Pour les joueurs qui étaient déjà en activité dans les années 90, le nom Commandos vous parle forcément, et c’est un genre qui est loin d’être représenté ces dernières années. Hormis Mimimi Games avec Shadow Tactics, Desperados III ou Shadow Gambit, on n’avait clairement rien à se mettre sous la dent en termes de tactique en temps réel… Il a fallu attendre deux décennies pour voir le cador du genre revenir avec Commandos Origins. Ni remake, ni remaster, mais plus dans le genre de reboot, c’est un véritable kiff que de retrouver cette licence historique dans de telles conditions aujourd’hui avec une production conservant sa touche si particulière tout en rentrant dans les clous des standards des années 2020.
Commandos Origins ne renie pas ses origines et nous propose une formule conservant la même approche : le joueur est aux commandes d’une équipe d’agents d’élites divers sur le théâtre de guerre durant la Seconde Guerre mondiale avec un gameplay orienté tactique en temps réel où infiltration et discrétions sont de mises pour arriver à nos buts. Quand on a connu la licence depuis son lancement, on ne peut s’empêcher de ressentir une pointe de nostalgie, et ce dès les premières minutes. La formule de base conserve ses mécaniques fétiches comme la gestion des champs de vision, de cacher les corps pour ne pas être repéré, tout en modernisant certains aspects, et le tout avec un enrobage présentant chaque fonctionnalité au fil de l’eau afin de ne perdre personne en route. Vétérans comme nouveaux arrivants y trouveront leur compte avec un voyage loin d’être simple, requérant parfois qu’on s’y prenne à plusieurs reprises, mais dont la réussite génère un sentiment de satisfaction et une courbe de progression bien ficelée côté challenge. Bref, du bon gros Commandos comme on l’aime. La narration conserve son ton sérieux, pour une expérience authentique nous mettant dans des situations critiques, faisant comprendre qu’on n’a le droit à aucune erreur et que l’issue de certaines batailles est clairement dépendante de la réussite de nos missions. On se sent impliqué dans la vie de notre unité, et de chaque élément qui la compose.
Votre mission, si vous l’acceptez
Comme souvent dans le genre, on dispose de multiples personnages ayant chacun leurs spécificités, leurs forces, leurs faiblesses et leurs talents uniques. L’ensemble est toujours bien complémentaire et surtout le fait que chaque mission requiert d’autres personnages dans l’équipe nous pousse à essayer de multiples combinaisons et combos. On retrouve par exemple le béret vert adapte du combat rapproché quand le sapeur est expert en piège et autres appareils pour distraire une patrouille. La base du gameplay reste la même : un point de départ, un objectif dessiné au loin, à nous de faire tout notre possible pour avancer sans mourir, et dans un maximum de cas sans nous faire repérer (d’ailleurs, dès le tuto, se faire choper est synonyme de game over direct… ça donne le ton) soit en passant dans l’ombre soit en éliminant les menaces inévitables en planquant les corps dans les hautes herbes. L’une des composantes phares de ce jeu est l’analyse et la stratégie. On aperçoit le champ de vision d’un adversaire (vert plein pour un champ de vision complet, hachuré s’il ne voit que ce qui serait « debout » et non les ennemis accroupis ou qui rampent). On s’assure donc de toujours rester hors de vue des adversaires. On contourne, on casse les lignes de vues, on distrait avec un piège, etc. Mais attention, les adversaires sont loin d’être statiques, effectuant des rondes et des patrouilles, mais par chance assez scriptées. Il suffit de bien visualiser le trajet, le timing, les mouvements, etc. pour trouver LE bon moment pour passer et retourner se planquer plus loin derrière une caisse, ou ramper dans une fougère, etc.
Il est souvent nécessaire de planifier plusieurs actions à la fois pour réussir à passer une poste de gardes par exemple et c’est là qu’entre en jeu une mécanique apparue dans les derniers Mimimi Games avec le mode Commande qui permet de passer en mode pause le jeu, planifier les ordres avant de revenir au live et voir notre scénario s’exécuter. Sur le papier cela semble simple, mais il faut se dire que parfois tout se joue à 2 ou 3 secondes prêt ou un besoin d’être totalement synchro pour une double élimination. Se louper revient souvent à perdre la vie… et sachant qu’il n’existe pas de save auto (hors quelques checkpoint parfois assez éloignés) je ne peux que vous suggérer d’abuser de la sauvegarde rapide ! Sur le début du voyage, ce mode Commande semble basique, mais quand on arrive dans des missions avec 3 ou 4 voir plus soldats à la fois, cela devient vite jouissif de mettre en place des plans de malades et les voir réussir sous nos yeux ! Forcément, ne vous attendez pas à un cadencé d’action, le gameplay étant justement plus lent par la nécessité d’être méthodique, efficace du premier coup et le tout sans laisser de trace ni se faire repérer. La plupart du temps, on le passe à analyser et planifier qu’autre chose. Il n’est pas rare de dépasser l’heure sur une seule carte pour faire un travail propre et efficace.
De ce fait, le couplage des talents et accessoires de chaque personnage cumulé au mode Commande génère une formule d’une extrême générosité, avec un gameplay à la fois complet et complexe (mais dans le sens ultra riche et non compliqué). Et cela va encore plus loin avec souvent de nombreuses façons d’arriver à l’objectif, comme ce qu’on avait dans les Mimimi Games : il n’existe pas un seul chemin, mais plusieurs et même si après xx runs on voit que certaines façons de faire facilitent un peu le voyage, il n’en reste pas moins qu’on doit pouvoir avoir autant d’approches que de joueurs autour d’une table. De ce fait, Commandos Origins affiche une grande rejouabilité, offrant des heures en pagaille pour imaginer un meilleur plan que notre run précédent, pour chercher l’efficacité optimale et les mises en mort les plus spectaculaires avec le mode Commande.
Pas le droit à l’erreur
On joue avec la caméra pour voir un maximum de chose, sous différents angles, afin de repérer les failles du dispositif adverse et frapper juste et fort, en un éclair, une fois notre stratégie mise en place. De plus l’environnement offre de nombreux outils pour réussir nos coups et taper juste que ce soit pour se cacher, contourné, approcher, éliminer et effacer toute trace de notre passage. Les opportunités tactiques sont nombreuses, sans aucune mise en évidence dans l’interface… aux joueurs de fouiller, analyser, tenter (après une save) et voir le résultat. Petit plus depuis le dernier opus, le passage sur une vraie 3D, offrant des décors avec une verticalité réussie. On entre dans n’importe quel bâtiment, on monte les étages/échelles pour prendre de la hauteur, et on part à la recherche du moindre moyen de passer sans faire d’étincelle, dans la pénombre. On profite des décors, ultra varié, prenant place en Europe et Afrique du Nord, pour chacune des missions du monde campagne. On va de la Neige en Scandinavie au désert brulant des pays du Maghreb, avec un souci du détail dans chaque carte, et comme déjà énoncé plusieurs fois une zone vaste avec de nombreuses options pour réussir notre coup. Visuellement, c’est assez costaud, dommage que le framerate fasse parfois du yoyo quand on déplace la partie vue à l’écran avec ZQSD (sur 4070 Ti Super, ça passait de 120 à 70-80 quand on bouge trop la caméra d’un coup…) mais sinon c’est costaud.










Comme pour le cas des Shadow de Mimimi, la difficulté est assez élevée et nous pousse à parfois nous y prendre plusieurs fois pour passer un poste avancé ou un pack ennemi. Les premières missions sont assez guidées, le temps de nous présenter chaque composante et outil de nos soldats, mais ensuite c’est « démerdez-vous » et à nous de faire nos tests, avec une marge d’erreur parfois ultra restreinte. Mais comme dit, la courbe de progression est plutôt bonne avec un challenge qui augmente au fur et à mesure qu’on avance dans le jeu et ce n’est jamais punitif pour rien et le contenu est clairement présent avec plusieurs dizaines d’heures au compteur pour finir qu’un seul run ! Pensez juste à save !!
Tout semble aller dans le meilleur des mondes pour Commandos Origins et pourtant il n’est pas exempt de défauts à commencer par parfois une petite imprécision dans le gameplay, avec des soldats n’allant pas forcément où on le souhaite la faute à une gestion des plans pas toujours au point, idem pour l’utilisation des pièges/accessoires où on a l’impression d’avoir miss click, et l’objet est posé au mauvais endroit. L’IA peut parfois aussi se montrer surprenante dans son comportement et la façon dont elle réagit à nos actes. Si l’IA se foire parfois sur la réponse donnée à nos actions, le fait qu’elle soit super efficace pour nous loger une balle mortelle comble ses autres « déficiences » suffisamment pour nous maintenir sous pression. Les patrouilles sont un peu trop scriptéess et ne réservent que peu de surprise quand il est temps qu’on agisse. Cela manque un peu de spontanéité par moment. Par contre, elle est cohérente dans la façon dont elle interagit en cas de bruits suspects ou de potentielle détection de menaces. Par contre,, je trouve que souvent le soldat ennemi reprend trop vite sa vie comme si de rien n’était assez rapidement quand il trouve un cadavre par exemple.
Grand fan des Mimimi Games qui a repris en main le genre Commandos-like ces dernières années, revoir un opus de cette licence phare revenir aujourd’hui avait forcément de quoi m’enchanter et j’en ressors comblé. On retrouve l’essence de Commandos, modernisée sans dénaturer ses origines avec une production qui détone et envois du lourd. Commandos Origins réussit le parti de déterrer une licence « oubliée » pour lui redonner ses lettres de noblesse avec un contenu dantesque et une richesse que ce soit dans le panel de persos jouables, les objectifs et missions et la durée de vie. Fana du genre ? C’est un must have malgré quelques défauts. Bravo Claymore Game Studios.