Sudden Strike 5 est disponible depuis quelques jours, afin de nous délivrer un tout nouveau RTS centré sur la Seconde Guerre mondiale avec une approche privilégiant la rigueur, la tactique, plutôt qu’une formule accessible. Le jeu ne cherche pas à faire des cadeaux, ni à être une porte d’entrée avec une expérience reposant sur des batailles où chaque mouvement ou action détermine notre avancée vers la victoire ou la défaite. Pour les connaisseurs de la licence, Sudden Strike 5 est une valeur sûre mais pour les nouveaux arrivants, les débuts sont rudes.
L’approche Sudden Strike repose sur une volonté claire : simuler la guerre, en profondeur, avec de réelles contraintes tactiques et stratégiques, et non d’être une porte d’entrée vers le RTS, ou une offre qui nous donne toutes les clés en main d’entrée. Dès les toutes premières missions, Sudden Strike 5 impose une lecture attentive de chaque situation, ne se résumant pas à déplacer nos unités d’un point A à un point B et tirer à vue, mais bien de comprendre comment chacune de nos unités peut interagir avec l’environnement, la cohésion entre elles, comment utiliser le décor à notre avantage, et prendre l’ascendant. La bonne utilisation du terrain nous donne l’avantage, un rush non réfléchi et précipité nous met dans une position délicate et cela se paie rapidement. Cette exigence transforme chaque scène en un exercice d’analyse, de planification et de mise en place minutieuse du plan dessiné.
Le nerf de la guerre
Si vous faites vos premiers pas dans la licence, cette rigueur peut surprendre et parfois même décourager si vous n’êtes pas du tout habitué au genre. Sudden Strike ne prend que très peu de temps pour donner quelques bases : le socle est présenté, mais sa maîtrise repose sur l’expérimentation, et sur le fait de tirer les leçons de nos erreurs. Les premières sessions reposent donc sur un apprentissage, dans la douleur parfois, obligeant par moment à recommencer des missions entières, afin de bien assimiler la philosophie globale du jeu, mais aussi l’identité (si l’on peut dire ainsi) de chaque unité.








La gestion de ces unités est d’ailleurs le cœur du gameplay. On ne déplace jamais son infanterie à la légère, à la merci de l’ennemi. On fait toujours attention à avoir une couverture. Les blindés nécessitent de la prudence, afin de les positionner dans un angle pouvant tirer sur leur cible, tout en bénéficiant d’une protection, alors que les unités de soutien jouent un rôle déterminant dans un assaut, une percée et la réussite de celle-ci. Chaque type d’unité a son rôle, ses forces, ses faiblesses, une situation dans laquelle il excelle mais aussi des moments où il est à risque. À nous de bien assimiler tout cela, et d’adapter notre stratégie à chaque nouvelle situation : par où avancer ? par où attaquer ? où sont les forces adverses et comment sont-elles composées ? Il y a énormément de facteurs de la sorte à prendre en compte, avec la nature et la topologie du terrain, car être en hauteur par exemple donne un avantage net.
Les combats se distinguent par leur densité extrême tout en réussissant à conserver une certaine lisibilité. Il n’est pas rare qu’une joute inclue plusieurs dizaines d’unités réparties sur une zone ample, nécessitant de gérer plusieurs fronts en même temps. Cette ampleur donne une sensation de bataille à grande échelle très satisfaisante et convaincante, avec une certaine pression en parallèle. Les lignes de front évoluent selon nos décisions, les erreurs ne se corrigent pas facilement, et une mauvaise anticipation peut entraîner la chute, comme un château de cartes, de tout notre plan. C’est clairement l’une des forces de Sudden Strike 5 même si, comme dit, les débuts peuvent être compliqués si vous débutez, mais le feeling généré ensuite, surtout en cas de succès, est grisant.
Toute les routes mènent à la victoire
La campagne offre une progression rythmée où l’on alterne objectifs défensifs et phases offensives, avec une bonne variété d’objectifs et des missions bien construites. Ceci amène à ne jamais ressentir de répétition trop marquée ou de sentiment de déjà-vu. On passe d’un passage sous forte pression devant tenir face à une vague adverse qui tente de forcer un point de passage à une incursion en pleine fortification ennemie, nécessitant finesse et stratégie, et j’en passe. Même si la structure peut paraître classique, l’enchaînement des objectifs et leur diversité réussissent à maintenir un certain intérêt sur la durée. La difficulté et le challenge, bien que déjà présents au départ, augmentent progressivement tout au long de la campagne, sans filet de sécurité, c’est un apprentissage sur la durée.
Si l’interface paraît sobre, claire et concise dans les moments calmes, sa lisibilité peut vite devenir problématique quand l’action explose, avec plusieurs niveaux d’informations à gérer et à assimiler, rendant parfois nos décisions complexes. Si, d’un point de vue, cela participe à l’immersion, en donnant l’impression d’être au front et de devoir faire face à la difficulté de la guerre, cela peut vite rendre frustrants les débuts d’un nouveau joueur. Sur l’aspect technique, Sudden Strike 5 se montre convaincant avec des modélisations réussies, des environnements détaillés, vivants, et des décors variés, travaillés. Si les animations sont parfois un peu rigides, l’ensemble reste de bonne facture.
Dès lors qu’on est à l’aise avec les mécaniques que propose Sudden Strike 5, qu’on a bien assimilé son niveau d’exigence, les forces et faiblesses de nos unités, le titre se révèle addictif et profond. Chaque mission, chaque assaut, chaque défense, procure son lot de sensations fortes, la réussite procure une satisfaction sans faille, et on ressort plus fort après un échec. Mais quand on débute dans le genre, dans la licence, les débuts peuvent être rudes, pas simples du tout. La gestion des ressources est vitale pour atteindre notre objectif, avec un juste équilibre entre prudence (mais ralentissant la progression, et donc le risque de prendre une contre-attaque) et précipitation (et subir des pertes élevées).
Dans l’ensemble, Sudden Strike 5 propose une expérience militaire authentique, cohérente, dense, bâtie autour d’une vision exigeante de la simulation tactique. Dès lors qu’on passe le mur d’exigence, il dévoile son plein potentiel, sa profondeur, et s’impose alors comme un RTS addictif, chronophage, avec une formule complète. La montée en puissance de la campagne est réussie, avec chaque victoire ayant un goût particulier. Sudden Strike ne fait aucun compromis sur l’investissement exigé pour en profiter, mais dès lors qu’on est en phase avec cette philosophie, c’est un vrai kiff.