S’il y a bien une licence qui a su générer une hype démesurée à son annonce, une attente folle, c’est bien le nouveau géant de Bethesda : Starfield. Un peu plus de deux ans après sa sortie, avec l’arrivée de son second DLC narratif majeur et surtout sa dispo sur PlayStation 5, j’ai trouvé que la période se prêtait bien pour le relancer.
Après plusieurs décennies dominées par les mastodontes que sont The Elder Scrolls et Fallout, l’arrivée d’une nouvelle IP majeure chez Bethesda est plus que bienvenue. Le projet repose sur les mêmes bases que ses prédécesseurs, à savoir une ambition structurelle forte, une formule RPG comme Bethesda sait le faire, mais dans un environnement spatial à très grande échelle, en combinant exploration de systèmes stellaires, gestion de vaisseaux et d’équipages, de factions et bien sûr notre propre avatar. L’objectif affiché est des plus ambitieux : un univers ouvert, systémique, où chaque couche, chaque mécanique, s’articule autour de la liberté du joueurs mais aussi de toute la densité d’interactions possibles.
Si, lors de son annonce, personne ne se doutait du futur de Starfield, il faut avouer que certains événements ont bouleversé l’industrie et ont poussé à une certaine hystérie et à des dramas sur les réseaux, suite au rachat de Bethesda par Microsoft. Voir une telle production, une nouvelle IP qui dégageait une certaine aura bien avant sa sortie, devenir exclu ? Microsoft avait tapé fort, très fort même, en cadenaçant cette nouvelle IP à l’environnement Xbox uniquement, avant de s’ouvrir deux ans et demi plus tard à d’autres horizons. Certains y voient aujourd’hui une trahison de la firme de Redmond, un aveu de faiblesse du constructeur, d’autres y décèlent une opportunité de devenir (s’asseoir comme) l’un des éditeurs les plus puissants du marché et de rentabiliser bien plus facilement les dépenses astronomiques engagées (je suis de cette seconde école, perso).
Un long fleuve tranquille
Il faut dire que les jeux Bethesda ont toujours eu la réputation de ne pas sortir dans un état 100 % fini, complet, et, comme le vin, de gagner en maturité, en qualité, avec l’âge. Skyrim en est le parfait exemple, avec une sortie attendue, géniale mais chaotique tout de même, nécessitant du temps pour avoir un produit à la hauteur des ambitions. Et personnellement, à mes yeux, Starfield s’inscrit dans cette continuité. Je n’y ai pas touché du tout sur Xbox, n’en ayant plus, mais je m’y suis mis sur PC dès sa sortie et la différence d’état de finition entre la release et ne serait-ce que quelques mois après était déjà bien marquée ! En même temps, avec des titres aussi démesurés, cela me paraît difficile de vouloir / devoir attendre un build 100 % propre pour sortir le jeu, et cela me paraît même impossible de le faire perso… il suffit de voir les jeux encore patchés des années après leur sortie ! Même un BG3 acclamé unanimement par la critique mais aussi les joueurs reçoit encore des MAJ des années après release.
Starfield est donc dans ce cycle de vie post-release où s’alternent patchs d’ajustement, correctifs, ainsi qu’en parallèle le contenu payant qui arrive petit à petit, à l’image du second DLC narratif il y a peu. Bethesda et Microsoft en profitent au passage pour élargir leur horizon et toucher un nouveau public, qui attendait Starfield. Petit crochet, soyons honnête cinq minutes : si l’annonce d’exclusivité lors du rachat a causé un tel drama sur les réseaux, c’est contradictoire de venir aujourd’hui dire que personne sur Play ne veut de ce jeu… soyons logiques. Puis les haters / gueulards des RS sont de tout de façon très loin de représenté la majorité du publique réel.
Si l’on revient un peu sur ces deux-trois dernières années, Starfield a été accueilli comme un projet majeur du RPG moderne, immense, et comme on pouvait s’y attendre pour une production de cette envergure (les jeux que je définis comme quasi infinissables à 100 % tant il y a à faire, comme Crimson Desert), la réception est partagée selon le profil du joueur qui s’y lance, aussi bien côté presse que public. Le jeu impressionne sur de nombreuses composantes comme la densité de son univers, la quantité de systèmes intégrés et leur façon de s’imbriquer, dont les factions, qui sont l’un des points forts du jeu à mes yeux, avec des lignes scénaristiques propres, denses, bien ficelées, des arcs entiers à la qualité d’écriture qui rivalisent avec les lignes principales de certains RPG alors qu’elles sont ici pleinement facultatives, c’est pour dire ! La trame centrale de Starfield se découvre au gré de notre progression, de nos découvertes, centrée sur un artefact et la progression de notre avatar dans un cadre scientifique et d’exploration.
Un équilibre à maintenir
Si de nombreuses mécaniques fonctionnent avec brio, certaines limites apparaissent doucement mais sûrement. L’exploration spatiale apparaît fragmentée, avec de très (trop) nombreuses transitions et chargements cassant l’immersion et la fluidité, tout comme la génération procédurale des planètes qui ne fonctionne pas toujours comme attendu, avec des environnements aussi bien magiques et magnifiques par moments, et dans d’autres un sentiment de déjà-vu. L’ergonomie générale, face à une telle richesse de composantes, s’en retrouve forcément alourdie avec bien trop de menus, interfaces, parfois à l’imbrication pas toujours intuitive, un sujet hérité de pas mal de productions Bethesda : la richesse qui est à la fois une force, mais aussi une faiblesse par effet domino.









Forcément, Starfield a été le sujet de débats, de passions déchaînées d’un côté, de haters de l’autre face à des attentes très (trop ?) élevées peut-être, notamment sur sa capacité à (re)définir le RPG spatial, à devenir un cador du RPG tout court, etc. Quand on le met face à un Skyrim, encore aujourd’hui considéré comme une référence, Starfield apparaît plus comme une évolution qu’une rupture (mais en soi, ce n’est pas un reproche ni un défaut, et parait même logique en réalité). L’un des plus gros reproches concerne l’exploration jugée parfois peu interactive ou stimulante sur le long terme, ou des planètes sans réel contenu à faire. Si, de mon point de vue, ces points s’entendent, il faut quand même se dire qu’il est difficilement possible d’avoir autant de planètes avec pléthore de contenu à chaque fois… Là où je suis déjà plus en accord, c’est sur le sentiment de répétition qui peut se dégager par moments mais là aussi, le débat reste ouvert.
Le suivi post-lancement est un sujet central chez Bethesda, qui adopte ici son modèle classique de stabilisation au fil de l’eau, de patch en patch, afin déjà d’améliorer la stabilité globale du titre, ses performances, en plus de corriger l’équilibrage, optimiser l’interface, le QoL, sans oublier les combats en partie revus, l’économie in-game ajustée, etc., dans un but de rendre son titre plus homogène sur la durée. Bethesda reproduit le même schéma, comme déjà dit, qu’avec Skyrim : proposer un jeu ample, généreux, riche, dans un état suffisamment mature tout en le peaufinant en continu ensuite. Et forcément, comme pour Skyrim, Starfield a eu le droit à un public derrière lui à 110 % dès sa release, croyant au projet, mais aussi à des réfractaires au début puis convaincus au fil des mois grâce au travail titanesque du studio par exemple. Si tout n’est pas toujours parfait, me concernant, je m’y suis retrouvé, y jouant par-ci par-là, avançant par sessions plus ou moins longues, espacées dans le temps entre deux tests, offrant des panoramas et décors à couper le souffle, avec une base RPG Bethesda habituelle. Je reste bien plus client de l’heroïc Fantasy, mais je sais reconnaître les forces de Starfield.
Une maturation continue
Entre les nombreuses mises à jour gratuites viennent se greffer deux extensions majeures, à commencer par Shattered Space, qui propose une nouvelle approche narrative, à la tonalité plus sombre, une progression plus franche et directe. Cette extension se distingue clairement par une approche totalement différente du jeu de base, plus rythmée, cadrée, avec des enjeux clairs et directement visibles. J’ai personnellement apprécié cette parenthèse offrant un vrai vent de fraîcheur à Starfield. Quand j’ai vu pour la première fois le trailer d’annonce, rien ne me laissait entrevoir que c’était Starfield devant mes yeux… c’est dire le changement radical d’ambiance.
Le second contenu majeur, Terran Armada, est le second DLC du pass premium. Disponible depuis peu, cette extension s’oriente vers une dimension plus politique et militaire cette fois-ci en mettant l’accent sur des conflits inter-factions et des jeux de pouvoir bien ficelés. Si sur le papier ce nouveau contenu fait son travail, avec une écriture très solide notamment, et procure de nouvelles heures de plaisir non dissimulées, un sujet fait grincer des dents : l’absence de doublage français alors qu’il est bien présent sur le jeu de base et le premier DLC. On ne va pas refaire le monde, on connait le sujet du doublage FR, le rôle de l’IA etc, mais je trouve cela très dommage de perdre cette fonctionnalité, qui s’avère tellement agréable, surtout sur un jeu de cet acabit, et en cours de route. Comme toujours, ce sont les joueurs les plus perdants dans l’histoire.
Les mois passent, et Starfield continue son voyage en orbite, gagnant en optimisation, en maturité, en ergonomie, au gré des mises à jour et ajouts apportés par Bethesda. Il gagne en densité, en qualité, sans transformer sa structure. L’exploration reste assez fragmentée par exemple, mais fluidifiée par des chargements améliorés, la boucle de gameplay et de progression reste la même, mais certains points irritants sont gommés petit à petit, et ainsi de suite.
Nouvelle planète en vue
Starfield atterrit maintenant (bon il y a quasi un mois, j’avoue) sur PlayStation 5 dans une version bien plus mature à présent que le jeu ne l’était il y a deux ans et quelques, profitant de tout le travail apporté par Microsoft et Bethesda depuis, dans le cycle de vie que j’appellerais normal pour les créateurs de The Elder Scrolls. Sur le plan technique, comme noté, je n’ai pas d’élément de comparaison avec la version Xbox Series, je ne me baserai donc que sur mon ressenti Play pour l’aspect console. Si sur PC, la claque était là, j’ai été agréablement surpris du résultat obtenu sur ROG Ally X au passage. Certes, j’ai cumulé supersampling et framegen, mais franchement, je ne pensais pas que cette machine me sortirait un résultat de la sorte !
La PlayStation 5 Pro propose de nombreuses options pour configurer notre expérience, à commencer par les habituels modes qualité (30 fps, définition et qualité max) et performance (60 fps, avec définition et preset moindres), ainsi que l’arrivée d’un mode nommé « spécial » qui tente de réunir le meilleur des deux mondes. À cela s’ajoutent la vsync, ainsi que le « framerate ciblé » allant de 30 à 60 ou illimité. En combinant le mode spécial et 60 fps, l’expérience est tout bonnement royale (même si le jeu conseille de ne pas monter à 60 avec ce mode), ne connaissant, de mon point de vue (20 h passées sur le build console), que de très rares moments où l’on ressent de légers drops. En fixant le target à 40 fps, c’est d’une propreté… Le rendu tabasse, et la DA est toujours aussi solide. Perso, j’ai opté pour le target 60 même si ce n’est pas conseillé, acceptant les quelques chutes au passage. Quelque soit le support utilisé pour jouer (PC, ROG, PS5 Pro), Starfield envoie! Côté DualSense, par contre, n’attendez pas de retour haptique ou de gâchettes adaptatives. Cela aurait été le clou du spectacle mais tant pis.
À l’heure de faire le bilan, je dirais que Starfield a atteint, après plus de deux ans, une certaine maturité, une profondeur et une richesse qui sont à la fois des forces énormes mais parfois aussi des faiblesses, créant des inégalités en termes de contenu, mais un jeu de cette trempe, on n’en a pas dix par an. Dès lors que les RPG et les aventures spatiales sont votre tasse de thé, Starfield est clairement un jeu à faire. Que vous soyez joueur pure Xbox, uniquement PlayStation ou PC, aucune raison de passer à côté, le jeu étant à présent disponible presque partout finalement, n’ayant boudé que la Switch à ce jour (la première, on comprend pourquoi ; la seconde, on voit que Bethesda bouge et planifie pas mal de jeux dont Indiana Jones… donc pourquoi pas Starfield un jour). Très ambitieux, Starfield suite l’autoroute habituelle Bethesda : un jeu prometteur sur le papier, qui n’arrive pas forcément carré mais qui s’affine de mois en mois, avant de devenir le gros titre qu’il devait être.