22 janvier 2026

Test The Alters : un voyage original et atypique

11 Bit Studios est une structure que j’apprécie tout particulièrement, avec l’excellent mais intransigeant Frostpunk (nous avons parlé du premier et du deuxième opus ici, d’ailleurs). Alors que leur nouvelle production, The Alters, est prévue pour demain, il est temps de vous livrer un verdict suffisamment complet pour vous faire une idée. The Alters est un jeu très ambitieux, atypique, complet, mais dont certaines mécaniques auraient mérité d’être davantage exploitées. Je me suis régalé quoi qu’il en soit et je vous le recommande fortement. J’ai hâte de tester la version console, dont la sortie physique est prévue le 18 juillet avec une édition signature des plus jolies.

The Alters nous plonge dans un univers de science-fiction impitoyable où la survie est au centre de l’expérience. Le joueur incarne Jan Dolski, membre d’une expédition envoyée aux coffins de l’espace à la recherche d’une matière rare appelée le Rapidium. Très vite, les choses dégénèrent et les différents modules s’écrasent sur une planète lointaine inconnue où Jan se retrouve être le seul rescapé. Seul au début, il est vite guidé par une voix inconnue vers la base, arrivée plus ou moins fonctionnelle. Mais rester en vie seul est extrêmement difficile. Par chance, il découvre du Rapidium qui lui permet de créer des clones pour l’assister dans sa mission de survie : résister et rester en vie en attendant une potentielle aide extérieure. Le pitch est assez original et les mécanismes tournent autour de tous ces alters, du lien engendré par les manipulations et de la relation entre les différents Jan, ce qui est assez prenant. L’ambiance, tantôt comique (on se comprend), parfois sombre, voire triste en raison du passif des Jan, est solide. Mais il fallait bien ajouter un peu de pression : une forte radioactivité ambiante et une course contre la montre pour atteindre certains points stratégiques sous peine de mourir en raison des conditions météorologiques défavorables…

Jan traîne un lourd passif derrière lui : une enfance difficile marquée par les violences conjugales, un mariage raté, une carrière brisée, et derrière cela, un accident spatial… Il n’y a pas à dire, Jan a une vraie vie de merde et ce n’est que le début. Plus la progression se fait, et plus Jan doit construire des alters en se basant sur sa propre vie, en déterminant à quel point il va créer une ligne secondaire pour le comportement de l’alter, mais aussi pour son métier. Car oui, Jan a besoin de main-d’œuvre spécialisée : techniciens, scientifiques, botanistes, docteurs, etc. Comment choisir ? C’est bien là l’un des éléments centraux, en plus de la survie : les choix moraux et éthiques réguliers qui nous sont imposés et des décisions lourdes de sens. Déjà dans Frostpunk, le joueur ne pouvait pas contenter tout le monde, il fallait souvent se mettre à dos une partie de notre peuple pour avancer. Résultat : des tensions se créent. Ici c’est pareil. Si les alters ne se disputent pas trop entre eux, c’est une autre histoire entre Jan « joueur » et ses alter ego qui n’ont pas tous la même idéologie et vision de la vie.

Orphan Black

The Alters propose une première introduction permettant de prendre en main les bases du gameplay et certaines mécaniques liées à notre survie. Une fois celle-ci remise en état, elle reprend sa route, mais très vite, notre vaisseau se retrouve bloqué à nouveau, nous poussant à trouver une solution pour reprendre la route. Le voyage suit ce cheminement plusieurs fois avant d’arriver à la conclusion de The Alters. Et ce sont dans ces moments critiques où Jan doit trouver rapidement un moyen efficace d’avancer à nouveau que les conflits peuvent éclater. En plus de la gestion de la base, il y a une gestion importante des ressources, une priorité dans le traitement des besoins de notre groupe et des constructions, ainsi que des relations. Si les mécaniques ne sont pas forcément difficiles à appréhender individuellement, l’ensemble peut vite devenir problématique si l’on enchaîne les mauvaises décisions.

Le gameplay alterne entre la gestion des alters dans la base, l’agencement de cette dernière, la construction (modules de la base, items pour le travail et l’exploitation) et la découverte sur le terrain afin de mettre la main sur les différentes ressources vitales pour notre base. Et pour cela, il ne faut pas mourir dehors. Le plus important est de bien prioriser les actions primordiales et les besoins vitaux, et d’agencer tout cela de manière optimale pour parvenir à tout traiter dans les temps. Mais comme déjà dit, il faut souvent trancher dans le vif, et cela ne plaît pas à tout le monde. Il est alors nécessaire d’écouter nos alters sans pour autant tout leur céder et de dialoguer avec eux. Et comme dans la vraie vie, il est impossible d’être sur la même longueur d’onde avec tout le monde, mais il faut tout de même faire attention à ne pas les pousser à la rébellion ou à trop jouer sur leurs humeurs, ce qui n’est pas toujours simple.

Sur le terrain, on explore, on recherche des ressources, on ramasse des minerais et du Rapidium, on analyse le sol pour déceler des gisements, on installe une sorte de raffinerie qu’on relie à la base avec plusieurs pylônes… encore faut-il avoir assez de ressources pour en fabriquer suffisamment. On essaie de tracer le chemin le plus court entre la source et la destination, en allant à l’essentiel. Le temps passé dehors donne envie de tout fouiller pour maximiser notre stock, mais le temps est précieux et constitue une source d’échec potentielle supplémentaire. En effet, comme vous l’avez sans doute compris, le temps nous est compté… Une fois le bon rythme trouvé et une bonne chaîne mise en place dans notre base, tout commence à rouler tout seul : on met en place un système de farm de composants, le crafte en automatique se déclenche dans la base, on gagne de nouveaux objets facilitant notre usinage, mais The Alters ne nous laisse pas non plus entreposer plus que de raison pour se faciliter la suite. Le jeu nous limite beaucoup sur ces aspects, nous forçant à avancer quand on est prêts. Le temps d’ailleurs est un peu partout : le temps réveillé, la fatigue à gérer, chaque Craft qui prend du temps, cuisiner prend du temps, miner prend du temps etc …

Try, Die, Retry

Malgré toutes nos précautions, l’échec tant redouté survient, nous forçant à recommencer une expédition et à rejouer les mêmes pans du gameplay avec parfois peu de variation. Mais on tire les enseignements du run précédent pour réussir ce coup-ci à passer le cap, à avancer et aller plus loin. Et qu’on se le dise : si chaque Alter a son utilité, il est primordial d’en débloquer certains très tôt, en priorité, pour se faciliter la tâche, sans quoi cela équivaut à monter un cran de difficulté ce qui est une véritable épreuve. Côté rejouabilité brute, j’aurais aimé avoir la possibilité de zapper ou d’accélérer les passages déjà vus, ou de revenir juste à l’endroit où un choix critique a lieu pour voir les changements (au moins avec un système de save simple). Reprendre une nouvelle partie implique de tout rebalayer. À noter qu’il existe plusieurs fins possibles, des mécanismes pour trouver les embranchements et en changer auraient donc été bien judicieux (ou du moins l’impact de nos décisions aurait été plus facilement perceptible).

La difficulté est assez modulable avec deux facteurs disposant de deux et trois options chacun, afin de modeler l’expérience pour chaque profil de joueur. Cela reste, quoi qu’il en soit, assez exigeant, mais cela permet tout de même d’aplanir quelques points. Sur le plan technique brut, The Alters se montre sous son meilleur jour, mais il est assez exigeant en termes de configurations. En 4K, avec le preset maximum et la technologie DLSS Ultra Quality, ma 4070 Ti Super n’atteint pas les 60 fps et plafonne à 55 fps en moyenne. Grâce au framegen cependant, le score monte à 80. En réduisant simplement le DLSS à « Quality » (et non « ultra »), le gain est déjà conséquent avec un framerate à 120 images par seconde avec la technologie de génération d’images par intelligence artificielle. Après, en toute franchise, une telle fréquence d’affichage n’est pas indispensable pour un titre de ce genre, une fréquence de 60 images par seconde est amplement suffisante. Quoi qu’il en soit, le rendu extérieure est impressionnant avec des effets météorologiques réussis, et des environnements lunaires et désertiques de qualité. Entièrement doublé en anglais, The Alters propose une traduction intégrale des sous-titres et des menus/outils dans notre langue.

The Alters est une expérience Scifi déconcertante et originale, qui met à mal, comme souvent chez 11 Bit Studios, notre morale et notre éthique, mais ces maux sont nécessaires pour que notre héros survive… Malgré les très nombreuses possibilités offertes pour générer des multivers on va dire, la redondance des actions et la linéarité centrale du voyage impactent un peu l’envie de refaire un run de zéro juste pour voir le résultat. The Alters est un superbe jeu, mais avec quelques petits ajustements ici et là il pourrait franchir encore un cap.

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