Dragon’s Dogma 2 revient avec Dark Arisen, son extension qui nous emmène dans une toute nouvelle région enneigée, Norgan, au cœur d’une nouvelle intrigue et de nombreux dangers. Capcom conserve sa formule RPG historique, fondée sur l’exploration, les combats, mais surtout cette liberté totale d’action, et en profite pour enrichir certaines mécaniques. Un nouveau système de reliques, des compétences supplémentaires, mais surtout des défis encore plus exigeants accompagnent le joueur dans ce nouveau voyage. Sans bouleverser les fondations posées par le jeu original, Dark Arisen réussit à prolonger une aventure déjà remarquable, même si l’absence d’une nouvelle vocation reste regrettable.
J’ai adoré Dragon’s Dogma 2 à sa sortie, au point d’y passer plus d’une centaine d’heures à parcourir son monde, à développer toutes les vocations et à découvrir d’innombrables secrets, à fouler chaque centimètre carré disponible. Malgré une optimisation initialement quelque peu problématique sur PC, le RPG possédait cette capacité à transformer une simple promenade en aventure de plusieurs heures, il nous faisait vraiment vivre quelque chose de fort, d’unique. Un coffre aperçu au loin, une grotte découverte au détour d’un chemin ou simplement un monstre imposant aperçu à distance, et nous voilà complètement éloignés de notre objectif initial pour tenter une aventure dans l’aventure. Forcément, on attendait de Dark Arisen qu’il reprenne cette philosophie, et c’est bien le cas. Ce nouveau contenu nous invite à découvrir une toute nouvelle région, mais surtout plusieurs mécaniques qui renouvellent profondément nos habitudes. Après une première rencontre particulièrement convaincante à la Gamescom, il était enfin temps de retrouver notre Insurgé pour le chapitre final de cette aventure qui s’annonce goatesque comme dirait les jeunes.
Dark Arisen s’intègre directement à notre sauvegarde existante et nous invite à retourner dans la première capitale croisée dans le jeu d’origine, afin d’y retrouver le capitaine Brant. Celui-ci nous apprend qu’un second Insurgé aurait été découvert dans les contrées de Norgan, conformément à une prophétie. Mais une certaine faction souhaite éliminer cet individu afin qu’il ne devienne pas une menace, tandis que notre mission consiste à le protéger et à tenter d’en faire un allié. Le récit renoue avec les intrigues politiques et les questions de légitimité, tout en introduisant de nouveaux enjeux. L’introduction prend rapidement une tournure très sombre lorsqu’une étrange vision nous montre cette cité sous l’emprise d’une lune obscure, envahie de miasmes et de créatures qui massacrent ses habitants. Notre Insurgé finit alors par se réveiller, laissant penser qu’il ne s’agissait que d’un cauchemar, mais cette séquence installe une atmosphère inquiétante. Le retour auprès de Brant permet d’en apprendre davantage sur l’expédition,avec la reine-régente souhaitant envoyer des soldats franchir les montagnes à pied. L’extension réutilise ainsi les personnages et les lieux du jeu original pour débuter ce périple, plutôt que de proposer une aventure complètement indépendante. D’ailleurs, il est recommandé d’avoir un personnage de niveau 40 minimum pour se lancer dans cette nouvelle aventure, ce qui réserve clairement ce contenu aux Insurgés disposant déjà d’une certaine expérience.
Les terres du Nord
La principale attraction de Dark Arisen reste Norgan, cette région à l’inspiration nordique où la neige, les reliefs escarpés et les anciennes fortifications qui jonchent les falaises composent un environnement sensiblement différent de Vermund et de Battahl. On retrouve cette manière qu’a Dragon’s Dogma de construire son monde. Les objectifs peuvent se trouver relativement loin, au bout de chemins pas toujours évidents d’accès, tandis que la carte se dévoile progressivement au fur et à mesure que l’on explore les alentours. On observe les reliefs, on cherche un passage entre deux montagnes, on repère une petite structure abandonnée avant qu’on décide de s’aventurer dans une grotte un peu plus loin. Le jeu ne nous prend toujours pas par la main, et c’est précisément ce qui rend son exploration aussi agréable et fascinante. Les détours sont nombreux, souvent récompensés, mais surtout, chaque expédition conserve cette part d’imprévu qui faisait déjà le charme du jeu d’origine.
Les environnements conservent également toute leur importance lors des affrontements. Par exemple, une simple tentative de rejoindre une citadelle s’est transformée en bataille contre un géant couvert de fourrure, avant qu’une chute en contrebas nous entraîne au milieu de plusieurs groupes d’hommes-lézards. Nous nous sommes alors retrouvés à combattre simultanément ce colosse imposant et plusieurs ennemis utilisant la foudre et le poison. Pourtant, rien ne m’obligeait à engager ce combat, mais la curiosité a pris le dessus, avec cette envie d’en découdre et de montrer qui était le maître de la région. C’est exactement ce genre de situation que Dragon’s Dogma 2 sait provoquer, en laissant les différentes composantes de son monde interagir entre elles. Libre à nous d’attaquer ou de passer notre chemin, mais il faut forcément accepter les conséquences qui peuvent découler d’une décision de foncer dans le tas. Norgan conserve cette approche, avec une verticalité particulièrement prononcée et, comme toujours, des rencontres qui peuvent très vite dégénérer.
Dark Arisen renforce cet intérêt de fouiller chaque recoin de la carte grâce à sa petite nouveauté : les reliques. Il s’agit de vestiges anciens qui se récupèrent aussi bien dans des coffres, des bâtiments abandonnés ou des caveaux que sur les dépouilles des créatures que nous venons de vaincre. Une fois restaurées, ces reliques deviennent de nouvelles pièces d’équipement aux caractéristiques et niveaux de rareté variables. Les armes et armures constituent ainsi de nouvelles récompenses potentielles, et la recherche de butin prend une place plus importante qu’auparavant. Dragon’s Dogma 2 proposait déjà de nombreuses pièces à découvrir, récompensant notre curiosité lorsque nous nous aventurions loin des sentiers battus ou découvrions une salle cachée. Mais sa progression ne reposait pas aussi fortement sur cette boucle de récupération et de renouvellement de l’équipement. Dark Arisen fait évoluer cet équilibre sans pour autant transformer ce RPG en hack’n’slash. Mais clairement, la dimension loot change.
Un pouvoir inconnu
Cette nouveauté possède forcément quelques conséquences. Les reliques peuvent rapidement remettre en question l’intérêt de certaines pièces de notre inventaire historique, tandis que les forgerons perdent peut-être un peu de leur importance. Pour autant, difficile d’y voir personnellement un problème majeur. Habitué aux MMO, notamment à World of Warcraft, je connais bien cette logique où une pièce d’équipement de haut niveau d’une première extension devient obsolète après quelques heures dans un nouveau contenu, simplement parce qu’elle correspond à un ancien palier de progression. Dark Arisen reprend dans l’idée cette philosophie et nous pousse à embrasser pleinement son nouveau système plutôt qu’à vouloir conserver indéfiniment un équipement qui nous était cher. Les objets récupérés ne sont pas nécessairement adaptés à notre vocation et tous ne méritent pas d’être utilisés immédiatement, ce qui implique de faire régulièrement le tri.










L’intérêt des reliques dépasse forcément la simple accumulation de statistiques. Leur présence ajoute une motivation supplémentaire à explorer encore davantage, puisque chaque détour peut désormais déboucher sur une nouvelle pièce intéressante pour notre avatar. Cette logique trouve également un prolongement dans les activités de haut niveau, où la recherche de récompenses plus puissantes s’accompagne d’affrontements particulièrement exigeants, nécessitant de tirer le maximum de notre Insurgé. L’extension propose en effet douze donjons supplémentaires, les Rites oubliés, qui viennent compléter les activités disponibles dans la région de Norgan. Ces nouveaux défis enrichissent le contenu destiné aux personnages déjà bien avancés et donnent surtout une autre perspective à l’optimisation de notre équipement. Leur présence permet finalement de ne pas limiter l’intérêt de Dark Arisen à sa nouvelle région et à son histoire. Les régions historiques ne sont pas délaissées.
Les combats bénéficient eux aussi d’une évolution bienvenue avec le passage de quatre à six compétences équipables, une amélioration introduite par les mises à jour classiques du jeu plutôt que par l’extension elle-même. Deux emplacements supplémentaires peuvent sembler anecdotiques sur le papier, mais leur apport est considérable dans un RPG où chaque vocation possède des capacités nombreuses et très différentes. Il devient alors possible de conserver davantage d’outils, qu’ils soient offensifs, défensifs ou utilitaires, sans devoir sacrifier systématiquement une compétence appréciée. De la sorte, les vocations gagnent en polyvalence et permettent surtout d’envisager davantage de combinaisons. Le fonctionnement des pions conserve toute son importance, leur complémentarité déterminant largement notre capacité à gérer les affrontements les plus difficiles. Là aussi, avec six compétences, la profondeur du système de combat devient encore plus agréable.
Cependant, l’absence d’une toute nouvelle vocation constitue une occasion manquée à mes yeux. Après avoir passé autant de temps sur le jeu original, j’ai développé toutes les classes disponibles et expérimenté la plupart des compétences. Dark Arisen enrichit ces vocations, mais ne propose pas de repartir de zéro avec un nouvel archétype. C’est d’autant plus regrettable que l’extension renouvelle déjà notre rapport à l’équipement. Découvrir une classe supplémentaire dans ces conditions, apprendre ses capacités tout en construisant progressivement son identité, aurait parfaitement accompagné le système des reliques. Avoir six compétences au lieu de quatre est une amélioration indéniable, mais elle ne remplace pas cette motivation particulière que représente le développement d’une toute nouvelle vocation.
Un danger de tous les instants
La difficulté accompagne naturellement l’ensemble de ces évolutions. Norgan n’est pas destiné aux personnages fraîchement créés et les affrontements peuvent rapidement devenir compliqués, surtout lorsque plusieurs adversaires se retrouvent dans une même zone. Le dragon putréfié rencontré est un excellent exemple. Ses zones gangrenées constituent ses points faibles, ses membres peuvent céder sous les coups et la créature est surtout capable de se régénérer tout en faisant apparaître des hordes entières de squelettes. Il faut donc gérer simultanément les différentes attaques du boss et cette multitude de petits ennemis supplémentaires, tout en profitant des ouvertures pour frapper ses zones sensibles. Cette approche prend une tout autre importance lors des défis de haut niveau, où la puissance brute ne suffit pas à compenser une mauvaise préparation ou une stratégie inadaptée.
Les possibilités de déplacement et de sauvegarde ont largement évolué depuis le lancement de Dragon’s Dogma 2. Le jeu nous imposait des voyages entiers, contraignants selon le point de vue, avec des moyens de téléportation très limités, ce qui nous poussait à préparer chacune de nos expéditions de bout en bout pour assurer notre survie. Les améliorations apportées sur ce sujet rendent désormais certaines situations moins pénalisantes. Cette souplesse pourrait réduire la tension des longues traversées, mais puisqu’elle reste entièrement facultative, il faut plutôt y voir le choix offert à chacun de modeler son expérience et son voyage. Rien ne nous oblige à multiplier les téléportations ou à contourner les dangers. Personnellement, je continue à privilégier les déplacements traditionnels, en arpentant Norgan à pied, tout en appréciant de disposer d’une solution de repli au cas où …
Sur PC, Dragon’s Dogma 2 profite d’un travail d’optimisation d’un tout autre calibre depuis son lancement. À sa sortie, le jeu pouvait connaître des baisses de performances importantes, notamment dans les grandes villes, même sur une configuration à l’époque solide. Aujourd’hui, l’expérience est bien plus belle, propre, stable et fluide, elle est clairement un bon cran au dessus. La direction artistique de Norgan bénéficie d’ailleurs de cette amélioration technique. Entre ses reliefs enneigés, ses fortifications et ses vallées, la région offre un environnement qui tranche avec les territoires originels, tout en conservant cette cohérence visuelle propre à Dragon’s Dogma 2. Les effets météorologiques, les différents jeux de lumière et la densité des décors participent à cette immersion XXL. La partie sonore joue également un rôle important, notamment pendant les affrontements imposants. Entre les compositions orchestrales, les chœurs et les différents effets qui accompagnent les attaques des grandes créatures, tout renforce l’intensité des combats, tandis que les ambiances environnementales donnent davantage de présence et de puissance aux lieux traversés.
Dark Arisen réussit à prolonger tout ce qui faisait le charme de Dragon’s Dogma 2 à mes yeux, tout en apportant suffisamment de nouveautés pour renouveler notre manière de jouer. Norgan constitue un nouveau terrain de jeu exceptionnel, à l’exploration toujours aussi séduisante. Les reliques donnent davantage d’importance à la recherche d’équipement, tandis que les activités supplémentaires enrichissent encore le contenu destiné aux vétérans. Avoir six compétences approfondit clairement un système de combat déjà excellent, même si l’absence d’une nouvelle vocation reste mon principal regret de toute cette aventure. Sur PC, l’expérience profite désormais d’une optimisation bien plus convaincante et particulièrement propre. Pour les amateurs de Dragon’s Dogma 2, Dark Arisen représente une excellente occasion de reprendre l’aventure, tandis que les nouveaux venus découvrent une formule progressivement affinée et enrichie. Dragon’s Dogma 2: Dark Arisen se positionne clairement parmi les expériences les plus marquantes de cette année. Encore une réussite à mettre au crédit de Capcom, qui signe une année exceptionnelle pour le studio.