Cela faisait des années qu’on attendait un nouveau Mafia, et The Old Country ne m’a clairement pas déçu. Avec des ambiances fortes et une expérience centrée sur la narration, ce jeu nous offre un voyage captivant qui conserve (retrouve) l’ADN de la série et je suis conquis. Même si tout n’est pas parfait, 2K et Hangar 13 redorent le blason de cette licence iconique avec cet excellent épisode qu’est Mafia : The Old Country, après un Mafia III en demi-teinte.
Mafia The Old Country nous ramène aux origines de la saga, là où tout a commencé : la Sicile au début du XX^e siècle. Le joueur incarne Enzo, un jeune charbonnier employé dans des conditions déplorables, à la limite de l’esclavage. Tout dérape et Enzo se rebelle contre son patron ; une rixe éclate et l’un des hommes de main du coin est blessé. Obligé de s’enfuir, Enzo se croit pris au piège, mais il ignore que ses tortionnaires l’ont suivi jusque sur les terres d’une famille concurrente qui intervient et chasse les agresseurs. Enzo finit par intégrer cette famille, mais il doit mériter son sauvetage ainsi que le toit, la nourriture, etc. qu’on lui offre. Petit à petit, et grâce à sa volonté de ne plus revivre sa vie cauchemardesque passée, et à la vue de celle qu’il pourrait embrasser maintenant, il est prêt à tout pour ne pas perdre ce qu’il vient tout juste de « gagner ».
Carusu, bienvenu dans la famille
Sans en dire plus, Mafia The Old Country nous conte une histoire captivante, qu’on prend plaisir à suivre, avec passion. Elle aborde des thèmes tels que le dévouement, la camaraderie, le sens du devoir et du sacrifice, l’honneur, mais aussi la famille, l’amour, ainsi que la contradiction entre devoir et envie. Au lieu d’une expérience libre dans un monde ouvert, où l’on peut faire ce que l’on veut, quand on veut, Mafia The Old Country opte pour une progression assez dirigiste et linéaire. Il existe bien quelques moments où Mafia nous laisse vaquer à notre guise, sortir du chemin qu’il nous a balisé, mais dans l’ensemble, c’est plutôt bien cadenassé, avec un chapitrage qui rythme la vie d’Enzo et les événements qui gravitent autour de lui, ainsi que des sauts dans le temps de quelques jours, semaines ou mois.

Si l’histoire reste assez classique et que l’on devine certains rebondissements, cela n’empêche pas le fait que j’ai grandement apprécié le titre de Hangar 13 pour sa narration entrainante, la façon dont il est met tout en place, l’ambiance globale, le rythme et l’alternance des phases de jeu. L’atmosphère cinématographique à la façon des films de mafieux est impeccable, avec un héros qui part de rien et devient l’un des éléments majeurs de son organisation, parfois sombre dans la déchéance, se retrouve confronté à des luttes internes, etc. La conclusion surprend un peu, mais elle laisse clairement la porte ouverte à du contenu additionnel, voire à un prochain opus, et pourquoi pas à un lien avec le tout premier Mafia.
Forcément, pour une immersion totale, il faut un doublage de qualité, et Mafia The Old Country ne fait pas exception à la règle, avec d’ailleurs une localisation sicilienne au top pour se sentir vraiment plongé dans l’aventure ! La bande originale s’accorde parfaitement à l’atmosphère qui se dégage de ce paysage méditerranéen d’il y a plus de 100 ans, avec toutes ces bâtisses en pierre, de la garrigue, les oliviers et champs de lavande et j’en passe. Il suffit de fermer les yeux, de se laisser bercer par la musique de fond et par la multitude de dialogues en italien qui nous entourent pour s’imaginer le décor. Visuellement, c’est plutôt bon sur console, parfois même très bon, mais parfois un peu moins bien. Dans l’ensemble, la modélisation des personnages est propre, leurs animations sont plus que correctes, et la plupart des décors, panoramas et environnements aussi. Les jeux de lumière, d’ombre et de reflet, ainsi que le cycle jour/nuit, ajoutent une couche de réalisme à l’expérience. Il y a quelques textures qui dépareillent parfois, un léger popping /clipping ou de l’aliasing par moments, mais rien qui ne nous sorte du voyage.

L’envers du décor de la pègre
Sur PlayStation, on a le droit à deux préréglages : qualité et performances avec les informations habituelles. Sur PS5 Pro, le framerate est débloqué et le mode qualité devient équilibré avec 40 fps notamment. Le mode performance troque son 60 fps contre un compteur qui grimpe parfois à 70 ou plus, mais il arrive que ce mode connaisse tout de même quelques baisses de framerate assez sévères, avec le VRR de la TV qui oscille entre 75 et 80 Hz, voire 120, mais avec de nombreux passages sous les 60, et ce jusque 48. C’est notamment le cas lors des passages à dos de cheval ou en voiture, dans la première partie du jeu. Mais mis à part ce point, entre la narration, l’ambiance globale, la direction artistique et la partie technique dans son ensemble, Mafia The Old Country est tout simplement magique. On se laisse complètement absorber par l’histoire, et le casting de personnages plus que complet, travaillé et inspiré, enfonce définitivement le clou. La mise en scène des cinématiques et des différents plans est à couper le souffle.

Le gameplay comporte de nombreuses phases : exploration, jeu narratif, infiltration, combat au couteau, gunfight, courses-poursuites à cheval ou en voiture, et souvent, cela dérape et se termine en échange de tirs. Je parlais du rythme un peu plus tôt et hormis une fin axée sur l’action pure et dure durant une longue session qui pourrait en déranger certains (ce n’est pas mon cas, mais la dernière partie d’infiltration, par exemple, un peu plus, perso), l’alternance des phases et des mécaniques maintient un bon rythme. Un Mafia sans effusion de sang ne serait pas un vrai Mafia, et The Old Country se déroule dans un environnement où la violence n’est jamais bien loin. Les gunfights ne sont pas très compliqués, mais ce n’est pas non plus un jeu d’enfant. Il faut savoir se déplacer dans le bon timing, anticiper le moment où le tireur qui nous fait face recharge, utiliser la couverture, alterner entre le revolver, le fusil à coup unique ou le fusil à pompe pour jongler avec un stock de munitions limité pour tenir les assauts violents, et bien viser, car sous la pression, en prenant des dégâts et avec nos PV qui chutent, le temps nécessaire pour que la mire s’affine augmente. Et parfois, un bon vieux 1 contre 1 s’impose : un garde récalcitrant, un gradé, un concurrent important, et cela se termine au couteau, avec un gameplay qui rappelle un peu Hellblade, avec une formule simple basée sur les classiques frappes rapides et lourdes, estoc, mais aussi esquive et parade. Le tout bénéficie d’une petite mise en scène spéciale. C’est classique, mais cela accentue l’importance de ces duels.
Concernant les courses-poursuites, les chevauchées à cheval ou la conduite de voiture, c’est le même principe : c’est classique, assez scripté pour les poursuites, avec un pilotage de voiture arcade, mais cela fonctionne relativement bien. D’ailleurs, à de nombreuses reprises durant la progression, il est nécessaire de parcourir une longue distance en voiture. De temps en temps, Mafia propose de court-circuiter ce trajet et d’aller à destination cash. Si cela peut sembler intéressant au premier abord, ce serait passer à côté de quelques décors séduisants, mais surtout du lore, des anecdotes sur l’un ou l’autre personnage, d’informations sur un événement, etc. Une autre fonctionnalité appréciable pour l’exploration : il y a bien un indicateur de destination visible à l’écran, mais aucune trace ou flèche indiquant la direction à suivre en temps réel comme le font certains titres avec un système très invasif. À la place, il suffit d’observer les panneaux directionnels qui indiquent toujours la direction à suivre pour aller au plus court. Simple finalement sur le papier, mais suffisamment efficace in game.
Cartel Sicilien
Comptez une dizaine / douzaine d’heures pour terminer l’aventure, en allant plus ou moins en ligne droite, et ajoutez quelques heures si vous choisissez parfois de prendre des chemins plus longs, de fouiller les alentours, de répondre aux sollicitations indirectes et facultatives de quelques PNJ ou de chercher des objets à collectionner. Une fois Mafia The Old Country terminé, un mode libre nous permet d’explorer pleinement la vaste carte afin de trouver tous les trésors qui nous auraient échappé. La dimension « RPG » soft avec le chapelet et les quelques accessoires pour gagner quelques bonus, et des tenues / accessoires à débloquer / acquérir mais dans les grandes lignes, c’est avant tout du visuel (tenue, chapeaux pour Enzo, modèles de voiture plus ou moins rapides et coloris, idem pour le cheval avec des coloris etc).





































Bien sûr, tout n’est pas tout 100% rose dans Mafia The Old Country. Nous avons déjà évoqué les problèmes de stabilité des performances, mais il existe aussi quelques anomalies de finition, comme des problèmes de collision, des PNJ qui se plantent dans une texture, des corps qui volent de façon démesurée après un coup de fusil à pompe ou un veston déformé, en partie à l’horizontale, sans raison apparente. Ces cas sont très peu nombreux, mais comme pour les problèmes de performances, ils existent et peuvent se produire donc je préfère les mentionner.
J’avais foi en cette renaissance de Mafia, et cet épisode, Mafia The Old Country, me convient sur tous les tableaux. Un voyage à la narration bien ficelée, assez « dirigiste » et linéaire, qui ne nécessite pas de consacrer 35 heures par semaine pour espérer finir le jeu, et le tout à un prix compétitif (49,99 euros en prix recommandé, et disponible déjà à moins dans certaines grandes surfaces), je valide encore et toujours. Tout n’est pas toujours parfait, mais Mafia The Old Country coche de nombreuses cases du jeu solo que j’apprécie, et surtout, il nous fait vivre une expérience forte, poignante, classique et surprenante à la fois. En bref, vous l’aurez compris, je suis conquis et je recommande fortement Mafia The Old Country.