Après un premier opus sorti en 2010 tel un ovni (et un remake en 2020, Replicant), Platinum Games nous propose 7 ans plus tard la suite directe de Nier qui a tout d’un grand sur le papier : un studio ayant accouché d’un des plus gros Beat Them All pour beaucoup (voir le plus gros : Bayonetta) au commande de cet BTA / A-RPG, une équipe composée de cadors issue de la série originale, et venant de Dragon Quest ou autre Final Fantasy, un charadesign soigné et une bande son de folie le tout accompagné d’une histoire et background de malade. Nier Automata, cette œuvre de folie, revient à présent sur Switch !
Au main des machines
Nier Automata prend suite au jeu original plusieurs milliers d’années plus tard. L’humanité à aujourd’hui pris refuge sur la Lune, après que la Terre ai été envahi par les machines sous le commandement d’une race alien inconnue. C’est ici qu’entre en jeu l’organisation YoRHa sur laquelle toute espoir de reconquête de la planète Terre se pose. Cette organisation envoie des bataillons d’androïde combattant afin de contrer l’invasion robotique et reconquérir l’ancien territoire humain pour pouvoir y vivre à nouveau. Ces androïdes vont jusqu’à scander en permanence « Gloire à l’Humanité ». Voici les seuls éléments que vous aurez en votre possession lors du début de votre aventure. On contrôle l’unité de combat YoRHa 2B spécialisée dans le corps à corps, au cœur d’un complexe industriel à la recherche d’une unité ennemi. On est vite rejoint par 9S, l’unité de reconnaissance à bord de son unité volante. Dès les premières minutes et dialogues on décèle les différences qui opposent les deux protagonistes : 2B l’androïde adulte sexy, forte, convaincue de devoir uniquement et strictement remplir sa mission et indifférente à tout sentiment quand 9S ressemble à adolescent, avide de découverte et bien plus « humain » dans son comportement.

Deux valent mieux qu’un
Ce binôme que tout semble opposé donne lieu à un duo charismatique et attachant, dont de nombreux échanges nous font sourire par des situations assez comiques, mais au-delà de cet aspect on découvre au fil de l’avancée une réflexion profonde, sérieuse et philosophique apparaitre. Le jeu laisse passer de nombreuses émotions aux travers des protagonistes, qu’on voit évoluer pendant l’aventure, notamment aux travers du multiple questionnement de 9S qui change la façon de voir les choses de 2B qui est alors perdue.
Insert coins
Nier Automata n’est pas le genre de jeu qu’on rush et qu’on range / revends aussitôt. Il nous est demandé de multiples runs pour en voir l’intégralité (26 fins possibles, avec 5 vraies fins à voir) et répondre à toutes les interrogations créées et laissées par le titre de Platinum Games. Il est question d’identité, de découverte des sentiments et de l’attachement, et énormément d’interrogation sur la condition des machines. Chaque run nous fait découvrir un pan de l’histoire sous un autre angle, vécu par un autre androïde, avec un nouveau gameplay. Chaque run a des points communs, mais fondamentalement on n’a pas cette impression de NewGame+ sans nouveauté ou ayant juste une difficulté agrandie. Je n’en dis pas plus du côté de l’histoire, afin de ne pas vous gâcher l’expérience du titre mais on tient ici de l’ultra lourd !
Un BTA mais pas que cela
Limiter Nier Automata a un beat’em up serait une énorme erreur, Platinum Games a voulu la jouer à fond la carte de l’originalité et nous proposer une expérience unique. En effet, il n’est pas rare d’avoir des passages en 2D à la façon d’un Mario, un shooter en fausse 3D ou même carrément en vue à l’ancienne par le dessus en graphisme atari-like ou un stick shooter ! Les changements de gameplay se passent d’une manière totalement fluide et sans accros, d’une façon des plus naturelles qu’il soit. On ressent la patte du studio derrière la nervosité et la maitrise des affrontements : ca castagne et on en redemande !

Pad pad pad
Manette en main, la prise en main est immédiate. Le titre comble les néophytes du genre comme les experts : attaque avec les armes 1 et 2, le pod qui est là en soutien via son attaque de base et celle sous timer, le saut, l’esquive etc. tout est là pour offrir un gameplay simple à prendre en main mais qui propose tout de même quelques challenges pour accéder à la maitrise totale donnant un sentiment d’être une vraie machine destructrice sur le champ de bataille. Le pod propose d’ailleurs de multiples modules à récupérer pour proposer divers pouvoirs, qu’on adapte selon la situation pour se faciliter la tâche. Chaque affrontement donne lieu à un balai artistique mais mortel. Les affrontements de boss sont souvent des souvenirs mémorables, mis en scène de façon parfaite et aucun d’entre eux ne se ressemble. Le tout reste d’une fluidité au top malgré la présence de multiples effets et projectiles mortelles à esquiver. On a à faire à un jeu montrant toute l’étendue de la maitrise technique de Platinum Games qui nous régale de son savoir-faire en termes de jeux d’action !
Transfert en cours
A noter que la mort en jeu ne signifie pas la mort de notre androïde mais seulement de son enveloppe « charnel » ou plutôt mécanique ici, ses souvenirs étant transférés dans un autre corps. A nous d’aller ramasser notre ancien corps afin d’y récupérer ses puces qu’on évoquera plus bas, ou d’en faire un allier potentiel qui combattra à nos côtés. Si on laisse le mode online activé, il nous est possible d’en faire de même sur le corps de joueurs morts sur notre chemin. Petit clin d’œil aux Souls ici, avec la possibilité de laisser un message pour les joueurs qui trouveraient notre dépouille.
Level my 2B
Après l’introduction, le jeu nous parachute dans un monde « ouvert » où l’on doit dans un premier temps rejoindre un camp de la résistance où on découvre nos premières missions et marchands. On est amené à visiter régulièrement ce lieu au cours de notre aventure pour valider des quêtes, faire le plein d’item tels que les potions ou autre puces d’améliorations, acheter et améliorer nos armes via différents (nombreux !) matériaux que l’on a récoltés lors de notre périple. A noter qu’à chaque transition ou changement de zone, les items à ramasser tout comme les ennemis réapparaissent ! J’ai mis monde « ouvert » entre guillemet du fait qu’on ne fait pas face à des étendues vastes tels qu’un RDR2 exemple mais plutôt à une carte composée de plusieurs environnements articulés autour de la cité en ruine où se trouve le camp rebelle.

Un monde désolé qui n’attend que nous
Ces environnements sont assez variés mais ils savent se montrer pauvres et vide de temps en temps. On découvre rapidement un parc d’attraction abandonné, un désert où on peut s’adonner aux joies de la glisse sur les dunes de sable, une forêt abritant un village de machine pacifique, une autre forêt traversée par une rivière et une cascade avec un château en ruine, une zone portuaire, des usines désaffectées et rouillées, un centre commercial géant le tout toujours dans une dominance post-apocalyptique en ruine, aux couleurs souvent ternes. Ces différentes zones proposent toutes des passages secrets plus ou moins ardus à trouver, regorgeant de trésor en tout genre. On débloque après l’un des premiers boss la capacité de se téléporter entre les points de sauvegarde. Je vous avoue ne pas avoir trop utilisé cette fonction préférant me balader, avide de prise d’expérience, et farming de composants.
Pimp my 2B
Nier Automata se démarque un fois de plus de ces concurrents au niveau de la personnalisation. Autre le fait de la montée de niveau, de la customisation des armes ou autres gadget liés au pod, on a la possibilité d’équiper des puces. Chaque joueur aura une UI différente selon sa façon de jouer, les puces lootées et équipées car oui, ces puces servent à modifier aussi l’interface ! On dispose d’un « budget » total (qui s’augmente via item à acheter), et chaque puce demande une certaine place dans ce budget : on peut choisir d’afficher les dégâts par exemple, la barre de santé des ennemis, ou l’argent / exp gagnée, d’afficher ou non la zone où se trouve l’objectif, tout cela via les puces qu’on va prendre. En plus de ces puces « interface » on a des puces offensives ou défensives qu’on installe au cas par cas par nous-mêmes, ou faire confiance au jeu pour partir sur un build optimisé « offensif », « défensif » ou « équilibré » par exemple. Plus on avance, et plus cet aspect customisation offre de possibilités en prenant un maximum d’envergure. On désire maxer les dégâts et être rapide ? Partons donc sur un build et puces purement offensives ? A l’inverse, mode sac à PV qui encaisse sans sourcillez ? On s’oriente vers les puces de ce type et ainsi de suite.

Une narration pointue et profonde
La trame du titre de Platinum Games, comme évoqué lors de l’introduction, est bien plus profonde qu’elle n’y parait. Le jeu nous fait transiter par différentes émotions allant de l’humour à la tristesse avec une perpétuelle remise en question de ce qu’on voit et croit. Hormis quelques quêtes secondaires en mode « va tuer ceci / ramasse cela et vient me voir » (le fameux mode FEDEX connu des joueurs de MMO par exemple), les missions que l’on nous confit sont assez variées et certaines quêtes seront plus qu’originale comme celles de courses par exemple ou les différents casse-tête à résoudre pour les différentes missions. L’un des thèmes centraux du titre est la réflexion sur la condition des machines, leur conscience, capable d’émotion comme l’amour et la peur. Comme déjà dit au début de ce test, le contenu du titre et sa réflexion se dévoilera après plusieurs runs. Se limiter à un seul acte correspondrait pour un autre titre à ne jouer qu’à sa démo, on en vient même à se demander s’il n’aurait mieux pas fallu ne pas mettre de générique de fin entre chaque acte pour plus de clarté (combien de joueurs avec qui j’ai discuté n’avait pas connaissance de ces actes ?!)
Run again
Le 1er run, avec 2B, demande une bonne grosse douzaine d’heures pour en voir le bout. Le 2eme run, joué via 9S, propre de revivre globalement la même partie du scénario mais sous un autre angle, via un gameplay différent (au lieu d’avoir 2 armes, 9S peut hacker les machines ennemies pour les détruire en attaque secondaire, via des séquences de shoot oldschool en graphisme et audio purement rétro). Je n’en dévoile pas plus sur les autres runs, sous peine de spoil une partie du jeu ! Chaque acte/run propose une expérience unique, via un point de vue différent et son lot d’informations complémentaires. On note une certaine impression de déjà vue lorsqu’on joue 9S, forcément étant très proche de 2B durant l’aventure mais pas mal de phase se parcourent via un autre gameplay ou type de jeu (shooter, etc), et via l’ajout d’énormément de mini-cinématiques différentes. Rarement un jeu d’action ne nous a proposé un univers de la sorte avec une réflexion humaine poussée et profonde comme Platinum Games l’aura fait avec Nier Automata.

La technique nier est pas ?
Après avoir tant encensé le jeu, nous allons pointer du doigt le point qui « fâche » : le côté technique. Privilégier la fluidité, sur les consoles précédentes, a eu un cout : le 60fps était un des critères phares du studio tout comme de Square Enix : la résolution fut donc de 900p sur ps4 standard, et 1080p sur ps4 pro uniquement. A côté de cela les textures ne sont pas toujours dignes de la génération de console où Nier est sorti originellement. Les décors n’éclatent pas la rétine, du pop-in de quelques décors par ci par là… Pour faire bref le titre n’est pas une vitrine technologique sur le rendu global. A l’inverse, la fluidité tout comme les animations des personnages sont au top. La direction artistique originale et travaillée gomme et compense largement le rendu global du titre. Disponible en langue japonaise ou anglaise, le jeu est intégralement sous-titré en FR.
J'avais peur de plusieurs choses concernant le portage Switch : un framerate au rabais et un preset graphique coupé à la hache et je dois avouer que le portage est surement ce qui s'est fait de mieux de ce côté sur Switch tant la version Switch est propre. Certes, on passe à 30fps au lieu des 60 précédents mais c'est stable de chez stable. De même, la qualité visuelle aussi bien en nomade qu'en dock est au rendez-vous. Bien entendu, on est un petit cran en dessous de ce que nous offraient les précédentes consoles mais dans le contexte Switch c'est du très fort !
Immersion sonore totale
On en a parlé récemment dans un papier L’OST mais on touche ici une masterclass. Elle est une pure merveille et surement dans les meilleures compositions de jeux vidéo. Tantôt lyrique et magique, tantôt rythmée et brutale, cette bande-son participe énormément à l’immersion et à la magie de Nier Automata. La présence de la douce voix de la chanteuse Emi Evans ajoute encore plus de féerie et d’émotions aux titres qu’elles interprètent, comme le morceau « Amusement Park » lorsqu’on arrive au parc d’attraction. C’est globalement épique, prenant aux tripes et surtout le tout se matche à la perfection avec ce que le joueut voit à l’écran. Impossible de ne rien ressentir côté émotion quand on entend ce genre de production.

Une ôde à l’amour du beat’em up par Platinum Games
Vous l’aurez très certainement compris, Nier :Automata est un de mes gros coups de cœurs de mon expérience vidéo ludique globale. Initialement, avant d’avoir eu le jeu ou la démo en main, le titre ne me faisait ni chaud ni froid mais un ami ultrafan de Platinum m’a convaincu de lui laisser une chance et il a eu raison ! Nier Automata est le genre de jeu, d’expérience qui ne peut laisser dans l’indifférence une fois qu’on l’a touché. C’est le genre de jeu, comme un Shenmue ou autre Final Fantasy 7 sur console, que l’on n’oublie pas.
L’histoire et la construction globale du titre sont captivantes, complexes et provoquent une réflexion auprès du joueur. Les robots et androïdes savent se montrer au final aussi humain que les vrais êtres qui peuplaient la terre voir même plus sensible à ces émotions que nous, il suffit simplement de voir les actualités quotidiennes pour s’apercevoir de la folie qui s’empare de notre monde. Le gameplay proposé est au top de ce qui est aujourd’hui sur le marché du BTA / A-RPG, la fluidité du titre et sa DA gommeront les quelques légèretés en terme de rendu globale du titre : le titre se veut nerveux, brutale et à la fois fluide et propre ! L’atmosphère générale du titre nous attire sans cesse vers de longues et nombreuses sessions de jeu, le tout saupoudré par une bande son épique !
Son portage Switch bénéficie d’un soin tout particulier avec un rendu très peu inférieure aux précédentes consoles et un frame certes plus bas mais très stable.
Je n’ai pas peur de le dire, Nier Automata un must have que tout joueur se doit de faire une fois dans sa vie sous peine de manquer un chef d’œuvre !