12 mars 2026

Test Reanimal : du grand Tarsier

Tarsier change d’univers mais conserve une formule maison découverte au travers du premier Little Nightmare avec Reanimal : une atmosphère oppressante, une ambiance dérangeante et un gameplay jonglant entre exploration, énigmes et coopération.

Sur Switch 2, Reanimal parvient à captiver grâce à son univers travaillé, cette dynamique à deux et une histoire toujours aussi complexe mais dont tout paraît si clair à la fin. Si la technique sur Switch 2 montre clairement ses limites, la coopération locale s’impose comme le cœur du gameplay, accompagnée d’un récit cryptique aussi rebutant qu’attirant.

L’histoire débute dans une situation, comme toujours chez Tarsier, totalement floue : un premier enfant, sur un bateau, cherche quelque chose, mais quoi ? Il fait nuit, un épais brouillard obstrue la vue où seules des balises marines apparaissent. Puis le corps d’une petite fille (sa sœur) surgit : par chance, elle n’est pas morte. Elle nous saute au cou avant de reprendre conscience. Ensemble, ils tentent de comprendre où ils sont et ce qui leur est arrivé. Très vite, des visions dérangeantes, voire malsaines, apparaissent à l’écran. Une chose est sûre : rien n’est amical, le danger rôde partout et la mort n’attend qu’une chose, nous saisir.

Comme à la maison

On retrouve immédiatement la patte Tarsier avec une exploration alternant puzzles, infiltration, tension et fuites, avec une coopération entre les deux joueurs nécessaire pour déjouer chaque danger, survivre et avancer. La DA fait mouche avec une succession de décors tous plus oppressants les uns que les autres, nous faisant ressentir comme jamais que nous ne sommes pas à notre place. Les jeux de lumière, d’ombre et le rendu sonore accentuent cette tension et l’immersion. Dommage que le rendu soit globalement moyen sur Switch 2, avec surtout un framerate qui chute même en preset performance (les deux options habituelles sont présentes). C’est regrettable car on perçoit clairement l’inspiration de haute volée dont fait preuve Tarsier. Mais cela ne nous a pas, Ghost et moi, empêchées de profiter de ce voyage qui prend aux tripes.

La narration de Reanimal se dévoile petit à petit, au fur et à mesure que nos deux jeunes héros progressent. Par petits fragments, des souvenirs apparaissent sous forme de flashs très brefs, des notes sont dissimulées çà et là, des messages subliminaux ne se comprennent que bien plus tard. Je pense notamment au nom du jeu, que l’on n’interprète réellement qu’à la toute fin, ou même à la scène des retrouvailles au début du titre. La dernière séquence est comme un coup dans les dents, comme si on recouvrait la vue sur tant de choses vues auparavant et que l’on ne pensait pas si importantes. Un lapin sur l’écran du cinéma ? Pourquoi ? Cette approche impose un rythme assez lent, où pendant quelques heures on avance sans trop savoir pourquoi, sans autre but que de sortir de ce cauchemar en vie, pour comprendre notre objectif réel au bout du couloir. Et même une fois le générique de fin affiché, certains points restent ouvertement ambigus, libres à interprétation.

Dans Reanimal, la coopération n’est pas optionnelle mais obligatoire. En solo, une IA incarne le second avatar et se coordonne avec nous. De nombreux puzzles demandent des actions synchronisées, avec une répartition des rôles efficace. C’est clairement à deux que l’aventure révèle tout son potentiel, le must restant en couch gaming (ce que nous avons fait). Certes, parfois la caméra ne se positionne pas aussi bien qu’on le souhaiterait, causant quelques morts injustes dans des moments de stress où l’action doit être immédiate, mais dans l’ensemble cela reste propre. L’ensemble renforce cette idée que le duo frère-sœur est inséparable.

Tendre la main à celui dans le besoin

Côté gameplay, dans les grandes lignes, Reanimal s’en sort bien sur Switch 2. L’ensemble est fluide dans les passages contemplatifs et calmes, mais certains moments manquent de précision ou nécessitent une exécution au millimètre. Je pense notamment à certaines fuites où l’on doit courir vers l’écran alors que le décor à enjamber apparaît tardivement et le personnage s’y coince, ou à la seconde moitié avec des séquences de plateforme où le sol s’effondre. Ces passages restent minoritaires mais ont généré un peu de frustration… et de tension dans le binôme. La boucle de gameplay repose sur quelques mécaniques récurrentes : exploration, énigmes, fuites, voire « combats ». Si les premiers passages surprennent, l’ensemble peut sembler légèrement redondant sur la durée si l’on se concentre uniquement sur l’aspect gameplay brut.

Ce qui fait réellement la différence reste la diversité des environnements et l’impact de la coopération sur nos actions. L’atmosphère fait le travail : la surprise vient davantage de ce que l’on voit que de ce que l’on fait, même si quelques moments inattendus parsèment l’aventure. La partie technique, déjà évoquée, s’accompagne d’un sound design efficace. Les bruits ambiants, les échos, la résonance, les sons directionnels… tout renforce l’angoisse et nous pousse à rester attentives. Le pire reste lorsque le silence s’installe totalement : plus un bruit. Là, on sait que cela ne sent pas bon. La durée de vie est assez courte : environ 4 heures sans tout fouiller, mais en explorant la majorité des passages visibles. Il nous manque encore quelques masques et affiches, deux des collectibles à récupérer. Cela paraît court sur le papier, mais cela reste cohérent avec les productions habituelles de Tarsier. La rejouabilité n’est pas mauvaise : un second run permet de mieux comprendre certains éléments passés inaperçus et de mettre en lumière des détails que l’on n’avait pas interprétés correctement.

Reanimal transpire l’empreinte de Tarsier à travers chaque aspect du jeu. Que ce soit la DA, l’atmosphère malaisante ou la boucle de gameplay, on sait immédiatement où l’on se trouve. La coopération est plus que jamais au centre du voyage et procure une vraie satisfaction lorsque l’on parcourt l’aventure côte à côte. Certes, la technique sur Switch 2 est irrégulière et ne rend pas pleinement hommage au jeu, mais cela ne nous a pas empêchées de savourer ce trip à l’histoire cryptique, fidèle à la signature du studio. On se demandait ce qu’allait donner Tarsier après Little Nightmare : on retrouve avec plaisir leur patte dans un nouvel univers toujours aussi dérangé… mais irrésistiblement attirant.

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