Denshattack! c’est un peu une réincarnation de Jet Set Radio qui aurait matché avec un Tony Hawk pour finir par devenir un jeu frénétique, dynamique, addictif, basé sur le scoring : un train qui ride et enchaîne les tricks en misant sur les réflexes et la précision. C’est le genre de concept qu’on ne voit pas venir mais qui, pourtant, dépote manette en main. Plus qu’un jeu de vitesse, ou « juste » de tricks, Denshattack! propose un vrai concept, exigeant, mais diablement plaisant.
Difficile de ne pas lâcher un sourire quand on découvre le concept, et de ne pas y voir une sorte de clin d’œil à Jet Set Radio lorsque le titre prend vie à l’écran. Voir un train enchaîner les figures comme un rider, à vitesse grand V sur un rail, taper des drifts, des jumps, et ainsi de suite, forcément, ça intrigue, mais on se demande surtout si le concept peut tenir la route sur la durée. La réponse est oui, d’autant que Denshattack! se montre bien plus profond qu’il n’y paraît, avec une formule qui semble aisée à prendre en main mais qui nécessite clairement de la pratique pour espérer un jour la maîtriser.
Denshattack! adopte une approche très arcade, où chaque mission demande de rejoindre l’arrivée, de terminer le niveau, tout en remplissant pléthore d’objectifs afin de taper le score maximal. Arriver à la ligne d’arrivée est certes la finalité, mais en route, Denshattack! attend bien plus de nous en réalisant différents sous-objectifs, en enchaînant les tricks et ainsi de suite. On peut très bien finir le jeu d’une seule traite, en se contentant de ce « si peu », mais ce serait passer à côté de tout ce que Denshattack! a à nous offrir ! Cette recherche permanente de LA performance devient le moteur du jeu et de la progression. Il y a bien une couche narrative, sur base de gangs à battre, avant de s’allier pour affronter un méchant, mais cela reste assez léger bien que cela accompagne bien l’expérience.
A toute vitesse sur mon rail
Les commandes sont simples à prendre en main : une touche pour lancer la vitesse au maximum, une pour freiner, on change de rail ou on prend une bifurcation avec le joystick tout simplement, alors qu’une autre touche sert à initier les drifts dans les virages. Une autre permet le saut, et les différents tricks se réalisent dans les airs avec le joystick, à la manière d’un Tony Hawk, avec des quarts de cercle, des demi-cercles, des successions de directions, etc. Si le tout premier tracé nous laisse prendre en main l’ensemble, comme une sorte de tutoriel, très vite Denshattack! nous demande d’avoir l’œil partout : freiner quand il faut pour éviter une collision, changer de voie pour éviter un obstacle ou une fin de voie, choisir quelle direction prendre à une intersection, savoir quand sauter ou simplement se limiter au tremplin. À cela s’ajoutent les différents objectifs comme effectuer un trick au-dessus d’un lieu précis, casser plusieurs éléments du décor, etc.













On pourrait croire que Denshattack! demande de la vitesse et uniquement cela, mais il y a bien toute une notion de gestion de la vitesse, du positionnement, etc., à prendre en compte pour aller certes le plus vite possible mais surtout arriver entier, ce qui reste la priorité. L’analyse en temps réel de la situation et la capacité à prendre les bonnes décisions sont les éléments les plus importants. Denshattack! nécessite de l’anticipation et de la précision pour aller vite et loin.
Il y a une réelle exigence dans la structure des niveaux, qui arrivent toujours à nous surprendre. On est constamment sollicité par des détails ci et là, rendant parfois nos premiers essais complexes, mais en enchaînant les runs, en rejouant les mêmes portions, certains réflexes deviennent des automatismes. Notre cerveau peut alors décrocher de ces mouvements de base pour se concentrer sur des séquences plus complexes : enchaîner plusieurs changements de rails très rapidement, un coup de frein, un dash dans la foulée, un saut et deux changements de voies en quelques secondes, avec même au passage l’un ou l’autre trick. Une succession qui semblait difficile à exécuter lorsque l’on découvre une nouvelle carte devient plus aisée après quelques essais et, doucement mais sûrement, nos scores augmentent également. La courbe d’apprentissage peut parfois sembler rêche mais, en réalité, elle ne l’est pas tant que cela : il faut simplement de la pratique et les automatismes arrivent ensuite d’eux-mêmes.
Prend la rampe et saute
Le système de tricks est lui aussi l’un des piliers du gameplay et de cet aspect scoring dont il est l’une des principales sources. Là où la mécanique se différencie, c’est avec une idée importante : sortir les mêmes tricks en boucle impose une sorte de pénalité où chaque nouvelle occurrence rapporte de moins en moins. Cette fonctionnalité empêche de tomber dans la facilité d’enchaîner un même trick destructeur pour espérer scorer, poussant le joueur à réussir à varier régulièrement ses figures, à chercher constamment de nouvelles possibilités et à faire preuve d’originalité.
Denshattack! ne se contente pas de nous pousser à jouer mécaniquement la même séquence jusqu’à réussir le run parfait et scorer au maximum. Il demande au contraire de réfléchir différemment, d’analyser et d’agir en conséquence pour aller vite, mais surtout de le faire correctement et de sortir régulièrement de nouvelles figures, d’inventer de nouveaux combos, etc. Le scoring récompense donc autant la créativité que les réflexes et la précision d’exécution. Les objectifs secondaires suivent une logique similaire, avec chaque niveau qui en propose de nouveaux, souvent originaux. C’est d’ailleurs l’une des forces de Denshattack! : réussir à apporter de la fraîcheur en continu, ne jamais donner l’impression de faire la même chose en boucle, tout en laissant une certaine liberté pour atteindre les objectifs.
Visuellement, le vieux gamer que je suis ressent forcément un feeling nostalgique, me rappelant Jet Set Radio et d’autres titres d’arcade japonais des années 2000 avec une identité forte, un rendu XXL et surtout une bande-son punchy et entraînante. On éteint les lumières, on pousse le son, et on se retrouve l’espace d’un instant dans une autre dimension, une autre approche du gaming, un genre qui ne court plus vraiment les rues aujourd’hui. Même si certaines séquences semblent chargées, peut-être à cause de la nervosité du jeu, l’ensemble reste très plaisant, aussi bien pour le plaisir des yeux que des oreilles.
Denshattack! surprend avec une formule étonnante sur le papier, et diablement bien retranscrite manette en main. C’est certes exigeant, parfois un peu déboussolant à prendre en main tant il y a de choses à gérer, mais avec les essais qui s’accumulent, la maîtrise vient doucement mais sûrement. Le gameplay est XXL, addictif, et on se prend rapidement au jeu du scoring. Les changements de rails s’enchaînent, les drifts se succèdent, les tricks prennent forme les uns derrière les autres, le tout avec une maîtrise et une précision de chaque instant, porté par une direction artistique et une OST solides. Son concept novateur fait mouche, le plaisir est immédiat, la satisfaction de réussir une séquence ardue est bien présente. Difficile alors de lâcher la manette tant cette expérience se montre solide. Un bon titre arcade, fun, axé scoring, comme on n’en fait plus vraiment beaucoup aujourd’hui.