la console de Sony. L’un des titres majeurs de ce début 2026 qui débute sur les chapeaux de roue, et aucun doute qu’il figure dans le top de fin d’année.