Avec The Fame Game II: L.A. Heartbreaker, le FMV de drague asiatique s’invite à Los Angeles, autour d’un jeune étudiant qui se fait passer pour un riche héritier. Cinq femmes, des choix sentimentaux et plusieurs fins rythment une aventure qui connaît bien les habitudes du genre. Sans bouleverser la formule ni toujours exploiter pleinement son idée de départ, le titre reste une comédie romantique interactive sympathique, suffisamment variée pour nous occuper un bon après-midi, voire davantage.
Le FMV, un genre à mi-chemin entre le cinéma, l’expérience cinématographique interactive et le jeu vidéo, trouve depuis quelques années un terrain particulièrement favorable du côté des productions asiatiques axées sur la romance et la drague. Le principe est souvent identique : un protagoniste, plusieurs prétendantes, des échanges et des histoires qui prennent des directions différentes selon nos réponses. Après Island of Hearts ou Ladies, Don’t Tempt My Immortality, que j’ai testés récemment, The Fame Game II s’inscrit pleinement dans cette catégorie. Cette suite du premier opus raconte cependant une histoire totalement indépendante, avec un nouveau héros et de nouvelles rencontres. Aucune connaissance du premier jeu n’est donc nécessaire.
He Shuan n’a rien du milliardaire que tout le monde imagine. C’est même tout l’inverse. Cet étudiant chinois installé aux États-Unis dispose de moyens très modestes, mais un malentendu le fait passer pour un héritier très fortuné. Plutôt que de rétablir la vérité, il accepte de jouer le jeu et découvre une vie de luxe, avec ses propriétés immenses, ses habitudes et ses fréquentations mondaines. Mais le problème est simple : cette identité ne lui appartient pas et chaque nouvelle rencontre risque de compliquer davantage cette vie fictive. Le scénario utilise alors cette imposture comme point de départ à une succession de situations sentimentales légères, parfois même improbables. L’écriture ne cherche pas particulièrement la subtilité : les coïncidences s’accumulent, certaines réactions paraissent parfois excessives, tandis que plusieurs dialogues empruntent régulièrement les chemins attendus de la comédie romantique. Pourtant, ce côté totalement décomplexé fonctionne bien lorsque les échanges jouent pleinement la carte de l’humour. Le jeu gagne alors en spontanéité, même si on aurait apprécié que la peur d’être démasqué pèse davantage sur les événements.
Le casting constitue naturellement le cœur de l’aventure. Ayaka, une héritière liée au milieu criminel, introduit une relation où séduction et danger se mêlent. Mia, l’assistante qui connaît la véritable situation du héros, occupe une position particulière puisqu’elle participe à la préservation du secret et du canular. Camille affiche un tempérament plus entreprenant, alors que Claudia joue davantage sur la proximité et la protection. Enfin, Li Sisi, ancienne petite amie de notre héros He Shuan, apporte un lien avec son passé. Ces cinq profils permettent de varier les ambiances, même si plusieurs personnages restent assez proches des archétypes habituels du genre.
Le déroulement privilégie les rencontres, les discussions et les petits conflits relationnels plutôt qu’une grande intrigue à rebondissements, ce qui reste typique du genre. Certaines scènes apportent même un peu de profondeur aux personnages, alors que d’autres servent simplement à installer une situation amusante, voire embarrassante. Cette alternance rend l’ensemble facile à suivre, mais les relations n’évoluent pas toujours avec la même finesse. Un rapprochement peut nous sembler naturel, puis une réaction trop appuyée ou une transition rapide rappelle le caractère très balisé de certains cheminements. La légèreté reste assumée, sans empêcher quelques passages plus tendres de trouver leur place dans l’aventure.
Côté gameplay, nous sommes dans ce qu’on pourrait qualifier de FMV des plus classiques. Les séquences filmées défilent et, à intervalles réguliers, le jeu nous demande de sélectionner une réponse ou une action. Comme toujours, selon la décision prise, la vidéo suivante change et les affinités avec les différentes femmes évoluent. Il ne s’agit pas de déplacer librement notre personnage ni d’explorer Los Angeles : notre intervention consiste essentiellement à orienter le comportement de Yi Xuan. Une formule limitée sur le papier, mais clairement adaptée à ce type de récit où les dialogues occupent presque toute la place.
L’interface accompagne correctement la progression. Le suivi des affinités aide à comprendre l’effet de certaines décisions, tandis que la structure en six chapitres permet de mesurer ce qu’il reste à découvrir. Les embranchements nous encouragent à privilégier une prétendante lors d’un premier passage, puis à revenir sur certaines décisions pour explorer une autre relation ou une autre évolution. Il faut néanmoins distinguer les variations qui changent réellement une situation de celles qui conduisent assez vite à un événement commun. Le jeu donne régulièrement le sentiment de peser sur les rapports entre les personnages, sans proposer un effet papillon aussi poussé que certains des FMV les plus ambitieux qu’on a pu voir.






La rejouabilité repose donc principalement sur les cinq romances, leurs conclusions et surtout les séquences alternatives. Un premier run occupe quelques heures, tandis que l’exploration des autres chemins prolonge naturellement l’expérience. Le suivi de la progression constitue ici un avantage appréciable puisqu’il évite d’avancer totalement à l’aveugle lorsqu’on cherche une scène manquante. En revanche, toutes les variations ne justifient pas nécessairement de revoir certaines longues conversations, et quelques conclusions auraient gagné à prendre davantage de temps pour donner un véritable aboutissement aux relations que l’on a construites.
Sur le plan visuel, le tournage à Los Angeles apporte une identité agréable. Les résidences luxueuses, les extérieurs californiens et les différents lieux de rencontre installent rapidement le décor. La qualité de captation est satisfaisante et le montage assure l’essentiel, même si certains raccords entre les scènes manquent parfois de naturel. Le jeu d’acteur suit la même logique : certaines interprétations fonctionnent dans le registre léger choisi, mais quelques réactions forcées rappellent les habitudes du FMV romantique asiatique. Cela ne rend pas les personnages désagréables, simplement parfois moins crédibles lors de passages qui demandent davantage d’émotion. L’aventure alterne entre anglais et mandarin dans ses dialogues, ce qui correspond au cadre international du récit. L’absence de sous-titres français constitue toutefois une limite notable pour un titre où la compréhension des échanges détermine forcément nos futures décisions. Les textes anglais restent indispensables pour suivre les nuances des relations et éviter de choisir une réponse dont on aurait mal compris l’intention.
The Fame Game II: L.A. Heartbreaker ne réinvente pas le FMV romantique asiatique, et cela se ressent autant dans son écriture que dans ses mécaniques. Son casting varié, ses situations parfois amusantes, mais surtout ses différents parcours permettent néanmoins de passer un agréable moment. Quelques facilités scénaristiques et des interprétations inégales empêchent l’aventure de rejoindre les références du genre, mais à défaut d’être incontournable, le jeu remplit correctement son rôle de comédie interactive légère, idéale pour nous occuper un après-midi ou deux et éventuellement prolonger le plaisir en entamant une autre romance.