Savara est le dernier petit roguelite orienté action du moment, sorti par Ankama. Comme toujours, on retrouve ces runs courts, une montée en puissance progressive et une construction assez typique du genre, mais là où Savara tente d’apporter un vent de fraîcheur (outre sa DA), c’est dans son gameplay, avec une approche méthodique et tactique. Si tout n’apparaît pas comme parfait sur PlayStation 5 Pro, la formule globale a réussi à me convaincre. De la frustration ? Parfois (c’est aussi ce que veut le genre en partie), mais du fun ? Totalement.
Savara ne s’enquiquine pas avec une narration complexe mise au premier plan, mais comme souvent avec des éléments qui tombent petit à petit, au gré des runs et des rencontres dans la base avec l’un ou l’autre PNJ. Les pièces du puzzle s’assemblent progressivement, on tente de les relier, on interprète beaucoup et on comprend certains propos précédents, ainsi que le comportement des uns et des autres. Comme souvent, l’ensemble reste cryptique, morcelé, mais c’est un choix que l’on connaît, il n’y a pas de surprise. Les roguelites laissent la place au gameplay et ne cherchent pas à nous scotcher par leur narration. : Savara est mise à l’épreuve par des divinités et on la suit à travers ces défis qu’elle doit relever. Les fans et connaisseurs de l’univers d’Ankama y verront des clins d’œil ou reconnaîtront potentiellement certains avatars.
Pas si classique que cela
Savara arbore des mécaniques habituelles du rogue, à commencer par ses combats en arène, avec une certaine dynamique demandant une lecture attentive de chaque salle et une analyse de tout ce qui se passe autour de nous. Le système privilégie clairement la réactivité aux assauts frénétiques, mettant l’accent sur les esquives, le fait de trouver la bonne fenêtre pour frapper et la gestion du positionnement. On retrouve une attaque simple, une secondaire plus lourde qui peut être chargée et la fameuse esquive. On pourrait être tenté de foncer tête baissée, faire pleuvoir les coups et simplement initier une esquive quand il faut pour éviter une attaque ennemie, un projectile ou un piège environnemental, mais ce serait une grave erreur car Savara fait un choix surprenant dans le monde du rogue : au lieu de gérer l’esquive via un cooldown et éventuellement plusieurs charges disponibles, Savara intègre l’endurance et elle a un impact non négligeable!












Chaque coup porté, chaque dash, chaque esquive ou frappe chargée consomme plus ou moins d’endurance… et en être vidé nous rend clairement vulnérable ! On passe d’un gameplay habituellement assez punchy à une expérience où il est toujours aussi nécessaire de faire attention à tout ce qui se passe autour de nous, mais où il faut en plus gérer une ressource sous peine de se retrouver démuni, moins mobile et incapable de frapper à notre tour durant quelques secondes.
Fort heureusement, Savara ajoute une autre petite mécanique pour fluidifier l’expérience : le switch d’arme. Notre héroïne est accompagnée en permanence de deux armes (épée à deux mains, doubles dagues, épée et bouclier, lance, etc.) entre lesquelles on bascule en un clic, avec un léger temps de recharge avant de pouvoir effectuer un nouvel échange. Cerise sur le gâteau : l’endurance n’est pas propre à Savara mais à l’arme utilisée ! En gérant correctement le tempo, on conserve ainsi en permanence des capacités de mouvement, d’attaque et autres actions essentielles. Le choix des armes implique plusieurs paramètres à prendre en compte : le combo des doubles dagues est explosif, très mobile et rapide, mais pas forcément dévastateur à chaque coup. La claymore, à l’inverse, frappe très fort mais demande davantage d’engagement. Ce sont des facteurs à garder en tête, mais un autre élément entre en jeu : les adversaires résistent différemment aux divers types de dégâts (tranchant, contondant, estoc, etc.), poussant à construire des combinaisons cohérentes et polyvalentes. Mieux vaut éviter de partir avec deux armes remplissant exactement le même rôle.
No pain, no gain
Côté progression, on retrouve des mécaniques proches de ce dont on a l’habitude. Une fois l’arène nettoyée, plusieurs opportunités se présentent : rencontrer un marchand, récupérer des ressources ou composants, obtenir des bonus élémentaires. Comme souvent, on améliore l’attaque classique, la frappe lourde ou le dash, sans oublier la compétence d’arme qui se recharge au fil des combats. Les bonus s’enchaînent jusqu’au moment où l’on rencontre le boss du moment. Du classique sur le papier, mais globalement bien exécuté.
Quand on perd et que l’on retourne au hub, on récupère différents composants permettant d’améliorer ou de fabriquer des pièces d’armure. Même constat pour les armes. S’ajoute à cela un système de reliques à équiper dans l’un des quatre emplacements prévus, évoluant selon des prérequis à accomplir sur le terrain afin de gagner en efficacité. On trouve également divers bonus permanents (davantage de potions, une meilleure régénération, un taux de drop amélioré ou encore davantage d’argent récupéré), à placer dans des emplacements qu’il faut débloquer grâce aux ressources accumulées. À cela s’ajoutent différents marchands permettant d’acquérir quelques consommables. Même dans l’échec, Savara ne rentre jamais bredouille et gagne progressivement en puissance au fil des runs.
Sur le plan technique et artistique, Savara s’appuie fortement sur la patte Ankama, ce qui constitue une partie importante de son charme. Les environnements, le chara-design et la lisibilité en combat sont réussis. Le jeu affiche un style immédiatement reconnaissable et j’apprécie ce que je vois à l’écran. L’ensemble reste lisible même lorsque l’action s’intensifie, la caméra ne pose jamais problème et l’on ne meurt pratiquement jamais à cause d’une attaque ou d’un piège masqué. Cependant, j’ai constaté quelques micro-ralentissements ainsi que du screen tearing durant mes sessions. Rien qui rende le jeu injouable, mais ces défauts restent perceptibles et, dans de très rares cas, ces mini-freezes ont failli me coûter cher. Espérons un correctif sur ce point. Concernant la partie audio, l’OST compte plusieurs thèmes particulièrement réussis, dynamiques et qui restent facilement en tête.
Dans l’ensemble, Savara propose une base solide, avec une formule cohérente et prenante. Le jeu s’appuie sur une direction artistique réussie, une formule éprouvée et validée, tout en y ajoutant sa touche personnelle avec un gameplay plus profond qu’il n’en a l’air. Il ne faut pas longtemps pour prendre le titre en main et y passer des heures. Certes, une légère redondance peut apparaître à la longue et l’échec génère parfois un peu de frustration, mais avec du recul, cela fait partie intégrante du genre et la défaite n’est jamais totalement vaine. La montée en puissance se fait doucement mais sûrement, on progresse, on franchit un cap et on a envie d’y retourner. L’arrivée de l’endurance couplée au système de double arme apporte une vraie touche de fraîcheur dans un genre que je trouve assez codifié pourtant d’habitude. Savara devrait trouver sa place dans la bibliothèque aussi bien des habitués du rogue que de ceux cherchant un titre original qui sort quelque peu des sentiers battus.