8 juin 2026

Test Zero Parades For Dead Spies : moins imprévisible, plus maîtrisé

Disco Elysium fut une énorme découverte à sa sortie me concernant, avec un RPG narratif parmi les plus marquants des dernières années. Donc quand ZA/UM annonce sa nouvelle production, Zero Parades: For Dead Spies, il ne m’en fallait pas plus pour m’y lancer. Et pour ce dernier, la tâche n’est pas simple. Quand on arrive après un gros carton, il y a toujours des comparaisons et des attentes marquées. Mais qu’on se le dise sans tourner autour du pot : oui, Zero Parades est une sorte d’héritage, mais il tente aussi de se façonner sa propre route, sa propre voix, en étant Zero Parades et pas simplement résumé au « nouveau jeu des créateurs de Disco Elysium ».

On incarne Herschel Wilk, un agent connu sous le nom de code Cascade. Il est rappelé pour une nouvelle mission, l’envoyant dans une cité impactée par les tensions politiques, ainsi que par toutes les manipulations et jeux d’influence associés. Zero Parades choisit une voie légèrement différente de Disco Elysium, en faisant le choix d’être plus structuré, plus dirigiste, avec comme thème central l’espionnage et la psychologie. Très rapidement, le jeu installe son ambiance pesante, où chaque fait, chaque certitude, devient vite bancal. L’écriture est dense et nécessite de l’attention pour retenir chaque nouvel élément, chaque indice trouvé. La narration tourne autour de la mémoire, de l’identité et de la loyauté, et cela nous amène dans une histoire où la méfiance est de mise, et où la confiance n’est pas quelque chose à accorder à la légère.

Une histoire sombre

La ville de Portofiro joue un grand rôle dans la force que possède Zero Parades pour nous immerger dans son univers. Chaque quartier de la ville possède son identité, son passif, son bagage. Dans chaque arrondissement visité, on appréhende une toute nouvelle bulle où chacun possède ses propres enjeux et problématiques sociales comme politiques. Portofiro est vivante, authentique, prenante et surtout, l’ensemble des personnages rencontrés profite d’une qualité de plume indéniable et d’une vraie profondeur, accentuant encore cette identité. Chaque discussion, chaque échange, devient un point focal, une potentielle source d’informations, une occasion de manipuler un interlocuteur ou simplement de comprendre la situation du moment, de voir comment l’ensemble des rouages fonctionne. Comme dans Disco Elysium, la lecture occupe une part importante du temps de jeu, avec, vous vous en doutez, une grande importance accordée à la capitalisation de ce que l’on apprend durant ces échanges.

L’écriture assure une nouvelle fois, avec une qualité remarquable et surtout un rythme équilibré. Il arrive que certains jeux à orientation narrative tombent dans le piège de tirades parfois sans fin, mais ce n’est pas le cas de Zero Parades et surtout, c’est le contenu qui est au top. Le jeu cherche à construire des individus crédibles. Les motivations ne sont jamais totalement blanches ou totalement noires, charge au joueur de les interpréter ensuite. Surtout, le jeu, bien qu’abordant des thématiques et idéologies parfois complexes, ne devient jamais inutilement compliqué et ne cherche jamais à nous imposer une vision.

Un choix, une conséquence

L’ensemble maintient une certaine tension tout au long du périple, et surtout cela donne sans cesse envie de continuer à creuser, d’avancer et de voir la suite. Dans de nombreux RPG narratifs, un échec lors d’un dialogue a tendance à fermer systématiquement une porte, une voie, alors que Zero Parades prend une autre approche. On est davantage dans le choix des portes qui vont s’ouvrir ou l’ajout d’obstacles sur une destinée afin de nous rendre la vie plus compliquée. Sur le papier, la différence peut sembler anodine mais en jeu, on ressent clairement la différence. C’est, en tout cas, bien ficelé, et la sauce prend bien.

Le système de compétences s’articule ici autour de plusieurs domaines tournant autour de la perception, de l’influence ou encore de la psychologie. Comme souvent, ces compétences apparaissent dans les dialogues et autres événements scénarisés. Les jets de dés restent présents et sont toujours aussi bien intégrés dans les mécaniques RPG. Les différentes statistiques influent concrètement sur les situations rencontrées et offrent diverses opportunités selon la spécialisation suivie. L’une des nouveautés est l’état mental du personnage. Le stress, la fatigue ou son instabilité deviennent alors des facteurs de gameplay à part entière. Certaines situations altèrent la compréhension et la perception et, selon notre état, les options disponibles changent également. Cela renforce fortement le sentiment de paranoïa en jeu. Autant de mécaniques et fonctionnalités qui, cumulées, créent une rejouabilité XXL au passage.

Pour autant, tout n’atteint pas le même niveau de finition ou de plaisir. Je pense notamment aux séquences liées à l’espionnage qui se montrent assez irrégulières. Sur le papier pourtant, le concept paraissait solide avec un personnage placé dans des situations d’infiltration, de surveillance, etc., ce qui se prête bien à l’univers. Mais dans les faits, ces passages paraissent plus scriptés qu’on ne l’aurait pensé. Il y a des possibilités, des moyens d’avancer différents, mais qui paraissent tout de même assez limités à mes yeux.

Un chemin plus balisé

Côté structure de jeu, Zero Parades m’a semblé également un peu plus guidé que Disco Elysium, nous laissant un peu moins partir dans tous les sens. Si cela réduit légèrement l’impression de liberté, cela permet aussi de maintenir un certain rythme. L’ensemble reste cependant assez flexible avec différents parcours selon nos décisions. L’impact est réel : certains passages diffèrent suffisamment selon nos agissements, et le comportement des autres personnages peut lui aussi évoluer fortement d’un run à l’autre, avec des conséquences pas toujours immédiates mais visibles sur le moyen ou long terme.

Côté technique et visuel, Zero Parades affiche une identité propre, avec un style maison assez prononcé et atypique. Si certaines animations restent assez simplistes, l’ensemble se montre convaincant. Les environnements possèdent tous une direction artistique marquée, mélancolique, qui accompagne parfaitement les différentes thématiques abordées par le jeu. La couche audio propose quelques thèmes discrets mais qui collent parfaitement à l’ambiance du moment. Le doublage, quand il intervient, fait son effet et renforce la crédibilité des personnages. Enfin, l’interface est bien meilleure que ce que j’aurais imaginé. Le jeu est lisible, avec les informations importantes rapidement accessibles.

Zero Parades ne cherche jamais à reproduire exactement la formule qui a rendu Disco Elysium culte. Il préfère l’adapter à un autre contexte, avec davantage de contrôle sur son rythme et sa progression. Cette approche lui fait parfois perdre un peu de spontanéité, mais elle lui permet aussi de gagner en cohérence. Au final, il ne s’impose pas comme un nouveau point de référence du RPG narratif, mais comme une proposition solide qui démontre que ZA/UM reste capable de produire des expériences singulières. Pour ma part, le plaisir fut total.

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