21 octobre 2026

Octopath Traveler 1 et 2 débarquent sur Nintendo Switch 2 : deux voyages qui traversent les années avec toujours la même magie

Depuis 2018, Octopath Traveler s’impose comme l’une des licences marquantes du JRPG moderne, avec la renaissance d’un style à l’ancienne, le HD-2D, ses combats tactiques et ses aventures particulièrement généreuses. Désormais forte de trois épisodes, tous disponibles sur Nintendo Switch 2, la série de Square Enix accueille enfin ses deux premières aventures dans des versions techniquement améliorées. Une redécouverte toujours aussi séduisante, malgré des portages assez classiques, mais surtout une politique commerciale difficile à défendre aujourd’hui.

En 2018, Square Enix et la Team Asano donnent naissance à Octopath Traveler, un JRPG qui marque rapidement les esprits grâce à sa proposition mêlant tradition et modernité. Déjà connue pour son travail sur Bravely Default, l’équipe de Tomoya Asano reprend les fondamentaux du JRPG traditionnel, avec ses combats au tour par tour, son exploration, mais surtout, ici, des personnages aux motivations variées. Cette nouvelle licence possède toutefois une identité particulière, portée par une direction artistique qui popularise le HD-2D. Le résultat constitue une véritable découverte, celle d’un univers riche, généreux, qui nous donne immédiatement envie de voyager. Huit ans plus tard, Octopath Traveler est devenu l’une des franchises majeures du catalogue de Square Enix, dont les deux premiers épisodes bénéficient depuis quelques jours de nouvelles versions Nintendo Switch 2.

La naissance d’une nouvelle licence majeure

Le premier opus nous amène sur le continent d’Orsterra, à la rencontre de huit nouveaux protagonistes aux origines, mais surtout aux ambitions différentes. Olberic, ancien chevalier en quête de sens, Primrose, la danseuse animée par la vengeance, ou Cyrus, l’érudit passionné par la connaissance, poursuivent chacun leur propre objectif. Le choix du premier personnage constitue le point de départ d’une aventure relativement libre, puisqu’il sera ensuite possible de parcourir le monde pour rencontrer les autres héros et découvrir leur histoire. Cette construction inhabituelle fait partie des grandes forces du titre, qui abandonne la traditionnelle quête collective pour proposer huit destins totalement indépendants.

Chaque personnage dispose de plusieurs chapitres, avec ses propres enjeux, ses rencontres et ses rebondissements. Certaines histoires se montrent sombres, alors que d’autres sont plus légères, voire intimistes, sans nécessairement chercher à placer le destin du monde au centre de chaque voyage. Cette diversité contribue grandement au plaisir de l’exploration, avec un monde qui semble exister indépendamment de notre groupe. L’écriture fonctionne bien et les personnages deviennent progressivement tous attachants. Cette structure possède néanmoins quelques limites, notamment dans les interactions entre les compagnons. Malgré leur présence commune, les héros interviennent rarement dans les aventures des autres, donnant parfois l’impression de suivre huit récits parallèles plutôt qu’une véritable épopée collective construite brique par brique. La progression par chapitres peut également devenir répétitive sur la durée.

Le gameplay constitue l’une des autres grandes réussites de cette première aventure. Son système de combat repose sur l’exploitation des faiblesses ennemies, avec un compteur de garde qu’il faut réduire pour briser temporairement leurs défenses. Le système de Boost permet parallèlement d’accumuler des points afin de multiplier les attaques ou de renforcer des compétences. Cette association donne alors naissance à des affrontements tactiques où la préparation, mais aussi l’ordre des actions, prennent une importance considérable. Les différentes classes, les compétences secondaires ainsi que les synergies offrent de nombreuses possibilités, particulièrement face aux boss les plus exigeants. Quelques défauts subsistent néanmoins, notamment les rencontres aléatoires parfois trop fréquentes et un leveling nécessaire pour maintenir les personnages à niveau.

Visuellement, Octopath Traveler marque une véritable rupture avec le marché. Ses sprites rétro évoluent dans des environnements combinant profondeur, effets de lumière et d’ombre, et traitements bien plus modernes. Villages, forêts, montagnes ou déserts possèdent chacun une identité reconnaissable, tandis que les combats profitent d’effets particulièrement réussis. Cette direction artistique accompagne parfaitement la sensation de voyager, renforcée par une bande-son remarquable signée Yasunori Nishiki. Le style HD-2D devient rapidement l’une des signatures de Square Enix, dépassant progressivement les frontières de cette nouvelle licence, comme en témoignent d’autres productions de l’éditeur.

Une suite qui passe un cap

En 2023, Octopath Traveler 2 reprend la formule avec l’ambition de pousser ses qualités encore plus loin. Contrairement au premier opus, initialement exclusif à la Nintendo Switch, cette suite arrive simultanément sur la console de Nintendo, PlayStation et PC. Direction, cette fois, le monde de Solistia, un nouveau continent accueillant huit protagonistes inédits, sans lien narratif avec leurs prédécesseurs. Hikari, le prince de Ku cherchant à retrouver son royaume, Throné, la voleuse souhaitant échapper à son passé, ou Partitio, un marchand désireux de lutter contre la pauvreté, illustrent la diversité d’un casting encore une fois réussi. La structure demeure identique, mais les histoires gagnent en fluidité et en profondeur, avec des chapitres plus variés, mais surtout une écriture toujours aussi efficace.

L’une des évolutions les plus appréciables de la licence concerne les relations entre les personnages. Les histoires croisées permettent désormais à certains héros de partager des aventures communes, donnant davantage de cohérence à leur présence au sein du groupe. Cette formule conserve volontairement ses huit destins indépendants, mais les interactions supplémentaires corrigent partiellement l’une des faiblesses du premier épisode. Tout n’est toujours pas parfait, les protagonistes restant parfois spectateurs des événements vécus par leurs compagnons, mais la progression narrative se montre sensiblement plus agréable.

Le système de combat bénéficie de quelques ajustements, les mécaniques de garde, de faiblesses et de Boost restant toujours présentes, auxquelles s’ajoutent cette fois des pouvoirs propres à chaque personnage. Ces compétences spécifiques enrichissent les possibilités tactiques, tandis que les classes secondaires permettent de multiplier les combinaisons. L’exploration profite, de son côté, d’un cycle jour/nuit influençant les interactions avec les habitants, les compétences disponibles, mais également les ennemis rencontrés. Une évolution particulièrement bienvenue qui donne davantage de vie à Solistia. Les combats aléatoires restent cependant parfois envahissants, notamment lorsqu’on traverse des régions de bas niveau.

La réalisation franchit encore un petit palier, avec des environnements plus détaillés, des éclairages encore plus travaillés et surtout des effets de sorts toujours plus spectaculaires. La bande-son accompagne une nouvelle fois parfaitement les différentes situations, tandis que les doublages japonais renforcent l’identité du casting. Octopath Traveler 2 conserve ainsi les fondamentaux de son prédécesseur, tout en enrichissant son contenu, ses mécaniques et sa narration.

Une trio gagnant

Avec ces deux aventures, Square Enix installe durablement Octopath Traveler parmi les références du JRPG moderne. Son identité visuelle inspire d’autres productions, comme l’excellent Triangle Strategy ou Live A Live, tandis que la licence poursuit son évolution avec Octopath Traveler 0, sorti en fin d’année dernière et dont le test est disponible sous ce lien. Ce troisième épisode explore une approche narrative différente et introduit notamment une mécanique de reconstruction de village. Les trois jeux sont désormais disponibles sur Nintendo Switch 2, mais les deux aventures fondatrices bénéficient surtout de nouvelles éditions natives.

Sur Switch 2, Octopath Traveler profite d’une remise à niveau essentiellement technique. Le premier épisode bénéficie d’une définition bien supérieure à celle proposée sur la première Nintendo Switch, particulièrement appréciable pour un jeu qui a quelques années à présent. Les environnements gagnent en netteté, les sprites ressortent davantage et les effets de lumière profitent d’une image bien plus précise. Quelques imperfections persistent et du scintillement peut subsister dans certains décors, mais le rendu progresse sensiblement. Surtout, la fréquence d’images vise désormais les 60 fps contre 30 auparavant, apportant davantage de souplesse aux animations et aux déplacements.

Octopath Traveler 2 bénéficie d’un traitement similaire, même si sa réalisation initiale était déjà bien plus ambitieuse. La définition supérieure met davantage en valeur les environnements de Solistia, ses éclairages ainsi que les nombreux effets visuels à l’écran. Le passage à 60 images par seconde améliore également la fluidité, aussi bien durant l’exploration que les combats. Les chargements sont également réduits et l’expérience gagne en confort, particulièrement en mode portable. Le résultat reste toutefois légèrement en retrait des versions consoles de salon ou PC sur certains aspects visuels, sans que cela remette en cause la qualité globale du rendu HD-2D. Les deux éditions conservent intégralement leur contenu originel, leurs doublages et leurs sous-titres français, sans proposer de nouvelles mécaniques ni de chapitres supplémentaires. Il s’agit bien de portages natifs sur Switch 2, qui bénéficient du gain de puissance technique de la machine, et rien de plus.

Des choix discutables

En revanche, Square Enix fait des choix commerciaux particulièrement discutables. Aucune mise à niveau, même payante, n’est proposée aux propriétaires des versions Switch originales, nous poussant donc à racheter intégralement les jeux pour profiter de ces améliorations, à 60 euros pièce. Plus regrettable encore, les sauvegardes ne sont pas transférables, obligeant à recommencer des aventures pouvant représenter plusieurs dizaines, voire davantage, d’heures de jeu chacune. Les éditions physiques adoptent également le format Game-Key Card, nécessitant de télécharger les données de jeu plutôt que de les retrouver intégralement sur leur cartouche. Square Enix enchaine les bévues de mon point de vue, et ne récompense pas la fidélité outre mesure, ce qui est dommage …

Octopath Traveler 1 et 2 conservent néanmoins toute leur richesse et leur capacité à nous faire voyager, huit ans après la naissance de la licence. Le premier reste une expérience marquante, tandis que son successeur perfectionne une formule déjà particulièrement solide. Les versions Switch 2 apportent un confort technique appréciable et non négligeable. Elles constituent une excellente porte d’entrée pour découvrir cette licence, mais l’absence de mises à niveau payantes ainsi que l’impossibilité de transférer les sauvegardes pénalisent fortement leur intérêt pour les anciens propriétaires. Une politique commerciale regrettable qui contraste avec la qualité de ces deux aventures toujours aussi recommandables, avant d’entamer Octopath Traveler 0.

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