Certains jeux de société, comme les multiples Monopoly ou Catan, tentent le passage au format jeu vidéo. Le JdR est un univers si riche et vaste qu’il offre un potentiel quasi infini de possibilités. C’est en ce sens qu’il y a quelques temps, Gloomhaven a fait le grand saut. Même si le jeu (plateau comme HV) est difficile et surtout très complexe, il procure une certaine dose de plaisir quand on s’y investit. Aujourd’hui, c’est au tour de son successeur, Frosthaven, de suivre ses pas !
Gloomhaven proposait déjà un contenu démesuré en version plateau. Il suffit de voir la boîte hors norme pour s’en rendre compte, et à l’ouverture, on comprend pourquoi elle pèse le poids d’un âne mort : entre les coffrets pour chaque classe, les résines, les multiples jetons, les décors et les livrets inclus (celui de la règle fait une centaine de pages). Frosthaven en reprend les grandes lignes et va même plus loin avec une composante tactique encore plus poussée.
Le joueur explore des territoires nordiques (d’où le nom Frost), où il tient un avant-poste, son camp/village, qu’il fait évoluer grâce aux nombreux composants amassés ici et là, tout en repoussant les hordes d’ennemis qui se dressent sur son chemin. C’est Gloomhaven en version améliorée, avec quelques mécaniques modifiées ou ajoutées, mais si le premier opus vous a plu, Frosthaven est du même acabit et se laissera apprivoiser de la même façon. Attention, ce ne sera pas simple par contre !
Si la version boîte propose un pavé en guise de guide, le jeu vidéo utilise des tutoriels pour nous accompagner dans cet univers incroyable, mais sans pitié. Frosthaven comporte des mécaniques de tour par tour et de deckbuilding qui octroient des points d’action et de déplacement, ainsi que des cartes de compétences. En résumé, au lieu d’utiliser des dés en abondance pour gérer nos troupes, ce sont les cartes qui déterminent tout. À chaque tour, le joueur choisit les cartes qu’il pose pour déterminer toutes ses actions. Si, durant le tutoriel, on incarne au maximum deux héros, dans une partie réelle, notre groupe est composé de quatre guerriers au maximum. À chaque tour, le joueur répète donc cette boucle de cartes autant de fois qu’il a de protagonistes sur le plateau. Un système de cases permet de gérer le placement, les mouvements et la portée des attaques, car, comme dans tout bon JDR, certaines capacités nécessitent d’être au corps à corps, d’autres sont utilisables à distance, et d’autres encore nécessitent un placement bien spécifique. Toutes ces spécificités sont visibles directement sur la carte. Et concrètement, sur le terrain ? C’est un jeu tactique au tour par tour comme on en voit beaucoup, avec cette couche deck/JdR.
















Pour remporter la victoire, il faut généralement vaincre tous les adversaires, mais il y a parfois des objectifs annexes précis qui conditionnent la réussite de notre expédition. Sur le papier, cela semble assez simple, mais en réalité, Frosthaven comporte, comme son prédécesseur, tellement de mécaniques qui altèrent l’offre de base avec des modificateurs, des debuffs en tout genre,ainsi que le décor et le terrain à proprement parler (qui apportent pas mal de bonus ou de malus selon leur topologie et notre placement), qu’on peut être vite noyé sous le flot de choses à gérer. Frost, comme Gloom avant lui, ne cesse d’ajouter des mécaniques. On a l’impression d’apprendre en permanence, et même dès le tutoriel ou les premières missions, on en bave pas mal. Gloomhaven pouvait parfois être sans pitié (jeu de plateau comme jeu vidéo), et Frosthaven ne trahit pas son héritage. Parfois, on n’a pas le temps de digérer les nouvelles fonctionnalités découvertes qu’un nouvel affrontement nous met illico dans le dur. On ne va pas se mentir, les joueurs qui recherchent un jeu relax, passez votre chemin. La recette des Haven est riche, généreuse, mais complexe et pas toujours permissive. On sait qu’on va en baver, d’autant qu’une fois les dégâts subis, il faut se soigner ; les PV ne reviennent pas comme ça, en claquant des doigts, par exemple.
Les missions et les donjons sont une partie importante de l’expérience, mais Frosthaven ne tourne pas qu’autour de ces sujets. Notre village occupe lui aussi une place importante et son évolution (grâce aux récompenses et composants accumulés durant nos expéditions) trouve alors toute son utilité. Finalement, qu’est-ce qu’on fait dans le village ? On y ajoute de nouveaux bâtiments quand on a le nécessaire, ce qui offre de nouvelles possibilités : des marchands, de nouvelles armes, un gain de puissance pour nos héros, mais surtout la possibilité de les soigner (comme déjà dit, une baffe dans les dents, des PV perdus, le personnage ne reprendra pas sa forme initiale sans faire le nécessaire). Le village est en quelque sorte le hub où l’on fait tout ce qui est possible pour rendre nos héros plus forts et les soigner et repartir castagner des adversaires.
Depuis la carte du monde, on voit l’ensemble des quêtes disponibles. Le déplacement s’initie, et en chemin, on fait des rencontres amicales qui offrent des trésors et des récompenses, mais qui demandent parfois quelque chose en échange. Si on n’a pas de chance, on repart bredouille vers notre prochain objectif, où vont s’enchaîner quelques combats, un boss, puis le retour au hub, les sacs pleins (ou blessés et les sacs vides). La boucle est finalement classique, mais diablement efficace, avec toutes les composantes du JdR que l’on adore, et le passage du plateau au jeu se fait très bien. Mais ce qui pêche aujourd’hui, c’est clairement la difficulté. Gloomhaven était déjà sacrément rude, et parfois injustement punitif, et Frosthaven l’est au minimum autant. Il existe bien plusieurs paliers de difficulté, mais cela reste globalement tendu. Ce n’est pas insurmontable, mais la marge de manœuvre est très courte, même en difficulté modérée, et l’échec pointe très vite son nez même au début.
Pour finir, l’aspect technique est convaincant, avec une optimisation bien présente, un titre stable et une direction artistique solide. La modélisation est superbe, les animations sont fluides, le monde fourmille de détails et de vie : c’est un vrai plaisir de s’y promener et de le découvrir.
À l’heure de dresser le premier bilan de cet accès anticipé, Frosthaven reprend les bases solides de la série Haven avec une certaine fidélité à son prédécesseur. La boucle de gameplay mêlant JdR, deckbuilding et tour par tour tactique est réussie. Ce qui me fait vraiment défaut, c’est cette difficulté très élevée, et ce dès les premières minutes de jeu. Pour le reste, la base est suffisamment solide pour qu’on ait pleine confiance. Affaire à suivre mais si vous cherchez un JdR sans avoir peur de vous y investir, cela vaut le coup d’oeil.